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Harry Guest, poèmes traduits par Anne Mounic Première publication: 23 avril 2018


Beware

The man without a shadow even though
a sun still tranquil sends rays from the east
gives orders to who’ll act them lovingly
unless they’ve trust again that’s lasting. Strange
how people passing throw their flattened shape
on paving while he stands immobile, smiles
with lips not eyes, spreads fear. To comprehend
the words for evil delve from childhood all
those midnight terrors, ask what’s underneath
the bed and see if you can reach the door
unscathed. To know what monsters are is not
enough. Nor confidence. In looking back
ensure no camouflaged deceit lies on
the path to trip you, send you sprawling, flaunt
a knife then vanish. You’re the only one
who saw threat, flash of steel, heard promise hissed
about returns no indication of,
nor hint of warning, no escape, the end
assured however long the stretch of one
strayed future keeps it tentatively far
to make those strung-up tortures last. When each
reversal of some stick criterion,
one or the other, will take charge once more
to horrify. Yes, you’re correct. Much could
occur and alter all the shadow may,
who knows, one afternoon appear, a set
of blackened wings between which hard to see
the figure droops, a ghost with face of fire.

Prenez garde

Cet homme sans ombre même si
un soleil encore tranquille à l’est darde ses rayons
donne ses ordres à qui les exécutera avec tendresse
à moins qu’ils retrouvent une confiance qui dure. Etrange
comme les passants projettent leur forme aplatie
sur le pavé tandis qu’il se tient immobile, sourit
des lèvres, non des yeux, répand la crainte. Pour comprendre
les mots désignant le mal, fouillez depuis l’enfance toutes
ces terreurs de minuit, demandez ce qui s’embusque sous
le lit et voyez si vous pouvez atteindre la porte
sans dommage. Savoir ce que sont les monstres
ne suffit guère. Pas plus que la confiance. En vous retournant,
assurez-vous qu’aucun leurre ne se camoufle sur
le chemin pour vous faire un croche-pied, vous flanquer par terre, brandir
un couteau avant de disparaître. Vous êtes le seul
qui ait vu la menace, l’éclat de l’acier, qui ait entendu siffler la promesse
sans résultats qui se puissent entrevoir,
sans la moindre mise en garde, sans échappatoire, l’issue
garantie en dépit de l’étirement
grâce auquel un avenir dévoyé tente de l’éloigner
de sorte à prolonger la tension du tourment. Quand chaque
renversement de quelque habile critère,
l’un ou l’autre, se chargera une fois de plus
d’horrifier. Oui, vous avez raison. Tant de choses
pourraient advenir et après tout l’ombre, qui sait,
risque, un après-midi, de se profiler, un assortiment
d’ailes noircies parmi lesquelles à peine perceptible
croule la silhouette, spectre au visage de feu.

Out of the Rain

(Galleries)

so bleak
oblique and beautiful
like music slanted against the upright text
sunset and blue sonatas from the waves
reflecting pleasure
with what, for ever
a shadow walked that way

onyx
not coal where gleam is different or not at all
turf from elsewhere

strange flowing from the dark
cut to perfection
flaunted as examples of a shaded skill
like whose poetry
then maybe never
that cloud a floating baldaquin

one padlocked dream
and parables of light
wraithlike encounters
the ghosts of lost love
listening to echoes
which haven’t started yet
bas-relief, half the true depth

a green island boasting one white castle
one silver sea
with gone July first hints of autumn
the leaves, the dry leaves
to kiss with open eyes, to see
the other’s blurred eyes,
temple, cheek-curve

dubbed shuttlecocks of operas sent,
forgotten
to go now where miles shrink as quickly

no such thing as end
yet anyway

A l’abri de la pluie

(Galeries)

si austère
oblique et belle
pareille à une musique inclinée contre un texte vertical
couchant et sonates bleues venues des vagues
reflétant le plaisir
avec n’importe quoi, à jamais
une ombre est passée par là
de l’onyx
non du charbon qui luit différemment
ou ne luit pas du tout
tourbe venue d’ailleurs
étranges coulées issues de l’ombre
taillées à la perfection
exhibées comme exemples d’un savoir-faire sur le déclin
comme la poésie d’un tel
alors peut-être jamais
ce nuage, baldaquin voguant
un cadenas sur le rêve
et des paraboles de lumière
spectrales rencontres
fantômes d’amour perdu
à l’écoute des échos
qui n’ont pas encore commencé
bas-relief, mi-véritable profondeur
île verte fière de son seul château blanc
sa mer d’argent
et juillet passé ses premiers soupçons d’automne
les feuilles, sèches, les feuilles
embrasser les yeux ouverts, afin de voir
dans le flou les yeux de l’autre,
temple, courbe de la joue

envois d’opéras, tels des volants ornés,
oubliés
aller désormais où la distance aussi vite se réduit
pas de fin
et pourtant

Three Birds

A grey gull on the line of little rocks
unseen at high tide strolled and pecked
it seemed to no avail. The sky reversed
upstream on glossy silver flowed
quite cautiously and left the reeds on both
banks undisturbed. A cormorant
on stiller water made a T sideways,
the neck reflected. Then a swan
swanned downstream as another T, his neck
a steady mast and vertical.
Neither got flustered by the other what
a lesson for humanity.
The swan mounting the rocks lost elegance
so awkwardly. To look felt wrong.
He slipped with gawky flippers till he hit
the further water when he shrugged
both wings and floated off majestically
downstream to somewhere where he’d find
he mattered more. The gull flew pointedly
off when I wasn’t looking in
the lunch-hour (mine) and later circled back
to the same place he’d tried before
to scavenge there for nothing once again.
The cormorant flew off to sea.

Trois oiseaux

Une mouette grise sur l’alignement de menus rochers
invisibles à marée haute flânait et picorait
en vain, semblait-il. Le ciel à la renverse
en amont sur l’éclat argenté se répandit
sans trop de brutalité, laissant intacts les roseaux
sur les deux rives. Un cormoran
sur une eau plus calme se silhouetta comme un T,
le cou reflété. Puis un cygne
sans souci descendit le courant, autre T, son cou
se dressant, vertical, tel un solide mât.
Aucun ne s’impatienta de l’autre quelle
leçon pour l’humanité.
Le cygne en se hissant sur la roche perdit son élégance
avec tant de maladresse. On s’accusait de regarder.
Il dérapa, empoté, sur ses pieds palmés jusqu’à toucher
l’eau un peu plus loin. Alors il souleva
les ailes et s’éloigna en flottant, majestueux,
sur le courant pour atteindre des parages où il se trouverait
faire moins piètre figure. La mouette en piquant s’envola
alors que j’avais le yeux tournés au moment
du déjeuner (le mien) avant de regagner en cercles
le même endroit, là où auparavant elle avait tenté
de fouiller, en vain cette fois-ci encore.
Le cormoran d’un coup d’ailes prit le large.

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