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Notes de lecture de Michèle Duclos Première publication: 24 avril 2019

par Michèle Duclos


Charles Tomlinson Swimming Chenango Lake, Selected Poems, edited by Charles Morley. Manchester : Carcanet Classics, 2019.

En 2009, les éditions Carcanet publiaient dans un magnifique volume (740 pages) les New Collected Poems du poète, né en 1927 et décédé en 2015 après une longue carrière d’universitaire à l’Université de Bristol entrecoupée de longs voyages et d’invitations par les universités américaines. En France, il est surtout connu par l’admiration que lui témoigne le poète franco-britannique Sir Michael Edwards, aujourd’hui membre de l’Académie Française, dans son beau livre d’essais Le Génie de la Langue Anglaise (dernière édition aux Belles Lettres, 2014).

Bibliographie française :

Charles Tomlinson, Comme un rire de lumière, éd. bilingue. Paris : Caractères, 2009. Préface de Michael Edwards, poèmes traduits de l’anglais et postfacés par Michèle Duclos, dessins de l’auteur.

Tomlinson est présent dans plusieurs numéros de la revue Temporel.fr : n°12 automne 2011 ; n°21 automne 2016 : « L’œuvre comme esquive à propos du poème ‘La Truite’ ; n° 23 automne 2018 : « Charles Tomlinson et Octavio Paz : d’un poète à l’autre : la plénitude du temps poétique » (autour du poème ‘ In the Fullness of Time’).

Revue européenne de recherches sur la poésie n°2, 2016 : « Charles Tomlinson dans une perspective européenne ».

*

Yolande Villemaire, Nuit Violette. Paris : Caractères, 2015.

Un tout petit grand livre. En référence à Maïmonide et à son Guide des Egarés il répond à l’invitation par Yves Bonnefoy dans « Poésie et Liberté » à « retrouver le langue des choses simples qui est bien celle au sein de laquelle l’Un, qui est l’infiniment simple, peut le plus aisément venir frapper à la vitre ».

*

Bruno Normand, Les Extrémités. Nantes : Lanskine, 2018

Troisième ouvrage publié par les éditions Lanskine à Nantes par un personnage surprenant, à l’opposé de l’écrivain confit dans sa spécificité. Ouvrage qui, dans ses extravagances, mieux que les textes syntaxiquement bien léchés des surréalistes, tient d’un journal de bord improvisé tenu en vrac en fonction des nouvelles et des rencontres tout en révélant une belle connaissance de la littérature surtout anglophone. Se considère « comme un ‘étudiant’ même lorsque (il) écoute la pluie. L’art, pour (s)a part s’offre dans une présence aimantée, une disponibilité. Toujours il s’agit, dans le désordre du monde, de souligner quelques ravissements » souligne-t-il dans une lettre. Il s’y inscrit en rébellion contre les conventions en jouant sur la page avec la graphie, entre autres l’omission de lettres au début et à la fin des mots, la suppression d’espace habituels entre les signes de ponctuation…

« dans la Lumière dans la marche (je) vais / solidaire de tout ce qui (m’)apparait[ ] continue de t’écrire, de te décrire quelque chose en cours, un processus lent[…]oésie transversale, un amour quantique (je n’ai que ce mot en magasin) nous lie, ai la faiblesse de croire que peut-être tu en ressens les effet[…] »

Le livre est dédié au peintre Jules Paressant, en miroir offert à ce dernier ainsi qu’au lecteur. On trouve en exergue Ingeborg Bachmann : « les êtres humains sont infinis / ils ont le droit comme moi,/ de ne pas mourir.  »

/ [...]ce jour (m’) (j’) offre au pavot
le son / le mot pivot
lui offre d’être pivot à ce contour invisible là
à ce paysage là autour de Lui

/ d’être Jaune
d’être lui comme il est
sur le bord sur
le bord d’un
rivage, une présence
sortie du
sable, du ciel du

rien,
tantôt m’en éloigne
m’en rapproche

/[...] (je)

joue en chemin avec rien qui
(m’) offre
son / mot ce qui est là, invisible là /
invisible son / mot

/ ai marché en diretion de la Pointe du But, ai
trouvé de l’ail doux, entrevu jour sous chemise / d’
invisibles seins, d’in


visibles voilà

et mâts, et mâts de multiples mâts en chaque chose rencontré, ai vu
comme voient les abandonnés et les aimés, les forts aimés

les extrémités à meme le(s) sol(s), à meme
le ciel,

n’ai point pesé seins, n’ai point pesé ange(s), Vide dans une main
ai senti peau, ai senti ail riche, le suis

bogue de / d’une et l’autre, amant aimant et entre /
marcheur

et entre
le / ô ma chair votre chair hein vous le savez Cela par
nous
traverse, le / nous par averse

seul sur tige, mémoire de nuit, de Pavot
dans le jour Cela, corps pareil(s) au Vide
ail nu en attendant

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