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Daniel Defoe, par Jean Migrenne Première publication: 24 septembre 2020

par Jean Migrenne


VI Les Réflexions de Robinson

Lorsque Defoe eut publié la première partie du Crusoé, deux choses l’incitèrent à lui donner une suite : son succès commercial (4 réimpressions en six mois) et, corollaire du premier, le plagiat. En juillet 1719, donc quasiment quelques semaines, sinon jours après la mise en vente de l’original, paraît une édition pirate abrégée. Defoe sort donc tout aussi rapidement une deuxième partie qu’il agrémente d’une préface. [1]

Citons-le : Le succès qu’a rencontré auprès du public la première partie de cet ouvrage a été tel que le méritaient l’extraordinaire vérité du sujet et la manière agréable dont il était traité. Tous les efforts déployés par les envieux lui reprochant d’être un roman, le scrutant pour y découvrir des erreurs géographiques ou des contradictions dans le récit et dans les faits, ont échoué et se sont révélés aussi inefficaces que malveillants.

Il termine la préface en menaçant : L’éditeur se porte garant qu’il ne ménagera aucun effort pour leur faire justice [2].

Defoe, fine mouche, ne se présente pas comme auteur puisque c’est Robinson Crusoé qui s’adresse au lecteur à la première personne. Defoe se présente comme éditeur. L’imprimeur étant William Taylor.

Crusoé, l’auteur, termine cette seconde partie par ce paragraphe : Enfin, résolu à ne pas me harasser avantage, je suis en train de me préparer pour un plus long voyage que tous ceux-ci, ayant passé soixante-douze ans d’une vie d’une variété infinie, ayant appris suffisamment à connaître le prix de la retraite et le bonheur qu’il y a de finir ses jours en paix.

Ceci date de 1719. Defoe, qui vécut jusqu’en 1731, décéda dans sa soixante-douzième année. Visionnaire et mystique ? À vous de juger.

Néanmoins la suite qu’il publiera l’année suivante (1720) : les Réflexions, dont nous allons dire quelques mots pour terminer, n’est autre que l’anticipation de la trilogie mystique qu’il publiera en 1726-1728. Qui les aura lues connaîtra, à l’illustration anecdotique près, la teneur de cet autre millier de pages.

Citons la déclaration d’intention contenue dans la Préface de Robinson Crusoé :

On dit parfois que tout réside dans l’intention bien plus que dans l’exécution : j’en viens maintenant à l’avouer au lecteur, le présent ouvrage n’est pas un simple produit des deux premiers volumes ; il serait plus exact de dire que ces deux premiers volumes furent le produit de celui-ci. La fable est toujours composée en vue de la morale, non la morale pour la fable.

Voilà une belle définition de la parabole, caractéristique de l’écriture Néo-testamentaire. Nous allons montrer que plus que la parabole, courte par définition, c’est plutôt de sermon dont il s’agit.

Mais ceci force l’auteur/éditeur à faire de la corde raide entre texte et prétexte. À cette époque, il était de coutume pour les auteurs de commencer un ouvrage par une explication de texte/déclaration d’intentions afin de se dédouaner a priori (règles nées du besoin de se protéger de la censure et des peines encourues) ; par un cirage de pompes destiné à quelque grand et indispensable protecteur. Il poursuit :

J’affirme que l’histoire, malgré son allégorie, est historique : c’est la magnifique représentation d’une vie remplie d’infortunes sans exemple et d’une diversité sans égale dans le monde, destinée et sincèrement adaptée au bien commun de l’humanité...

Il faut refaire, ou au moins réformer le monde :

...le temps viendra où les hommes auront l’esprit plus malléable, où les préjugés de leurs pères n’auront plus cours et où les règles de la vertu et de la religion, justement prônées, seront reçues avec plus de gratitude qu’elles ne le sont pour le moment ; nos enfants pourront alors se dresser pour juger leurs pères, et une génération sera édifiée par ce même enseignement qu’aura méprisé la précédente. Fin de la préface (4 pages et demie).

Defoe, le moraliste, offre donc son œuvre en sacrifice pour sauver l’humanité. La sauver de quoi ? de la mauvaise pensée, c’est-à-dire du Diable. Nous y voici.

Toujours le même péché d’orgueil, diront les mécréants, car il se prend pour le Fils de Dieu. Il va leur démontrer que les Écritures lui ont dévolu cette tâche.

Ces réflexions se divisent en 6/7 chapitres, les plus longs eux-mêmes subdivisés en unités correspondant à la longueur d’un sermon, je suppose :

1 De la Solitude ; 2 Essai sur l’honnêteté ; 3 De l’immoralité de la conversation et des vulgaires erreurs de conduite ; 4 Essai sur l’état présent de la religion dans le monde ; 5 De l’attention à la voix de la providence ; 6 De la proportion existant entre le monde chrétien et le monde païen ; et un septième, non numéroté, en appendice : Une vision du monde angélique.

La démarche est claire : l’homme, en solitaire absolu ; l’homme, seul, en face d’une morale ; l’homme en compagnie de semblables. Puis : les hommes dans leur comportement face à Dieu dans le sens de la montée ; le retour en provenance de Dieu dans le sens descendant ; les différentes interprétations de ce système à l’échelle globale Et, en cerise sur le gâteau : ce qui, pour lui meuble cette distance, ce vide qu’il nous dit si bien rempli entre là-haut et ici-bas. Car tout est là. S’il y a un vide réellement vide tout s’effondre et n’est qu’élucubration. C’est le pari. Dieu ou Rien [3].

Outre le millier de pages qu’il va y consacrer, Defoe avait su raccourcir (page 770, Pléiade) : Nous sommes, au mieux, des créatures un peu myopes, et nous ne voyons pas bien loin devant nous [4] –– j’entends quant aux évènements. Aussi devons-nous faire usage de toutes les lumières et de toute l’assistance que nous pouvons obtenir /... /Si nous observions avec soin le concours de la Providence dans les diverses parties de notre existence, nous aurions besoin de l’aide plus dangereuse des visions, rêves ou voix en provenance d’intelligences moins sûres.

Le loup est lâché : entre Dieu et nous il y a la bonne et la mauvaise communication. La bonne, celle de Dieu, la mauvaise celle du Diable. Il faut donc peupler le vide d’intelligences (moins sûres), c’est-à-dire d’esprits. Ce n’est pas nouveau. Saint Augustin l’avait fait en son temps [5], qui reconnaissait qu’il n’est pas facile de distinguer la bonne voix de la mauvaise. Aujourd’hui, ce sont les ondes porteuses de news, fake ou pas, ou autres fibres [6].

Pour Defoe/Robinson, la preuve de l’existence de tels intermédiaires est faite puisqu’ils ont, en tant qu’hommes, été sujets à des visions et qu’ils ont rêvé.

Or c’est par la vision et le rêve que Dieu et le Diable nous approchent. Defoe va se reporter sur l’Ancien Testament, repris étape par étape dans la première partie de son Diable pour le démontrer.

Lisons une page des Réflexions dans laquelle Defoe/Robinson se sert de la solitude et des hallucinations qu’elle génère pour s’évader dans l’espace. Et d’y aller de son propre voyage dans l’espace, à cheval, si l’on peut dire, entre la soumission aux lois de la physique (il résout le problème de l’asphyxie due à l’absence d’air et écarte ironiquement celui de la gravité) : Il est vraiment impossible de décrire pleinement la vision que j’eus lorsque l’imagination m’eut ainsi hissé au-delà de toute trace de la terre et que, abandonnant derrière moi l’atmosphère, j’eus posé un pied ferme sur le seuil de l’infini, alors que, subsistant du seul éther, toute respiration me fut devenue inutile...

Sa compréhension du cosmos est tout à fait conforme à ce que nous en savons aujourd’hui : ...l’on voit d’innombrables soleils et, les accompagnant, des planètes, des satellites et des lumières secondaires propres à leurs systèmes respectifs, toutes se mouvant dans leur appareil subalterne, sans la moindre confusion, dans une radieuse lumière et une splendeur inconcevable. Parfaite conciliation des théories alors toutes nouvelles relatives à l’astronomie et à la conception d’une mécanique réglée par un Dieu grand horloger.

Defoe restera créationniste et trouvant dans la géographie et la chronologie bibliques [7] matière probante et réponse à toute question, il opposera à tous ceux qui voient les choses autrement, l’argument qu’ils sont suppôts de Satan, d’où sa première option consistant à intituler l’ouvrage Histoire politique du Diable.

Je n’ai pas trouvé d’explication à son changement de titre lors de la seconde édition (disparition de politique) autre que peut-être le conseil avisé d’un ami lui faisant remarquer que sa mise en cause de personnalités politiques ou influents facilement identifiables risquait de lui cuire.

Par la suite, il s’étendra longuement sur la notion de mondes habitables, à la fois dans Réflexions et dans la trilogie de façon à fournir un fondement plausible à ses élucubrations. Ce faisant il ne fait que reprendre des lieux communs de l’époque. Citons le passage sur la Lune : Pour ce qui est du mot ‘habitable’, tout d’abord : à ce que je comprends l’endroit dont il est question est propre à la subsistance et à l’existence des hommes et des bêtes, au maintien de la vie végétative et sensitive. Or, on peut m’en croire, aucune des planètes, si ce n’est la Lune, n’est en ce sens habitable. Encore la lune n’est-elle qu’une pauvre petite chose humide et aqueuse, guère plus grande que le Yorkshire, qui ne mérite pas plus le nom de monde qu’elle n’est capable de rendre la vie confortable, pour ne pas dire même supportable à l’humanité [8].

Il poursuit en démontrant que les autres planètes sont trop chaudes ou trop froides pour qu’il y ait de la vie. Il ne peut donc y avoir que purs esprits entre Dieu et les hommes. Vaste programme. Il va passer un millier de pages à s’en expliquer.

Nous le résumerons pour terminer.

‘Au Commencement’ n’était pas le commencement. Il y avait eu rébellion d’anges sous la conduite d’un Lucifer/Diable. Vaincus, les rebelles continuent encore à errer telles des âmes en peine. Tandis que, depuis avant le commencement, perdurent les bons anges.

Puis vint la création, culminant dans celle de l’homme. Création dont le Créateur lui-même admit l’échec et qu’il s’employa à corriger, notamment par le Déluge et le feu de Sodome et Gomorrhe, mais sans réussir à réellement faire de l’homme une créature bonne et obéissante. Il faut donc sans cesse trier le bon grain de l’ivraie, séparer les bonnes âmes des mauvaises. Et comme le purgatoire est anathème pour Defoe, cela fait autant d’âmes errantes et ou de damnés qui, n’étant pas au paradis et pas encore en enfer, doivent bien se promener quelque part. Si l’on admet que les portes de ces deux lieux ne sont pas étanches, on augmente encore le nombre de visiteurs ou revenants potentiels, à un point tel que ni la terre ni l’espace ne suffisent à les héberger, et qu’ils essaient donc pour les besoins d’une cause, bonne ou mauvaise, de revenir éventuellement se loger dans notre propre enveloppe corporelle.

Pour Defoe, est Diable, fait ou truchement du Diable, tout ce qui porte l’homme à désobéir aux commandements, se prendre d’orgueil ou commettre des bassesses et crimes. Defoe n’emploie quasiment jamais le mot de péché, il préfère crime, plus en accord avec sa vision politique du monde et avec l’Ancien Testament, dans lequel il n’y a pas de rémission, dans lequel la vengeance divine est meurtrière et sans appel.

Pour lui, c’est le Diable qui parle par la voix des mauvais prophètes et autres prêtres de Baal. C’est en grande partie le sujet de son livre sur les Mages et autres astronomes ou mathématiciens antiques incapables nécessairement de prophétiser en accord avec une religion non encore révélée ou d’expliquer la mécanique du monde faute d’une science qui commençait seulement à voir le jour au seizième-dix-septième siècle. Sauf que, de temps en temps, le vrai Dieu rappelait sa toute-puissance par le truchement de ses propres prophètes ou faiseurs de miracles tels que Joseph, Moïse, Daniel et, finalement Jésus, tous dotés des seuls vrais pouvoirs surnaturels.

Ce qui pose la question de la véracité ou de la fausseté du truchement, magicien ou prêtre auto-proclamé, y compris du prêtre tel qu’on l’entendait à son époque : l’homme d’église, surtout catholique, et qui amène Defoe à fourrer papes et cardinaux dans le sac des suppôts de Satan. Il faut dire que les turpitudes de l’Église de Rome lui ouvraient un boulevard.

Sont aussi suppôts de Satan ceux des hommes de science de son époque qui ne se contentent pas d’édicter des lois physiques et de prévoir la récurrence des comètes. Il parle de ceux dont il pense que leur science les tient éloignés de Dieu : et de fourrer dans le même sac que les mystiques, farfelus ou non, papistes, déistes, quakers, libertins, francs-maçons, sectaires, ou membres de la Royal Society qu’il n’aimait pas pour des raisons personnelles et jalousait parce qu’il n’en était pas.

Dans le même sac aussi, les politiciens de l’autre parti (selon la direction du vent et du moment), les beaux esprits et petits maîtres qui peuplaient les salons où l’on sirotait son cacao et lisait la presse (qu’il vendait !), et surtout les dames de la haute qui prétendaient les imiter.

Quant aux courtisans, ducs et duchesses : tous pourris, ma pauvre dame !

Alors qui était bon ? Réponse : il suffit d’opposer ses deux grandes figures romanesques féminines : Moll Flanders, putain malgré elle, simple question de survie, issue du peuple et s’en contentant, châtiée à tort (et parfois à raison) par la société qui la marginalise et, d’autre part Lady Roxane, putain par choix, vice et ambition, se mouvant dans les hautes sphères. Il n’y a pas photo.

Moll ira au paradis par la grâce de la charité chrétienne, pour le mal qui lui a été fait. Roxane finit sa vie en enfer, pour le mal qu’elle a infligé. Les dernières lignes du roman sont explicites : Le châtiment du Ciel parut répondre au mal que nous avions toutes deux fait à la pauvre fille, et je tombai si bas que ma repentance ne semblait être que la conséquence de ma misère, comme ma misère l’était de mon péché.

Il y a donc une fibre sociale qui vibre en Defoe. La conséquence en est que sans son troisième volet, sur les Revenants, il a un mal de chien à s’extirper d’une démonstration fastidieuse qui tendrait à montrer que les revenants sont des émanations du Malin (car c’est cela qui fait vendre) alors qu’il ne peut s’empêcher, sans aucune exception, d’illustrer ses propos d’anecdotes dans lesquelles le spectre, fantôme, revenant ou autre ectoplasme dont on a attesté de la réalité dans le temps et l’espace occupés par des êtres de chair et de sang contemporains et bien anglais, agit toujours pour leur bien ou vient redresser les torts faits à la veuve ou à l’orphelin.

Et si c’était Zorro ?

Trêve d’impertinence. Passons au dessert et lisons ce que Defoe écrit sur les étrangers qui encerclent Albion/Britannia, c’est-à-dire sur les Diables qui menacent ce petit paradis sur terre qu’est l’Angleterre :

L’Orgueil, qui préside en enfer, en est le prince,
Dont l’Espagne est la plus étendue des provinces.
Il a manifesté son génie politique
En lui réservant l’or des mines du Mexique
Et l’argent extrait des montagnes du Pérou :
De quoi, bien employé, rendre le monde fou,
Mais il les savait par nature si hautains
Et si fainéants qu’ils en auraient grand dédain.
Ces gens si imbus, si fiers, si supérieurs,
Même mendiants, mendieraient avec grandeur.
Ils font, pour paraître, assaut de munificence,
Et meurent de faim, dédaigneux de la dépense.
Jamais peuple, dans l’histoire de cette terre,
N’a, pourtant si riche, fait si traîne-misère.

Le Stupre a fait sienne la torride Italie :
Le sang y tourne au viol, à la sodomie,
Les veines en crue sont grosses d’un flux vivant ;
Ses coulées ardentes, qu’éjacule un volcan,
Bouillonnent, accumulées dans leurs solfatares :
Au corps de l’homme adhèrent les boues du Tartare.
La nature s’y forge aux braises du désir
Qu’attise l’effluve du souterrain empire.
Sur son trône infernal en toute quiétude,
Il commande aux éruptions de turpitude.

Silène, de la damnation fils chéri,
Règne avec tant de bonheur sur la Germanie
Qu’il n’a pas de sujets plus prêts à le servir,
Plus obséquieux, plus prompts à lui obéir.
Sa ruse les fait autant trinquer à l’enfer
Que, par respect du ciel, s’incliner jusqu’à terre.
Tant qu’à lui et au vin va leur religion,
Peu lui chaut la foi dont ils font profession,
À quel dieu sont adressées leurs dévotions.
Que souffle de Rome, de Luther ou Calvin
Le vent du salut, il les mène par le vin.

L’Excès en tout s’établit en terre de France
Où l’on vit en hâte, au petit bonheur la chance ;
Ce peuple de frivoles danseurs [9] hypocrites
Entraîne souvent les autres dans sa faillite ;
Prompt à obéir aux oukases infernaux,
Dans les faveurs de l’enfer il est au plus haut.

Il [10] mène la meute aveugle du paganisme
Et donne l’exemple d’un total despotisme.
Bas le masque, démon vrai, son titre il confirme,
Et, où qu’il aille tenter son pouvoir, s’affirme.
Il laisse libre cours à son ambition
Comme aux beaux jours avant sa destitution.
Adoré comme un Dieu, ses autels tout fumants
Des païens qui l’évoquent s’abreuvent du sang.

Ailleurs, il s’est adjoint une troupe de sbires
Installés aux avant-postes de son empire.
De son pouvoir secret ils ont en main les rênes,
Et le monde ploie sous ses infernales chaînes.

Russes en folie [11] et Irlandais fanatiques,
Danois en furie [12], Suédois mélancoliques,
Moscovites sans cervelle [13] et gens de la Chine
Auxquels baille l’enfer intelligence fine ;
Perses, dans l’opulence trop efféminés,
Et Tartares, dans l’indigence forcenés ;
Turcs et Maures sous le joug de Mahomet ;
Et pour régir les Juifs, Dieu à lui s’en remet ;
À l’Écossais le faux, au Portugais la bave,
Vengeance au Polonais, avarice au Batave [14].

Plus chauvin que moi tu meurs.

Brexit déjà...

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[1Pour se faire une idée plus exacte de l’impact de ce monument littéraire, signalons que 6 ans plus tard sortit un autre monument qui en est une sorte de négatif : les Voyages de Gulliver de Swift. La satire, dont Defoe était fin connaisseur et fervent pratiquant, le confirme car parut, dans la foulée du Crusoé, un ouvrage dont la Pléiade nous donne la traduction du titre : La vie et les Aventures singulières et surprenantes d’un certain Daniel Defoe, marchand de laine, qui vécut seul et solitaire sur l’île déserte de Grande-Bretagne. Pléiade I, page 1067.

[2Il faut savoir qu’en ces temps-là c’est l’éditeur/imprimeur qui encaissait. L’auteur lui ayant vendu son manuscrit. Les droits d’auteur tels qu’on les connaît aujourd’hui n’existaient pas encore. Le début de leur mise en place est contemporain de Defoe. C’est le fait d’une première loi (1710) en Grande-Bretagne ; le statut moderne viendra des États-Unis, en 1790.

[3Cf. Rochester, Rien. Dans Temporel # 26 ; octobre 2018, en ligne.

[4Cf. Paul, I Corinthiens 13:11-12. Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure... Comme Platon dans sa caverne.

[5Saint Augustin : Confessions, XI, iii. 5.
Oh ! que j’entende, que je comprenne comment, dans le PRINCIPE, vous avez créé le ciel et la terre (Gn 1:1) ! Moïse l’a écrit ; il l’a écrit et s’en est allé ; il a passé outre, allant de vous à vous ; et il n’est plus là devant moi. Que n’est-il encore ici-bas ! je m’attacherais à lui, et je le supplierais, et je le conjurerais en votre nom de me dévoiler ces mystères, et j’ouvrirais une oreille aride aux accents de ses lèvres. S’il me répondait dans la langue d’Héber, ce ne serait qu’un vain bruit qui frapperait mon organe, sans faire impression à mon esprit ; s’il me parlait dans la mienne, je l’entendrais ; mais d’où saurais-je qu’il me dirait la vérité ? et, quand je le saurais, le saurais-je de lui ? Non, ce serait au-dedans de moi, dans la plus secrète résidence de ma pensée, que la vérité même, qui n’est ni hébraïque, ni grecque, ni latine, ni barbare, parlant sans organe, sans voix, sans murmure de syllabes, me dirait : Il dit vrai ; et aussitôt, dans une pleine certitude, je dirais à ce saint serviteur : Tu dis vrai. Mais je ne puis l’interroger ; c’est donc vous, ô Vérité ! dont il était plein ; c’est vous, mon Dieu, que j’implore ; oubliez mes offenses, et ce que vous avez donné d’écrire à votre grand Prophète, oh ! donnez-moi de l’entendre
. Traduction Péronne/Écalle/Pellerin, Nathan, 1998.

[6Cf. Joseph Glanvill, 1636-1680. On a attribué à Glanvill, sans preuve écrite réelle, l’anticipation (1661) des communications par ondes hertziennes : Le jour viendra où, grâce à l’utilisation des ondes magnétiques qui imprègnent l’éther… nous serons capables de communiquer avec les antipodes. Bel exemple de lien entre imaginaire superstitieux et invisible réel ; illustration d’une frontière toujours active.

[7James Ussher, 1581-1656, archevêque d’Armagh. En 1650, il publie, calqué à quelques siècles près sur le calendrier hébraïque toujours en vigueur aujourd’hui, une chronologie biblique et démontre que La Création du monde remonte au soir du shabbat qui équivaudrait au 22 octobre 4004 (calendrier julien) avant le Christ. Ce qui nous donne aujourd’hui (2017/6021// 5777 selon la chronologie hébraïque).

[8Reginald Scot, en 1584, avait rappelé que le dicton qui faisait de la lune un fromage vert (ou blanc) relevait de la mythologie populaire sorciériste et superstitieuse. La sorcellerie démystifiée, Kapitaniak/Migrenne, Grenoble, Jérôme Millon, 2015, Ch. XV, v.

[9Référence à Louis XIV qui hébergeait les Stuart à Saint-Germain-en-Laye.

[10Le Diable, ndtr.

[11Référence à Ivan le Terrible qui régna de 1547 à 1584 et ouvrit ses territoires au commerce britannique.

[12Référence à Hamlet  ? Et pour l’ensemble, cf. Rochester , Sur le Néant, st.16.

[13Fédor I, fils d’Ivan le Terrible, régna de 1584 à 1598 et continua d’entretenir des relations étroites avec la couronne anglaise. Il était simple d’esprit.

[14Cf. Rochester, avant-dernière strophe de Rien  :
Franc Français, Batave héroïque, Anglais malin,
Irlandais érudit, Écossais trop poli,
Fougueux Espagnol, Danois futé sont des Tiens.


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