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Andrew Marvell, traduit par Jean Briat Première publication: 22 septembre 2019

par Jean Briat


Andrew Marvell, poète « métaphysique » selon T.S.Eliot, fut un puritain non sectaire, membre du Parlement et secrétaire de John.Milton pendant le Commonwealth. Sa poésie exprime avec bonheur un savant mélange de spiritualité et de sensualité. "To his coy mistress "est un des plus célèbres poèmes érotiques de la littérature anglaise.

To his coy mistress

Had we but world enough and time,
This coyness, Lady, were no crime.
We would sit down, and think which way
To walk, and pass our long love’s day.
Thou, by the Indian Ganges side
Should’st rubies find :I, by the tide
Of Humber would complain.I would
Love you ten years before the Flood ;
And You should if you please refuse
Till the Conversion of the Jews.
My vegetable love should grow
Vaster than empires and more slow.
An hundred years should go to praise
Thine eyes, and on thy forehead gaze.
Two hundred to adore each breast ;
But thirty thousand to the rest.
An age at least to every part
And the last age should show your heart.
For, Lady, you deserve this state ;
Nor would I love at lower rate.
But at my back I always hear
Time’s winged chariot hurrying near ;
And yonder all before us lie
Deserts of vast eternity.
Thy beauty shall no more be found,
Nor, in thy marble vault shall sound
My echoing song :then worms shall try
That long preserved virginity ;
And your quaint honour turn to dust ;
And into ashes all my lust.
The grave’s a fine and private place
But none I think do there embrace.
Now therefore, while the youthful hue
Sits on thy skin like morning dew,
And while thy willing soul transpires
At every pore with instant fires,
Now let us sport us while we may ;
And now, like amorous birds of prey,
Rather at once our time devour
Than languish in his slow-chapt power.
Let us roll all our strength, and all
Our sweetness, up into none ball,
And tear our pleasures with rough strife,
Thorough the iron gates of life ;
Thus, though we cannot make our sun
Stand still, yet we will make him run.

Andrew Marvell (1621-1678)

À sa trop prude maîtresse

Si le monde et le temps étaient à nous,
Cette pruderie, Madame, ne serait point un crime ;
Tous deux assis, nous songerions où aller
Pour passer notre long jour d’amour.
Tu trouverais des rubis au bord du Gange indien,
Moi, je me lamenterais aux rives de l’Humber.
Je t’aimerais dix ans avant le Déluge
Et toi par plaisir, tu refuserais
Jusqu’à la Conversion des Juifs.
Mon amour végétal irait croissant
Plus lent et plus vaste que les empires.
Je passerais cent ans à louanger tes yeux
Et puis à contempler ton front ;
Deux cents pour adorer chacun de tes seins,
Mais trente mille pour tout le reste ;
Il me faudrait un siècle pour chaque partie,
Et le dernier siècle me montrerait ton cœur.
Car c’est, Madame, l’honneur que tu mérites
Et je ne saurais t’aimer à moindres frais.
Mais, dans mon dos, constamment, j’entends
Le char ailé du temps se hâter vers moi ;
Et tout là-bas devant nos yeux s’étendent
Les déserts d’une immense éternité.
Ta beauté ne s’y retrouvera plus
Et dans ton arche de marbre l’écho de mon chant
Ne résonnera plus : les vers alors goûteront
Cette virginité si longtemps préservée :
Et ton honneur jaloux tombera en poussière,
Et mon brûlant désir ne sera plus que cendres.
La tombe est un lieu charmant et très discret,
Mais nul, que je sache, ne vient s’y embrasser.
Lors, maintenant que le teint de jeunesse
Colore ta peau comme la rosée du matin,
Tant que ton âme consentante exhale
A chaque pore le feu pressant de tes désirs,
Maintenant qu’il est encore temps, ébattons-nous
Et, comme d’amoureux oiseaux de proie,
Dévorons notre temps sur-le-champ
Plutôt que de languir en ses lentes mâchoires.
Roulons toute notre vigueur, toute notre douceur
En une seule et unique sphère :
Et dans une violente lutte, forçons
Par nos plaisirs les portes d’acier de la vie.
Ainsi, faute de pouvoir arrêter notre soleil,
Nous pourrons au moins le forcer à courir.

Andrew Marvell

Traduction de J. Briat.

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