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Hamlet, traduit par Jean Briat Première publication: 22 avril 2020

par Jean Briat


Hamlet I, ii

O that this too too sullied flesh would melt
Thaw and resolve itself into a dew,
Or that the Everlasting had not fix’d
His canon ‘gainst self-slaughter ! O God ! God !
How weary,stale, flat and unprofitable
Seem to me all the uses of this world !
Fie on’t, ah fie ! ‘tis an unweeded garden
That grows to seed ; things rank and gross in nature
Possess it merely. That it should come thus !
But two months dead, nay, not so much, not two ;
So excellent a king, that was to this
Hyperion to a satyr ; so loving to my mother
That he might not beteem the winds of heaven
Visit her face too roughly ; heaven and earth !
Must I remember ? Why, she would hang on him
As if increase of appetite had grown
By what it fed on, and yet within a month,
Let me not think on’t ; frailty, thy name is woman !
A little month, or ere those shoes were old
With which she followed my poor father’s body,
Like Niobe, all tears : why she, even she
O God ! a beast that wants discourse of reason
Would have mourned longer, married with my uncle,
My father’s brother, but no more like my father
Than I to Hercules : within a month,
Ere yet the salt of most unrighteous tears
Had left the flushing in her galled eyes,
She married ; O most wicked sped to post
With such dexterity to incestuous sheets !
It is not, nor it cannot come to good ;
But break, my heart, for I must hold my tongue !

Hamlet (I, 2)

Guildenstern :

My Lord, we were sent for.

Hamlet :

I will tell you why ; so shall my anticipation prevent your discovery, and your secrecy to the king and queen moult no feather. I have of late (but wherefore I know not) lost all my mirth, forgone all custom of exercises ; and indeed it goes so heavily with my disposition that this goodly frame, the earth, seems to me a sterile promontory, this most excellent canopy, the air, look you, this brave o’erhanging firmament, this majestical roof fretted with golden fire, why ,it appeareth nothing to me but a foul and pestilent congregation of vapours. What piece of work is a man ; how noble in reason,how infinite in faculties, in form and moving, how express and admirable in action, how like an angel in apprehension, how like a god ; the beauty of the world : the paragon of animals ; and yet to me, what is this quintessence of dust ? Man delights not me, nor woman neither, though by your smiling you seem to say so.

Hamlet (II,2)

To be or not to be, that is the question ;
Whether ‘tis nobler in the mind to suffer

He slings and arrows of outrageous fortune,
Or to take arms against a sea of troubles,
And by opposing, end them. To die, to sleep,
No more, and by a sleep to say we end
The heart-ache and the thousand natural shocks
That flesh is heir to ; ‘tis a consummation
Devoutly to be wished ; to die, to sleep ;
To sleep ; perchance to dream ;ay, there’s the rub ;
For in that sleep of death what dreams may come,
When we have shuffled off this mortal coil,
Must give us pause ; there’s the respect
That makes calamity of so long life :
For who would bear the whips and scorns of time,
The oppressor’s wrong, the proud man’s contumely,
The pangs of despis’d love, the law’s delay,
The insolence of office, and the spurns
That patient merit of the unworthy takes,
When he himself might his quietus make
With a bare bodkin ? Who would fardels bear,
To grunt and sweat under a weary life,
But that the dread of something after life,
The undiscovered country from whose bourn
No traveller returns, puzzles the will,
And makes us rather bear those ills we have
Than fly to others that we know not of ?
Thus conscience does make cowards of us all,
And thus the native hue of resolution
Is sickled o’er with the pale cast of thought,
And enterprises of great pitch and moment
With this regard their currents turn awry
And lose the name of action

(Hamlet (III, 1.)

Hamlet I, ii

Ô, si ce corps tellement souillé pouvait se fondre,
Se liquéfier et n’être plus que gouttes de rosée,
Ou si l’Éternel n’avait pas dressé sa loi
Contre le meurtre de soi ! Ô Dieu ! Ô Dieu !
Comme les usages de ce monde me semblent
Pénibles, malsains, sans couleur ni intérêt !
Honte à lui ! Honte ! Honte ! C’est un jardin à l’abandon
Qui court à sa ruine ; il n’y pousse plus que
Des herbes folles et sauvages. Qu’on en soit venu là !
Deux mois seulement qu’il est mort !même pas, pas deux.
Un roi si merveilleux ; à côté de celui-ci,
C’était Hypérion à côté d’un satyre ; si amoureux de ma mère
Qu’il ne pouvait souffrir que les brises du ciel
Viennent trop rudement effleurer son visage. Dieu du ciel,
Faut-il m’en souvenir ? Oui, elle était toute à lui,
Comme si son désir s’accroissait, se fortifiait
De ce dont il se nourrissait ; et pourtant en moins d’un mois ;
N’y pensons plus ; faiblesse, ton nom est femme.
Un petit mois, avant même qu’elle ait usé
Les chaussures avec lesquelles elle suivait le corps de mon pauvre père,
Telle Niobé, toute en pleurs ; oui elle, elle-même,
Ô Dieu ! Une bête, privée du recours de la raison
L’aurait pleuré plus longtemps__ mariée à mon oncle,
Le frère de mon père, mais aussi dissemblable de mon père
Que je le suis d’Hercule ; en moins d’un mois,
Avant même que ses yeux brûlés par le sel
De ses larmes hypocrites aient eu le temps de rougir,
Elle s’est mariée. Ô, hâte funeste de se précipiter
Avec tant d’empressement dans des draps incestueux !
Ce n’est pas bien et rien de bien ne peut en venir.
Mais brise-là, mon cœur ; car je dois tenir ma langue.

W.Shakespeare : Hamlet (I, 2)

Guildenstern :

Mon Seigneur, on nous a envoyés.

Hamlet :
Je vais vous dire pourquoi. Ainsi, je vous éviterai de le découvrir et votre complicité avec le Roi et la Reine n’en souffrira nullement. J’ai depuis quelque temps (mais pourquoi ,je n’en sais rien) perdu toute ma gaité, abandonné l’habitude de tout exercice et, en vérité, mon caractère s’en trouve si oppressé que cette merveilleuse structure, la terre, me semble n’être qu’un stérile promontoire. Cette voute si remarquable, le ciel, voyez-vous, ce splendide firmament sur nos têtes, ce toit majestueux enjolivé de lumières d’or, eh bien, il ne m’apparait que comme un amas de vapeurs délétères et nauséabondes. Quel chef-d’œuvre d’art est l’homme, si noble par sa raison, si tout-puissant par ses facultés, par son allure et son comportement si parfait et si admirable, dont les actions sont dignes d’un ange, l’intelligence digne d’un dieu, la beauté de ce monde, le parangon du règne animal ! Et cependant qu’est-il donc pour moi qu’une quintessence de poussière ? L’homme ne m’enchante guère, non, et la femme non plus d’ailleurs, même si votre sourire semble dire le contraire.

Hamlet III,1

Être ou ne pas être – c’est bien là la question :
Est-il plus noble en son âme de supporter
Les coups cinglants et les traits d’un sort infamant,
Que de prendre les armes contre une marée de tourments
Et en s’y opposant, d’y mettre fin ? Mourir, dormir –
C’est tout ; et par un sommeil se dire que c’en est fini
De l’angoisse du cœur et des mille blessures
Qui sont le lot de la chair – C’est une fin

Qu’il est doux de rêver : mourir, dormir.
Dormir, rêver peut-être. Oui, mais c’est là le danger ;
Car dans ce sommeil de la mort, tout rêve qui viendra,
Quand nous aurons rejeté cette enveloppe mortelle,
Doit nous arrêter. C’est cette considération
Qui fait que le malheur a si longue vie.
Car qui supporterait le fouet et le mépris du temps,
L’injure de l’oppresseur, la morgue de l’orgueil,
Les affres de l’amour bafoué, les lenteurs de la loi,
L’insolence du pouvoir, et les soufflets
Que reçoit le patient mérite des gens de peu,
Quand il pourrait par lui-même trouver son repos
D’un seul coup de poignard ? Qui souffrirait ces fardeaux
A geindre et suer sous le faix d’une pesante vie,
Si la peur de quelque chose après la mort,
Ce pays inconnu dont aucun voyageur
N’a jamais repassé la frontière, ne troublait la volonté
Et nous faisait préférer les maux que nous avons
Plutôt que fuir vers d’autres dont nous ne savons rien ?
Ainsi la conscience fait de nous tous des couards ;
Ainsi les teintes premières de la décision
S’étiolent dans l’ombre pâle de la pensée,
Et des projets de noble valeur et de grande importance,
Pour cette raison ,se détournent de leurs cours
Et perdent le nom même d’action.

W. Shakespeare : Hamlet (III, 1.)

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