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On a Phrase of Milosz’s *He is not disinherited,for he has not found a homeHe has found vertiginous life again, the wordson the way to language dangling possibility,but also, like the sound of a riff on a riff,it cannot be resolved. History has mucked this up.He has no textbook, and must overcompensate,digging into the memory bank if not for the tunethen for something vibratory on the lower end of the harmonics.He’s bound to be off by at least a half-note-here comes jargon,baby, something like a diss or hiss. Being isincomplete ; only the angels know how to fly homeward.Yet, once the desperate situation is clarified, he feelsa kind of happiness.*Later, the words were displaced and caught fire, burning syllablesto enunciate the dead mother’s name.(Martha sounding then like "mother")Wasn’t it such echoes that built the city in which he lives,the cage he paces now like Rilke’s panther ?He was not disinherited.He was not displacedHe is sentimental, hence he can say a phrase like his heart burstThe worst thing is to feel only irony can saveThe worst thing is to feel only irony. Sur une expression de MiloszIl ne se trouve pas déshérité,car il n’a pas trouvé sa demeureIl a retrouvé le vertige et la vie, les motssur la voie des possibles en suspens de la langue,mais aussi, comme le son d’un riff sur un riff,l’absence de solution. Ceci, que l’histoire a gâché.Il ne dispose d’aucun manuel, il lui faut surcompenser,creuser parmi les données de la mémoire sinon pour la mélodieau moins pour une vibration au plus sombre de l’harmonie.Il est voué à la dissonance, d’un demi-ton au moins – voici venir le jargon,mon chou, comme humilié, une huée. L’être estscission ; seuls les anges savent, d’un coup d’aile, regagner leur demeure.Cependant, une fois que s’est clarifiée la situation désespérée, il éprouveune sorte de bonheur.*Par la suite, les mots, déportés, prirent feu, les syllabes brûlantà énoncer le nom maternel, après sa mort.(Marthe sonnant un peu comme Maman)La ville dans laquelle il vit n’est-t-elle pas faite de tels échos,cette cage qu’il arpente désormais comme la panthère de Rilke ?Il ne se trouva pas déshérité.Il ne se trouva pas déporté.Il est sentimental, de là vient qu’il puisse prononcer cette expression : il en eut gros cœurLa pire chose est de sentir qu’en l’ironie réside le seul salutLa pire est de ne ressentir que de l’ironie.
Bandelette de Torahfor Carl RakosiIn honor of the Eternal One, it has been made, this band and cloak, by the young and dignified girl, Simhah, daughter of the cantor, Joseph Hay, son of the wise and noble Isaac.-1761, Musée de Judaïsm, ParisThe hunger is for the word between us,between outside and in, between Europeand America, between the Jew and his other,the word and the non-word.In the museum case, belief has been sealedbehind glass. The gold Yod, fist-shapedwith extended finger, marks where the letteris made free, davar twining aleph into thing.The hunger was once for textured cloth, brocadeof thread, gold-webbed damask, tessellate fringe,for sewn-in weight of lead or brass, the chanterlifting ail heaviness from the page, singing outlost richness. He followed the gold yod of divining,alchemic word intoning the throne’s measure indiscarded lexicons of cubits and myriads. The clothlay over Europe’s open scroll between Athens and Jerusalem,between library and dream. What if Athens were to beentered only via the syllogism or Jerusalem’s skywere written over in fiery labyrinth, in severe figures,unerring texts ? The hunger was for the lost worldthat lay between Jerusalem and Athens. Later, terrorscame to bre its portion, flames beyond remonstrance,synagogue and worshiper in ash. Celan in the Seinewith its syllabary. The words were as burls in woven cloth.They lay across the lettered scroll, ink on paperenveloped in darkness, desperate to be inmixedwith matter. The words were between us, poisedto rise into constellated night as task unto the city,to enter this place unshielded between the Oneand nothingness, if only to exist as from an echobetween hope and horror, between sacred soundand profane air. Between Athens and Jerusalem and America. Bandelette de Torahpour Carl RakosiEn l’honneur de l’Eternel, cela a été fait, cette bandelette et ce manteau, par la jeune et digne demoiselle, Simhah, fille du chantre Joseph Hay, fils du sage et noble Isaac.– 1761, Musée du Judaïsme, ParisOn a soif du verbe intermédiaire entre nous,entre au-dehors et dedans, entre l’Europeet l’Amérique, entre le Juif et son autre,le verbe et le non-verbe.Dans la vitrine du musée, on a scellé sous verrela croyance. Le Yod d’or, comme un poingd’où pointe un doigt, indique où la lettrese libère, davar doublant l’aleph pour en faire une chose.On avait soif alors de tissu ouvragé, de brocartde fil, de damas cousu d’or, de franges mosaïques,d’incrustations de plomb ou de laiton, le chantrelevant toute lourdeur de la page, chantant à voix fortela splendeur perdue. Il suivait le Yod d’or de la divination,le verbe alchimique psalmodiant la mesure du trôneen un lexique désuet de coudées et de myriades. L’étoffereposait sur le rouleau ouvert entre Athènes et Jérusalem,entre bibliothèque et songe. Et si Athènes ne se pénétraitque grâce au syllogisme ou si le ciel de Jérusalemse couvrait d’inscriptions en un labyrinthe de feu, en graves silhouettes,en textes infaillibles ? On avait soif du monde égaréqui s’étendait entre Jérusalem et Athènes. Par la suite, la terreurdevint son lot, flammes au-delà de la remontrance,synagogue et fidèle en cendres. Celan dans la Seineavec son syllabaire. Les mots ressemblaient à des nopes dans l’étoffe tissée.Ils traversaient le rouleau manuscrit, encre sur papierdans l’entour d’ombre, au désespoir de se mêlerà la matière. Les mots se tenaient entre nous, en suspenspour s’élever dans la nuit constellée comme une tâche pour la ville,pour pénétrer en ce lieu-ci sans protection entre l’Unet le rien, rien que pour exister comme issus de l’échoentre espoir et horreur, entre sonorité sacréeet air profane. Entre Athènes, Jérusalem et l’Amérique.
The Age of the PoetWhat are the book’s pagesmeant for ?The world is played out,and mind seeks its high,a throne above care –not for blessing,though it might come to that,but for surcease, for stillness,for not thinking. Dog of a poet,bones of words, having lostfor this age the sweetnessof referent-Rilke the last to sayhouse, home, tree ?(knowing our time demandscold invention,that tepid faculty-room tea.)No way to find oneself,unable to wish exile.And always belongingin a wronged way.One face, the coin of alienation,the other smiling as if to paythe due bill of self-image.Creature of the mind-screen.Preferences, apathy and boredom ?Managed fate ?You inscribed yourself, then livedas a beggar irritated by thosewhose emotions ran unchecked,who gave themselvesto false gods, to the ideaof an impotence authored by others. L’âge du poèteA quoi les pages des livressont-elles destinées ?Le monde a fait long feu,et l’esprit cherche sa hauteur,un trône au-dessus du souci –non pour la grâce,même s’il pourrait en être ainsi,mais pour le répit, pour le calme,afin de ne pas penser. Chien de poète,squelette de mots, qui ont perdupour notre âge la douceurdu modèle Rilke le dernier à diremaison, demeure, arbre ?(sachant que notre époque exigeinvention froide,ce thé tiède de salle des professeurs.)Pas moyen de se trouver,incapable de souhaiter l’exil.Et toujours en conformitéde façon dévoyée.Une face, la monnaie de l’aliénation,l’autre souriant comme pour acquitterdûment la facture de la réputation.Créature de l’écran psychique.Préférences, apathie et ennui ?Le destin affronté ?Tu t’es inscrit, puis as vécuComme un mendiant t’irritant de ceuxqui laissaient libre cours à leurs émotions,qui se donnaientà de faux dieux, à l’idéed’une impuissance dont les autres seraient les auteurs.
Sarajevo and SomaliaBeauty is such a magnet, the art world such a thief,the paintings sit in the galleries of the presentsucking up the real, like mirrors for the chosen.The poems are for the unelect, for those who discoverthat words have been ransacked. Surely, the more one reads,the more one feels a word is unable to resist paying its ransom.This was yesterday : "I want to describe what I saw, a rib-cagestarved to bone." And something terribly linguistic aboutliteralness has escaped to wander among other phrasessuch as : "rib-eye steak" or "chew my bone." And these,the broken bona fides of our speech, nomad memoryand pitch tents of poetry on abandoned ground. Sarajevo et la SomalieLa beauté dispose d’un tel magnétisme ; le monde de l’art, d’un tel talent pour le vol,les tableaux, aux cimaises des galeries du temps présent,absorbent le réel, pareils à des miroirs pour les élus.Les poèmes sont destinées à ceux qui ne le sont pas, élus, à ceux qui découvrentque les mots ont été saccagés. C’est certain, plus on lit,plus on éprouve l’incapacité du verbe à payer sa rançon.Ceci, hier : « Je veux décrire ce que j’ai vu, une cage thoraciqueque la faim a rendue squelettique. » Et l’expression terriblement linguistiquede la littéralité s’est échappée pour errer parmi d’autrescomme : « côtelette découverte » ou « mâche mon os ». Et celles-ci,fragments bona fide de notre parole, mémoire nomadeet campements de poésie sur une terre à l’abandon.
EschatonI don’t know where spirit is,outside or in, do I see it or not ?Time turned the elegiesto wicker-work and ripped-up phonebooks.All that worded airunable to support so much as a feather.*If there’s hope for a visitation,only the ghosts of non-belonging will attend.And now death is slipping backinto the category of surprise.I sit up at night and pant, fearhalf-rhyming prayerself beshrouding itselfagainst formlessness.In-breath ; out-breath.Aria of the rib-cage equalling apse.Skull, the old relic box. EschatonJe ne sais où se tient l’esprit,dehors ou dedans, visible ou non ?Le temps a transformé les élégiesen tressage d’osier et annuaires déchirés.Tout cet air articuléincapable de même servir d’appui à une plume.*Si on peut espérer une visitation,seuls les spectres de la dissidence y assisteront.Et voici que la mort regagne furtivementla catégorie de la surprise.Je veille le soir, haletant, la peurrimant à moitié la prière –le moi gagnant son suairepour échapper à l’informe.Inspiration ; expiration.Aria de la cage thoracique égalant l’abside.Le crâne, vieux reliquaire.
* Les poèmes présentés, avec l’aimable autorisation du poète, ici sont extraits de Eschaton, recueil de Michael Heller. Jersey City : Talisman House, Publishers, 2009.
Traduction d’Anne Mounic.
Le Yod est la main de lecture, qui permet de ne pas toucher le texte de la Torah.
davar est à la fois la chose et le mot.
L’aleph est la lettre source de la Création.
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