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André et Simone Weil par Christian Lippinois Première publication: 23 avril 2018

par Christian Lippinois


André et Simone Weil

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André et Simone Weil à Knokke Le Zoute, Belgique, 1922.

Nombreuses sont les études consacrées à Simone Weil, à ses écrits, à son personnage. Cette profusion donne l’impression de tout connaître d’elle. De son frère André, en revanche, que sait le grand public ? Son domaine d’excellence, la mathématique, semble peu prisé au sein d’une culture française tournée d’abord vers les humanités, et reste difficilement accessible compte tenu de sa complexité. Même pour les scientifiques, la visibilité d’André Weil paraît limitée, ses publications étant souvent immergées dans celles du collectif Bourbaki, un groupe de chercheurs dont il fut le co-fondateur. Comparée aux œuvres complètes de Simone Weil – éditées par Gallimard, elles pèsent sept tomes d’environ cinq cents pages –, qui laissent une trace consistante de son parcours, l’autobiographie d’André Weil, Souvenirs d’apprentissage [1], paraît discrète, même abondée du témoignage de sa fille Sylvie. [2] Qui plus est, pour qui s’intéresserait aux relations au sein de leur fratrie, dans ses Souvenirs d’apprentissage, André Weil prévient dès l’avant-propos que, de sa sœur, « il ne sera guère fait mention » dans la suite du texte. Pour brève qu’elle soit cependant, la déclaration liminaire qu’il lui consacre, contient le principal, chaque mot est lourd de sens : « Enfants nous fûmes inséparables, écrit-il, [...]. Plus tard, nous étions rarement ensemble, et c’est plus souvent sur le ton de la plaisanterie que nous nous adressions l’un à l’autre, car [ma sœur] était naturellement gaie et pleine d’humour, [...]. A la vérité nous eûmes peu de conversations sérieuses. »

Il est un moment, toutefois, où la conversation entre frère et sœur prend un tour des plus sérieux et se montre particulièrement révélatrice de leurs personnalités respectives. C’est la courte période de février à avril 1940. André Weil, qui avait refusé de répondre à l’ordre de mobilisation générale, est alors incarcéré à la prison militaire de Rouen. Durant ces trois mois, leur correspondance s’intensifie et, d’emblée, Simone invite fermement son frère à dialoguer autrement que « sur le ton de la plaisanterie ».

L’une des premières lettres qu’elle lui adresse pose le ton de cet échange épistolaire, qui prend prétexte d’une critique des fondements philosophiques de la mathématique : « Une bonne occupation quand on a trop de temps serait aussi de réfléchir à une manière de faire entrevoir à des profanes tels que moi en quoi consistent exactement l’intérêt et la portée de tes travaux. » [3] La lettre suivante relance son frère sur ce point qu’il semble ne pas prendre suffisamment à cœur : « Mais il y a une autre distraction, maintenant que tu as des loisirs, [...] Ce serait de chercher une manière de faire sentir au vulgaire (à moi, par exemple) en quoi consiste l’intérêt de tes recherches actuelles. » [4]

Dans un premier temps, André préfère opposer à cette mise en demeure une fin de non-recevoir : « Quant à parler à des non-spécialistes de mes recherches en mathématiques, autant vaudrait, il me semble, expliquer une symphonie à un sourd. » [5] Tout occupé de ses recherches mathématiques, il paraît ne pas pressentir la grave question que recouvre la demande de sa sœur, une demande qui en dit beaucoup plus qu’elle ne dit. Par la suite, certes, il reviendra sur son refus, mais en ramenant le débat sur le seul plan théorique, comme le révèle une lettre qu’il adressera fin mars à Eveline, sa femme : « Rien n’est plus facile que de correspondre avec [Simone] en ce moment puisque cela concerne les sujets les plus abstraits. » [6]

Pourtant l’insistance de Simone laisse entendre qu’il ne s’agit pour elle assurément pas d’un dialogue qu’elle veut « facile » ni d’un sujet « abstrait », mais bien d’un débat de fond à la réponse duquel est suspendue la teneur de leur relation. Cette insistance, peut-être révèle-t-elle le sentiment d’une divergence profonde, d’une cassure dans ce que Simone voudrait considérer comme une parfaite entente entre leurs deux natures ; d’une faille depuis longtemps ouverte mais demeurée inavouée, et que les évènements précipitent vers une béance douloureuse.

De la ressemblance à la différence, puis au différend

Dans son avant-propos général au tome VII des Œuvres complètes, Robert Chenavier, directeur de publication des Cahiers chez Gallimard, souligne également, la relation étroite qui, dès l’enfance, liait Simone à André. Pour illustrer son propos, il extrait d’une interview cette question posée à André Weil : « Y avait-il une grande intimité entre vous deux ? Très grande, répond-il. Enfant, ma sœur passait son temps à m’imiter. » [7]

Cette compulsion enfantine de Simone à imiter son grand frère se heurte cependant à une limite. Il en résulte une crise, qu’elle évoquera, en mai 1942, dans une lettre au père Perrin, un prêtre dominicain dont elle sollicite le conseil : « A quatorze ans je suis tombée dans un de ces désespoirs sans fond de l’adolescence, et j’ai sérieusement pensé à mourir, à cause de la médiocrité de mes facultés naturelles. Les dons extraordinaires de mon frère, qui a eu une enfance et une jeunesse comparables à celles de Pascal, me forçaient à en avoir conscience. » [8]

Tous deux naissent à Paris : André en 1906, Simone en 1909. Tous deux entreront à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, André en 1922, à seize ans ; Simone en 1928, à dix-neuf ans, l’année où André reçoit son doctorat de mathématiques. Mais là s’arrête la communauté de destin de ces enfants « inséparables ». André part enseigner en Inde. De retour en France, il fonde avec d’autres mathématiciens le groupe Bourbaki, qui mènera de fructueuses recherches sur la théorie des nombres et la géométrie algébrique. Dans le même temps, Simone, reçue au concours de l’agrégation de philosophie en 1931, commence sa brève carrière de professeur en lycée. Elle se mêle activement au mouvement ouvrier et écrit dans des revues syndicales. Fin 1934, elle choisit de mener en usine une expérience de vie ouvrière. Dès le début de la guerre d’Espagne, en 1936, elle part se joindre aux anarcho-syndicalistes pour quelques semaines.

Malgré des parcours qui divergent, tout au long de ces années de jeunesse leur complicité est certaine, mais elle ne va pas sans une certaine rivalité, rivalité fondée sur des caractères qui ne demandent qu’à s’opposer. Comme le souligne Florence de Lussy, qui a codirigé chez Gallimard l’édition des Œuvres complètes, « les retrouvailles [en 1940] du frère et de la sœur, deux « génies » élevés aux fins expresses de le devenir, constituent un nouveau « moment » de ce parcours, et l’un des plus importants. » [9] L’échange épistolaire intense de ce « moment » met particulièrement en lumière, ce qui les rapproche et ce qui les oppose. Il laisse voir comment, après s’être décrits très proches durant leur jeunesse, ils prennent soudain conscience de leur différence irréductible, poussés par les évènements de cette période difficile.

Les Cahiers de Simone

Ce sentiment d’être devenue en quelques années si différente d’André, cette divergence insupportable, de quoi s’agit-il en vérité ? Peut-on relever, dans les écrits antérieurs de Simone, le germe de cette particularité intime qui ne cessera de l’éloigner d’André ?

Dans le premier de ses Cahiers [10], une note, par son caractère plus exalté, attire l’attention. Elle date d’une époque située juste avant les débuts de son expérience ouvrière en décembre 1934 : « L’homme crée l’univers autour de lui par le travail. Souviens-toi du regard que tu jetais sur les champs, après une journée de moisson... Combien différent du regard du promeneur, pour qui les champs ne sont qu’un fond de décors ! [...] Tu possèdes là une source inépuisable de joie... N’oublie jamais que tu as le monde tout entier, la vie tout entière devant toi... Que pour toi, la vie peut et doit être plus réelle, plus pleine et plus joyeuse qu’elle n’a été peut-être pour aucun être humain... » [11] Moment d’ivresse existentielle, perçu comme un présage de son destin particulier, que vient, dès la note suivante, recouvrir le caractère tragique des luttes ouvrières auxquelles elle participe depuis 1931. Joie promise par un sain labeur et impossibilité de l’atteindre, lui apparaissent ici comme les deux faces de la destinée humaine contemporaine. Prenant acte de cette situation, elle en tire les conclusions : « But : les conditions d’existence où on perçoit le plus possible [le sens du travail]. Décadence : démoralisation du travailleur [...] dissolution du rapport entre travail et bien-être. [...] Réaction : tendances vers un retour à la vie simple. » [12]

Le monde ouvrier lit alors avec passion les romans de Jean Giono qui exaltent la vie simple des campagnes et dénoncent le machinisme. En 1935 paraît Que ma joie demeure, puis Les vraies richesses, dédié à « ceux du Contadour », une communauté ouvrière et paysanne que Giono animera jusqu’en 1939, sur la montagne de Lure. Mais là s’arrête la similitude des idées de Simone Weil avec celles que développe le romancier. Prête à partager ce bonheur de la vie simple, Simone Weil est, contrairement à Jean Giono, portée à partager le malheur que sa privation représente. Elle considère même cette attitude comme une vertu : « Je crois à la valeur de la souffrance dans la mesure où on fait tout (ce qui est honnête) pour l’éviter. » [13]

« Lors des grèves de juin 1936, note Florence de Lussy, Simone Weil n’avait pas caché les ‘sentiments de joie et de délivrance indicibles’ qu’elle avait ressentis à voir enfin ses ‘camarades’ relever une bonne fois la tête. » [14] Mais, n’ignorant pas le poids de la réalité économique et sociale, elle tempère sa joie en ressentant conjointement « le sentiment d’une impuissance irrémédiable » condamnant à terme cet élan libérateur. Par tempérament, elle se situe aux antipodes de la position d’un Giono, qui, anticipant la mobilisation générale de 1939, tente de convaincre « ceux du Contadour » et, plus largement les ouvriers et les paysans, de se livrer à une insoumission totale, utopie qui lui vaudra d’être arrêté et incarcéré.

Antagonisme avec André

« Le cahier antérieur à la guerre [Cahier I], écrit Florence de Lussy, pose les bases – que rien n’ébranlera – de sa constitution à la fois psychique et spirituelle : perception aiguë du malheur des hommes et impossibilité pour elle de ne point le partager, c’est-à-dire compassion, au sens étymologique du terme. » [15]

Ce don de la compassion forme dans un premier temps le fond de l’antagonisme vis-à-vis de son frère. Elle regrette de voir André s’enfermer dans une recherche qui l’abstrait de l’humanité souffrante. Il préfère en effet s’exclure de tout ce qui pourrait le solliciter par ailleurs, et d’abord de cette guerre vers laquelle le précipite l’ordre de mobilisation générale. Durant ces mois de réclusion, attendant d’être jugé par un tribunal militaire, il travaille sans relâche sur son ouvrage de mathématicien, et il le dit à Simone : « Je suis attelé, pour l’instant à la correction de mes épreuves. » [16] Il s’agit des épreuves de L’Intégration dans les groupes topologiques, que l’éditeur lui a fait parvenir en prison. Et le 30 mars, il écrit à Eveline, sa femme : « Mes recherches arithmético-algébriques ont bien démarré ; j’ai trouvé des choses très intéressantes. J’en suis à souhaiter d’avoir encore quelques temps de tranquillité ici pour achever ce qui est en train. » [17] Et le 7 avril : « Mes mathématiques marchent au-delà de tout ce que j’espérais. » [18]

La disputation sur les nombres purs : la question de la mathématique grecque

L’optimisme et la satisfaction d’André contrastent du tout au tout avec l’attitude de Simone qui, dès ses premières lettres, n’hésite pas à mettre en doute « l’intérêt [des] recherches actuelles » de son frère. Cette polémique n’est pas nouvelle. Son désaveu de l’algèbre moderne, celui même que pratiquent André et ses collègues, date en effet du début des années Trente. Dans le Cahier I déjà, elle fait figurer cette science en bonne place « parmi les caractéristiques de décadence du monde moderne », et, dans la même page, inscrit en lettres capitales : « Argent [spéculation], machinisme, algèbre : les trois monstres de la civilisation actuelle. » [19] De son point de vue, ces « trois monstres » empêchent le travailleur « de penser concrètement le rapport entre l’effort et le résultat de l’effort. »

Mais à présent, en 1940, pour étayer son réquisitoire, Simone évite de prendre directement appui sur ses convictions sociales. Elle se réclame d’abord de l’autorité de la Grèce antique : « Si jusqu’à Diophante il n’y a pas eu d’algèbre chez les Grecs (sinon traduit en géométrie), c’est certainement que l’algèbre pure était à leurs yeux interdite. [...] Je crois que l’explication ne peut être trouvée que dans une interdiction de nature philosophico religieuse. Les jeux de ce genre devaient leur sembler impies. Car pour eux les mathématiques constituaient, non un exercice de l’esprit, mais une clef de la nature ; clef recherchée, non pas en vue de la puissance technique sur la nature, mais afin d’établir une identité de structure entre l’esprit humain et l’univers. » [20] Cette critique de l’algèbre fondée sur l’autorité de l’Antiquité grecque n’est pas nouvelle. Elle figurait déjà dans une lettre de 1936 à Robert Guihéneuf, un ingénieur de l’usine où elle avait travaillé.

Dans son avant-propos à l’édition de cette correspondance chez Gallimard, Michel Narcy, spécialiste de philosophie ancienne au CNRS, relativise la solidité de ce propos : « En réalité, faute de textes, écrit-il, presque tout ce qu’on peut dire de la mathématique grecque avant Archimède et Euclide est nécessairement du domaine de la spéculation ; les hypothèses les plus hardies sont permises mais demeurent invérifiables. [...] Loin qu’il soit établi que les Grecs, jusqu’à Diophante, aient entièrement repoussé l’algèbre, il semble bien plutôt que le contraire soit vrai. » [21]

Dans une certaine mesure, la fragilité de l’argument historique qu’avance Simone paraît secondaire. Compte d’abord ce qui le sous-tend : de son point de vue, « la mathématique actuelle, considérée soit comme une science, soit comme un art, paraît singulièrement loin du monde ». En outre, elle constitue « un écran [...] entre l’homme et Dieu, conçu à la manière des Grecs, au lieu de les mettre en contact » [22]. La référence à Dieu, venant à présent compléter, sinon remplacer, l’argument social des années Trente, témoigne de l’évolution de Simone, qui depuis son expérience en usine, a suivi un parcours de conversion. Les étapes en sont rappelées dans la Lettre IV au père Perrin. [23] C’est au terme de ce cheminement spirituel que se situe la correspondance de 1940 avec son frère incarcéré.

Cette affirmation du caractère intrinsèquement religieux de la mathématique reparaîtra, à plusieurs reprises, dans les Cahiers. Par exemple, cette note du Cahier III, datant de la période de Marseille (1941). Faisant référence au mythe de la caverne, que Platon expose dans la République, elle écrit : « La mathématique même, dans la délivrance de l’âme, doit probablement être contemplation, non raisonnement discursif. [24] [...] L’axiomatique des mathématiques modernes : qu’est-ce qu’ils veulent ? Ils font des mathématiques sans en connaître l’usage. » [25] Pour Simone Weil, quel est le bon usage des mathématiques ? « Mathématique en Grèce et détachement. Contemplation d’une figure mathématique en faisant jouer les rapports. Il y a là un rapport caché avec le beau. L’algèbre [moderne] n’est-il pas cause que cette efficacité de la mathématique soit perdue ? N’est-ce pas pour cela que les Grecs n’en ont pas eu ? » [26] Simone Weil conçoit cet usage dans une perspective initiatique : la mathématique doit aider les humains à « sortir de la caverne ». Ce qu’elle semble récuser, c’est le droit d’utiliser ce langage qu’est la mathématique, et l’algèbre en particulier, à des fins autres qu’initiatiques. S’arroger ce droit, telle est la faute impardonnable de la modernité. Les algébristes seraient dès lors des « impies » et des profanateurs.

Les nombres, un langage à part entière

Cet aspect de sa critique est à rapprocher d’une note du Cahier I datant du début des années Trente : « Travail moderne : substitution du moyen à la fin. Algèbre moderne : substitution du signe au signifié. » [27] Cet argument, fondé sur un parallélisme intuitif, prend la forme d’une disputation au sujet des nombres compris comme un langage à part entière. Pour Simone, tout langage, s’il se veut honnête, se doit de demeurer transparent, permettre à tout moment de percevoir ce qui est signifié sous le signe. Elle récuse donc l’utilisation moderne de l’algèbre qui est devenu un langage dissocié de son référent : « Le mathématicien [moderne] vit dans un univers à part dont les objets sont des signes. Le rapport de signe à signifié périt. Le jeu des échanges entre signes se développe par lui-même et pour lui-même. » [28]

En le privant du moyen de comprendre, l’algèbre rend l’esprit esclave, tout comme le machinisme rend l’ouvrier esclave. Cet argument, note Michel Narcy, figure, dès 1935, « dans la correspondance que Simone Weil entretient avec le directeur de l’usine de Rosières, (Les lettres à un ingénieur directeur d’usine) » [29]

Bien que convaincu de l’inutilité de « parler à des non-spécialistes de [ses] recherches en mathématiques », André Weil finit cependant par satisfaire à la demande de sa sœur : « Quelques pensées que j’ai eues dernièrement, sur le sujet de mes travaux arithmético-algébriques, peuvent passer pour une réponse à l’une de tes lettres, où tu me questionnais sur ce qui fait pour moi l’intérêt de ces travaux. Je me décide donc à les noter, au risque que la plus grande partie te soit incompréhensible. » [30] Simone avouera, dans une lettre ultérieure, que bien des aspects de ce long développement (seize pages !) lui sont demeurés obscurs. A noter qu’André n’y élude nullement l’origine mystique de la mathématique, aspect qu’il n’avait pas négligé. Quoi qu’il en soit, le fond de la querelle apparaît tout autre.

Dans son analyse des modèles génétiques du langage, George Steiner parle d’une linguistique de type « transcendant », en ce sens qu’elle attache « une importance primordiale aux origines du langage humain » [31]. Mais il distingue au sein de ce groupe « transcendant » deux points de vue. « Le point de vue fonctionnaliste suppose au discours humain une origine divine et une qualité transcendante. Mais il voit l’homme comme un maître et utilisateur du langage à des fins naturelles. [...] la relation de l’homme avec les ressources du langage est utilitaire. [...] Au contraire, le point de vue ‘logocratique’ [...] radicalise le postulat de la source divine, [...] [et en outre il affirme que l’usage que l’homme] fait de ses pouvoirs numineux est toujours, dans certaine mesure, une usurpation. [...] Ce modèle ‘logocratique’ est ancien. Il semble qu’il ait été au centre de ce faisceau d’attitudes connu sous le nom d’orphisme. » Dans l’optique « logocratique », précise George Steiner, l’homme n’est pas le maître du langage, mais son serviteur. Cette conception confèrerait au mathématicien une fonction, en quelque sorte, sacerdotale. Elle exige de lui une intimité permanente avec le numineux. N’est-ce pas cette conception radicale que Simone tente d’imposer à André ?

Des pacifismes différents

La disputation sur la nature religieuse du langage des nombres ne doit pas occulter un autre différend sensible, fondé sur une différence d’attitude devant la vie. Simone accourt partager les épreuves et le malheur des hommes : la condition ouvrière des années Trente, la guerre d’Espagne, et plus tard, le combat des Forces Françaises Libres à Londres. Elle se montrera fidèle à cette ligne de conduite jusqu’au bout de ses forces. A l’opposé, André fuit toute situation susceptible de le priver de la tranquillité nécessaire à ses recherches. Dans ses Souvenirs d’apprentissage, il s’étend longuement sur les raisons de son insoumission, raisons qui peuvent se résumer à ceci : il ne voulait pas qu’une guerre, qui n’était pas la sienne, vienne interrompre le cours de ses recherches dans le domaine des mathématiques. Pacifiste ? Non, dit-il, ce mot ne recouvre pas ce qu’il ressent : « Autrement dit, je me sens aussi loin des pacifistes inconditionnels que des patriotes intransigeants, s’il en reste, ou bien des gauchistes fanatiques. » [32] La guerre ? Il la refuse : « Mon plan était, en cas de guerre, de me réfugier en pays neutre, puis d’émigrer aux Etats-Unis. » [33]

Sa réaction peut prendre, à l’occasion, une dimension phobique : « En 1938, Bourbaki se réunit en congrès à Dieulefit [...]. C’était le moment de Munich ; l’atmosphère était sinistre. [...] J’avais déjà résolu, si la guerre survenait, de chercher à déserter. En plein congrès [...], j’invoquai un prétexte quelconque et partis en Suisse. La menace de guerre immédiate paraissant écartée, j’en revins au bout de deux jours. » [34]
A noter que Simone assistait également à ce congrès. (Sur la photographie de groupe, elle apparaît aux côtés de son frère.) Qu’a-t-elle pensé de ce départ précipité en Suisse ? Elle n’était probablement pas dupe. Pour autant, elle est demeurée discrète sur ce point. Bien des années plus tard, sa nièce, Sylvie Weil, expliquera : « On a accusé mon père de lâcheté, parce qu’il n’a pas rejoint les drapeaux en septembre 1939. On a écrit que Simone, par ailleurs si férue de sacrifice et d’héroïsme, avait compris, encouragé, soutenu la ‘lâcheté’ de son frère. [...] Ce qu’elle a compris et soutenu, c’est que, comme elle, il était animé par une passion, la passion de remplir ce qu’il considérait comme sa mission sur terre. » [35]
Comme André tient cependant à le préciser dans ses Souvenirs, son attitude ne manqua pas d’inquiéter sa sœur : « En 1940, lorsque la ligne de conduite que j’avais adoptée me valut quelques déboires, il paraît que ma sœur éprouva de grands remords à la pensée que ses vues pacifistes d’avant-guerre avaient pu m’influencer. En cela elle se trompait ; j’ai déjà dit, d’ailleurs, que son pacifisme, à la différence de celui de quelques-uns de ses amis, n’avait pas été inconditionnel non plus, mais avant tout pragmatique, et, pensait-elle, réaliste, bien qu’elle ait ensuite changé d’avis sur ce point. » [36]

« Sur le ton de la plaisanterie »

Le ton souvent agressif de Simone puise peut-être une partie de sa véhémence dans les souffrances que lui occasionnent les appréciations ironiques de son frère. « C’est plus souvent sur le ton de la plaisanterie que nous nous adressions l’un à l’autre », écrit-il, dans l’avant-propos à ses Souvenirs.
A propos de la guerre d’Espagne, qui éclate au mois de juillet 1936, André Weil écrit : « Au mois d’août ma sœur partit à Barcelone, et de là au front d’Aragon. Nos parents, justement inquiets, partirent bientôt à sa recherche ; ils finirent, non sans mal, par la retrouver, assez mal en point, dans un hôpital. [Elle s’était brûlé la jambe par maladresse.] Quand j’en reçus la nouvelle, j’y répondis par une carte postale dont ma mère feignit longtemps de s’indigner : ‘Charmé de vous savoir tous en vie provisoirement’. Sans doute je savais ma sœur capable des imprudences les plus déraisonnables ; mais qu’y pouvais-je ? J’avais à préparer pour Bourbaki un rapport sur la topologie générale. » [37] Que penser du ton de cette réponse ? Tout à l’opposé de l’esprit dans lequel sa sœur s’engagea.
Simone, de son côté, ne ménage pas davantage la susceptibilité d’André. En été 1939, il part, accompagné de sa femme, chez un ami, en Finlande : « Si la paix se prolongeait au-delà de l’été nous rentrerions à Strasbourg, [...] sinon mon projet était de rester en Finlande, d’où je croyais pouvoir préparer à loisir mon passage aux Etats-Unis. » [38] Trop occupé à rédiger son mémoire pour Bourbaki, il laisse passer les jours, négligeant de se tenir informé de l’évolution de la situation politique, pourtant fort inquiétante. Simone, sachant trop bien son insouciance, ne manque pas à son tour de le rappeler avec humour à la réalité : « Au printemps de 1939 je reçus un matin, de fort bonne heure un télégramme de ma sœur : « Recommande lecture journaux ». [39] Mise en garde insuffisante, au demeurant, puisqu’il négligera de passer aux Etats-Unis à temps et sera arrêté par les Finlandais.
Jugé le 3 mai 1940, condamné à cinq ans de prison, il obtient une suspension de peine moyennant l’envoi dans une unité combattante. Dans le Cotentin, son régiment, acculé à la mer par l’avance allemande, est embarqué vers l’Angleterre en juin et transféré à Londres. Le groupe de soldats français auquel il appartient est invité à rejoindre les Forces Françaises Libres du général de Gaulle, mais André décline l’invitation. Durant l’été, il erre dans Londres, désœuvré, espérant son rapatriement : « Mon plan était, une fois en France, de me faire rejoindre par Eveline et Alain [le fils d’Eveline] puis de partir avec eux aux Etats-Unis. » Il assiste aux épisodes de la Bataille d’Angleterre, lorsque « Göring avait lâché sur Londres sa grande armada ». Dans Souvenirs d’apprentissage, il se montre – innocemment – installé sur le toit d’un immeuble regardant les bombes tomber, tandis que hurlent les sirènes et que les Anglais courent se réfugier dans les caves.

Une blessure inguérissable

Rapatrié le 7 octobre, puis démobilisé, son destin n’était pas toutefois de rester inactif dans la France occupée : la fondation Rockefeller, qui avait établi une liste des « intellectuels » français à « exfiltrer » – le mot n’existait pas encore –, lui réservera, en mars 1941, un visa et une place à bord d’un des derniers paquebots pour New-York en partance de Marseille. Après avoir enseigné successivement dans les universités de Sao Paulo et de Chicago, André Weil est reçu en 1959 à l’Insitute for Advanced Study à Princeton. Il y rejoint Robert Oppenheimer et Albert Einstein.

Dans son ouvrage Un long samedi, qui récapitule une série d’entretiens avec Laure Adler sur les ondes de France Culture, George Steiner évoque sa première rencontre avec André Weil, dans les années Soixante à Princeton. André Weil, son aîné de vingt-trois ans, le sachant de culture française, préfère prendre les devants : « ‘Si on est intelligent, dit-il, on fait de la théorie des nombres purs. Si on est passablement intelligent – comme moi – on fait de l’algèbre topologique.’ Jamais je n’oublierai ça, précise George Steiner [...]. A ce moment-là, c’était presque la voix de Simone Weil qu’on entendait. » [40] Cette allusion à la théorie des nombres purs, n’est-ce pas une allusion à Simone ? La mise en demeure sans aménité d’avoir à justifier l’utilité de l’algèbre topologique qu’elle lui avait adressée en février 1940 avait laissé une blessure sensible. « Il devait avouer un jour à un ami, écrit Sylvie Weil, qu’il pensait que sa sœur lui avait été bien supérieure : ‘Moi, je n’ai été qu’un mathématicien’. » [41]
Dans l’entretien radiodiffusé, George Steiner croit bon de préciser pour l’auditeur de France Culture qu’André Weil est le frère de Simone Weil. C’est Laure Adler qui reprend la parole pour préciser qu’André Weil est le cofondateur du mouvement Bourbaki, il n’est pas seulement le frère de Simone Weil, il existe par lui-même, et c’est un grand mathématicien.
« Mon père avait un double, écrit Sylvie Weil, un double féminin, un double mort, un double fantôme. » [42] Qu’est-ce à dire ? André était-il hanté par l’image oppressante de sa sœur, décédée prématurément en 1943 ? Etait-il tourmenté par la culpabilité de ne lui avoir pas accordé toute l’attention et la considération qu’elle méritait pendant qu’il était temps encore ?
Le livre de Sylvie Weil apparaît, par certains côtés, comme une apologie posthume de son père décédé à Princeton en 1998. L’éditeur, dans le texte de présentation qui figure sur le quatrième de couverture, parle « d’exercice d’admiration ». Plus justement semble-t-il, elle s’efforce au long des pages de rétablir un équilibre rompu, d’effacer une injustice fondée sur la méconnaissance des faits. Peut-on même parler d’une réhabilitation de son père, dont la personnalité resterait, aujourd’hui encore, occultée par l’aura de Simone ?
De ce rapide tour d’horizon, pour incomplet qu’il soit, s’élève une image contrastée de la relation entre ces deux êtres « inséparables » liés par une forte affection. Du côté de Simone, il faut noter sa nature têtue, obstinée, acharnée ; son regard critique. Son verbe polémique recherche souvent le heurt frontal. Son engagement philosophique, social et politique contraste fortement avec l’attitude réservée d’André, une attitude de retrait qui pourrait passer pour de l’insensibilité ou de l’irresponsabilité.

Epilogue

« Cher Ben, une sirène d’alerte a retenti juste au moment où je commençais à lire votre lettre. [...] Les avions [allemands] sont passés. Je suis sortie les regarder. Ensuite j’ai repris votre lettre. [...]je me suis demandé ce que j’aurais pu faire [durant les années antérieures en tant qu’écrivain] pour arrêter les bombes [...]. » [43] En cette fin d’été 1940, tandis qu’André Weil, sur un toit de Londres, regarde passer les avions ennemis, Virginia Woolf, écrit à Benedict Nicolson, le fils d’une de ses amies, chroniqueur du Burlington Magazine. « Hier, nous avons entendu siffler les bombes [...], et les voilà qui tombent – quatre à la file – dans le champ du haut. Toutes les mères de Rodmell se sont mises à courir en hurlant [à cause des enfants]. » écrit-elle encore à Angelica Bell, sa nièce. « Mecklenburgh Square [n’est] plus qu’un éclat de verre, le vent soufflant à travers mes armoires et tous les livres par terre. Quant au 52 Tavistock – oui, là où je te faisais sauter sur mes genoux [Angelica est née en 1918], c’est à ciel ouvert : il ne reste plus rien qu’une chaise d’osier et un morceau de tapis. » [44] : il s’agit là de son domicile et des ateliers de la Howard Press, la maison d’édition familiale.
Mais au-delà de ces terribles faits, une chose plus grave motive sa lettre à Benedict Nicolson. Celui-ci, profondément irrité de voir Londres sous les bombes allemandes, accuse les intellectuels européens de n’avoir pas à temps unis leurs efforts à prévenir les gens – et les hommes politiques – du danger que représentait la montée du Nazisme. Virginia cite des extraits de sa lettre déplorant notamment l’attitude élitiste de Roger Fry, [45] dont elle vient de publier la biographie posthume : « Ce monde intensément personnel que cultivait Roger Fry, écrit Ben, ne pouvait se communiquer qu’à de rares personnes aussi sensibles et intelligentes que lui. » Cette critique est à rapprocher du ton de la lettre que Simone Weil envoie à son frère le 5 février 1940, tandis que l’armée allemande est déjà dans les Ardennes : « Mais il y a une autre distraction, maintenant que tu as des loisirs, [...] Ce serait de chercher une manière de faire sentir au vulgaire (à moi, par exemple) en quoi consiste l’intérêt de tes recherches actuelles. » Sa mise en doute tacite de l’utilité des recherches d’André ne rejoint-elle pas celle de Benedict Nicolson accusant Roger Fry de légèreté ? Et, à travers lui, Virginia Woolf et les artistes du groupe de Bloomsbury ? [46]
« Tout ceci, poursuit Ben, paraît sous-entendre que, pour moi, l’artiste, ou l’intellectuel, n’a plus sa place dans la société moderne. Au contraire, sa mission est maintenant plus vitale que jamais. Il restera choqué par la stupidité et le mensonge, mais au lieu de les ignorer, il engagera le combat contre eux ; au lieu de se retirer dans sa tour pour défendre une certaine éthique, son travail consistera à convaincre le plus de gens possible de penser et de se conduire selon cette éthique – et de son succès ou de son échec dépend l’avenir du monde. »
Dans sa réponse, Virginia entend convaincre Benedict Nicolson, à travers l’exemple de Roger Fry, que nombres d’intellectuels anglais ont fait leur devoir : « Qui au monde, [...] a accompli cette tâche avec plus d’obstination et de succès que Roger Fry ? N’a-t-il pas passé la moitié de sa vie, non dans une tour, mais à voyager à travers l’Angleterre s’adressant à des gens qui n’avaient jamais vu un tableau et leur faisant voir ce qu’il voyait. Et n’était-ce pas le moyen le plus sûr de faire obstacle au nazisme ? » [47]
Ainsi, pour elle, former le goût du public par la fréquentation des œuvres d’art reste « le moyen le plus sûr » de combattre la barbarie. Et qu’en est-il de la fréquentation de la science mathématique ? La réponse de Virginia ne peut-elle concerner l’action d’André Weil et du groupe Bourbaki ? Cette sempiternelle plainte au sujet d’une « trahison des clercs » [48] vient peut-être éclairer un des aspects majeurs du débat de 1940 entre Simone et André.
Leur présence successive à Londres pendant la guerre met en relief leur différence d’attitude : l’un semblant étranger au drame de la guerre et se détournant de la bataille, l’autre s’y jetant éperdument. Quand Simone viendra à Londres en novembre 1942, elle y travaillera comme rédactrice dans les services de la France Libre. Ceux qui l’ont rencontrée alors disent combien elle paraissait épuisée, démoralisée, déçue de n’être pas comprise de son entourage – comme elle pensait ne l’avoir pas été de son frère.
A sa manière, André confirme et déplore, un demi-siècle plus tard, le fossé d’incompréhension qui s’était creusé entre eux jusqu’à devenir infranchissable, et cela en dépit de la profonde affection qui les liait : « Mais, si les joies et les détresses de son adolescence me sont restées tout à fait étrangères, si par la suite son comportement m’a souvent paru, non sans raison sans doute, un défi au bon sens, néanmoins nous sommes toujours restés assez proches l’un de l’autre pour que rien de ce qui la concernait ne m’ait vraiment surpris. J’en excepterais seulement sa mort, [49] à laquelle je ne m’attendais pas, car j’avoue l’avoir crue indestructible, et je n’ai compris que fort tard que sa vie s’était déroulée suivant ses lois propres et s’était terminée de même. De sa trajectoire je n’ai guère été que le lointain spectateur. » [50]
Il est permis de se demander comment les choses se seraient passées si, lors de son séjour à Londres en 1942, Simone Weil avait pu rencontrer Virginia Woolf. Sur ce sujet sensible – la responsabilité des intellectuels –, la romancière et la philosophe partageaient des points de vue proches. Se seraient-elles comprises ? Soutenues ? Mais quand Simone arriva à Londres, Virginia n’était plus. Souffrant d’une grave dépression, elle s’était donné la mort quelques mois auparavant.

Janvier 2018

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[1André Weil, Souvenirs d’apprentissage. Bâle : Birkhäuser, 1991.

[2Sylvie Weil, Chez les Weil. André et Simone. Paris : Buchet-Chastel, 2009.

[3Simone Weil, Œuvres complètes, tome VII, volume 1 : Correspondance familiale. Paris : NRF, Gallimard, 2012, p. 434 : lettre 4 du 6 février 1940.

[4Ibid., p. 436 : lettre 5.

[5Ibid., p. 532.

[6Ibid., p. 531 : lettre du 30 mars 1940.

[7Simone Weil, Œuvres complètes, tome VII, volume 1 : Correspondance familiale, op. cit., p. 25.

[8Simone Weil, Attente de Dieu. Paris : Éditions Fayard, 1966, p. 33, lettre IV.

[9Florence de Lussy, Simone Weil. Paris : PUF Que sais-je, 2016, p. 41.

[10Simone Weil, Œuvres complètes, tome VI, Cahiers, volume 1. Paris : Gallimard NRF, 1994.

[11Ibid., p. 88, manuscrit p. 26.

[12Ibid., p. 90, ms. p. 28.

[13Ibid., p. 139, ms. 2 : réflexion notée en marge et transversalement.

[14Florence de Lussy, Simone Weil, op. cit., p. 29.

[15Simone Weil, Œuvres complètes, tome VI, Cahiers, volume 1. Paris : Gallimard NRF, 1994, Florence de Lussy, Introduction, p. 13.

[16Simone Weil, Œuvres complètes, tome VII, volume 1 : Correspondance familiale. Paris : NRF, Gallimard, 2012, p. 531, lettre 6 d’André, qui répond aux lettres 4 et 5 de Simone.

[17André Weil, Souvenirs d’apprentissage, op. cit., p. 152.

[18Ibid., p. 153.

[19Simone Weil, Œuvres complètes, tome VI, Cahiers, op. cit., p. 99, ms. 36.

[20Simone Weil, Œuvres complètes, tome VII, volume 1, Correspondance familiale, op. cit., p. 448 : lettre n°7 de mars 1940.

[21Ibid., p. 422.

[22Ibid., p. 450, lettre 7 et p. 461, lettre 9.

[23Simone Weil, Attente de Dieu, op. cit., lettre IV dite Autobiographie spirituelle, p. 36.

[24Voir Platon, la République, VI, 510 c.

[25Simone Weil, Œuvres complètes, tome VI, Cahiers, volume 1, op. cit., p. 308, ms. 28.

[26Ibid., p.301-302, ms. 17.

[27Simone Weil, Œuvres complètes, tome VI, Cahiers, volume 1, op. cit., Cahier 1, p. 94, ms. 31.

[28Cité par Sylvie Weil, Chez les Weil, André et Simone, op. cit., p. 95, référence non précisée.

[29Simone Weil, Œuvres complètes, tome VII, volume 1 : Correspondance familiale, op. cit., pp. 422-423, Avant-propos 1 : Le domaine grec.

[30Simone Weil, Œuvres complètes, tome VII, volume 1 : Correspondance familiale, op. cit., p. 535, lettre 7 du 26 mars.

[31George Steiner, Les Logocrates. Paris : L’Herne, 2008, pp. 12 à 16.

[32André Weil, Souvenirs d’apprentissage, op. cit., p. 133.

[33Ibid., p. 135.

[34Ibid., p. 129.

[35Sylvie Weil, Chez les Weil. André et Simone, op. cit., p. 175.

[36André Weil, Souvenirs d’Apprentissage, op. cit., p. 133.

[37André Weil, Souvenirs d’Apprentissage, op. cit., p. 117.

[38Ibid. p. 133.

[39Ibid. p. 135.

[40George Steiner, Un long samedi, entretiens avec Laure Adler pour France Culture. Paris : Flammarion, 2014, p. 24.

[41Sylvie Weil, Chez les Weil. André et Simone, op. cit., p. 95.

[42Sylvie Weil, Chez les Weil. André et Simone, op. cit., p. 91.

[43Virginia Woolf, Lettres illustrées choisies et commentées par Frances Spalding. Traduit de l’anglais par Thérèsa et Christine de Cherisey. Paris : Herscher, 1992, p. 141, lettre du 13 août 1940.

[44Virginia Woolf, Lettres illustrées, op. cit., p. 144, lettre du 26 octobre 1940.

[45Peintre et critique d’art (1866-1934). Ses expositions, ses conférences et ses nombreux articles ont familiarisé les milieux artistiques anglais avec la peinture française des années 1880-1910.

[46Groupe d’intellectuels et d’artistes que réunirent autour d’elles, dès 1904, Virginia et sa sœur Vanessa. Affichant une grande liberté de mœurs et de pensée, ce collectif contribua à renouveler une culture anglaise alors étouffée par le puritanisme.

[47Ibid., p. 143.

[48La Trahison des Clercs est un ouvrage de Julien Benda édité en 1927 dans lequel l’auteur reproche aux intellectuels de ne plus servir les valeurs de l’humanisme.

[49Simone Weil est décédée en 1943 en Angleterre, d’épuisement et des suites d’une tuberculose.

[50André Weil, Souvenirs d’apprentissage, op. cit., avant-propos, p. 11.


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