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Notes de lecture de Temporel Première publication: 24 septembre 2017

par temporel


Les Cahiers de la rue Ventura. Périodique littéraire. Sablé-sur-Sarthe : Les Amis de la rue Ventura, n° 36, 2ème trimestre 2017.

Cette revue très soignée se consacre à la poésie et à la littérature. Les auteurs mis en valeur ont pour nom Julien Gracq, Pierre Reverdy ou Jean Joubert. On est heureux de voir citée Marguerite Audoux. Le numéro en cours est consacré à René Guy Cadou (1920-1951), poète proche de l’Ecole de Rochefort.

Nous recevons en septembre le n° 37, qui comporte un dossier sur le nouveau roman.

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Alain Clastres, Silencieux. Saint-Chéron : Unicité, 2017.

Recueil de poèmes brefs dont certains s’inspirent des représentations des Aborigènes d’Australie.

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Etudes de style. Collection dirigée par Nicolas Martin.

« Cette collection se réfère à Léo Spitzer, l’auteur d’Etudes de style, dont la critique réclame une lecture obstinée et confiante de l’œuvre. »
Nous recevons les trois premiers volumes de cette collection sobre, à la fois dans sa présentation et dans son intention, puisqu’il s’agit, à chaque fois, de présenter une lecture d’une œuvre, que ce soit un poème, ou un ouvrage philosophique.

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Celan Danblon. Mandorla de Paul Celan, ou l’épreuve de la prophétie. Avec une étude métrique de Marc Dominicy. Lormont : Le Bord de l’Eau, mars 2017.

Rimbaud Brunel. Le Bateau ivre d’Arthur Rimbaud : Un texte. Une voix. Lormont : Le Bord de l’Eau, mars 2017.

Sartre Misrahi. Sartre ou le premier chemin de la liberté : L’être et le néant. Lormont : Le Bord de l’Eau, juin 2017.

Ces trois premiers ouvrages s’inscrivent sous le signe de la confiance. Pierre Brunel insiste sur la confiance de Rimbaud dans le langage ; Robert Misrahi admire la confiance de Sartre dans sa démonstration de la liberté, confiance qu’il communique à son lecteur ; Emmanuelle Danblon parle, à propos de « Mandorla » de Paul Celan, d’une initiation à « une utopie vectrice d’un espoir lucide sur le monde ». Cette confiance, en effet, dans chaque cas, ne se déduit pas d’une naïveté, mais d’une conscience aiguë des réalités, politiques notamment. Chaque commentateur met en relief le contexte historique, « l’univers du génocide » pour Paul Celan ; l’écrasement de la Commune de Paris pour Rimbaud ; l’Occupation pour Jean-Paul Sartre. Chaque auteur, poète ou philosophe, non seulement résiste à ce qui se présente comme fatalité, mais affirme sa liberté sous un apparent repli (Rimbaud) ; « propose de faire l’épreuve de la prophétie » (Celan) ; unifie le temps dans l’exercice de sa liberté (Sartre). Ces études de style, en somme, nous éclairent sur le sens profond de l’œuvre et de la parole humaines, refus d’acquiescer à la tragédie et choix de la vie. Elle en mettent en valeur la dimension éthique, et donc vitale.

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Etudes Romain Rolland, Cahiers de Brèves, n° 39, juillet 2017.

De nombreuses études sur divers aspects de l’œuvre de Romain Rolland ainsi que sur sa correspondance avec d’autres écrivains majeurs.

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Michèle Finck, Connaissance par les larmes. Paris-Orbey : Arfuyen, 2017.

Dans ce nouveau recueil tout juste paru, Michèle Finck, plaçant en exergue l’invocation de Marina Tsvétaïeva : « O Muse des larmes, la plus belle des Muses ! », nous offre, en sept temps, un ensemble de poèmes de formes variées, où l’on retrouve néanmoins les attachements de toujours du poète, la neige et la musique, tout d’abord, mais également les autres arts, qui se correspondent en leur altérité, tout comme le poème est rencontre, même en l’absence de rencontre avec autrui.

Poème seul compagnon de ma vie ne me quitte
Pas comme m’ont quittée le père et l’amant.
(« Supplique », p. 190.)

On pense à d’autres solitudes, notamment celle de Catherine Pozzi ou celle de Katherine Mansfield, pour lesquelles poèmes, nouvelles ou journal intime furent le moyen de créer cette présence qui se déduit du dialogue du Je et du Tu. Suivant immédiatement « Supplique », le poème intitulé « A l’autre » exprime de façon très émouvante cette aspiration que la parole révèle et avive sans la combler.

Espoir : que chaque rencontre soit poème
Et que chaque poème soit rencontre.

Mais tant de fois rencontre n’est pas poème
Et poème n’est pas rencontre. Comment vivre ?
Le manque est la brûlure où se tenir debout.

Plus que l’achevé aime l’ébauche légère le mot
Maladroit gauche qui tremble dans la main

Coupée. Tendue. Moignon d’amour. Vers.
(« A l’autre », p. 191.)

La forme est effectivement « coupée », des blancs séparant les mots et se substituant à la ponctuation. Le rythme se fragmente dans cette tension jusqu’à réduire le vers à un seul mot, façon précaire de se « tenir debout », malgré tout, sur la page.

Même
Si
Dieu
N’
Existe
Pas
Les
Larmes
Sont
La
Trace
De
Dieu
En
Nous.
(« Chœur (Bouche fermée) », p. 11.)

« Vers », à la fin de « A l’autre », polysémique, manifeste cette étreinte du « vent » (« Soif », p. 13), cette boiterie déduite d’une lutte tentée par l’épuisement : « Mais nous boitons de la langue. » (« A la patience », p. 14) Néanmoins, écrit Michèle Finck en contemplant la cathédrale de Strasbourg, « Nos âmes se donnent la main dans la lumière » (« Deuxième vitrail Unisson », p. 31.).

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Harry Guest, Otherlands. Translations of Jean Cassou, Rainer Maria Rilke & Others. Bristol : Shearmans Books, 2017.

Ce recueil, qui présente en couverture une reproduction d’un tableau de Franz Marc, Füchse (Renards, 1913), magnifique, offre en traduction anglaise les sonnets de Jean Cassou et le Chant de l’amour et de la mort du cornette Christophe Rilke (1912), ainsi que des poèmes de Clément Marot, Maurice Scève ou Mallarmé, Marie-Luise Kaschnitz ou Ryôta, et d’autres. Harry Guest traduit ensuite un de ses poèmes en français :

Ma peau frissonne quand tu parles

Tes yeux aux volets clos expliquent
Ces songes mouillés que j’ai faits

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Inédit, juillet 2017, n° 283.

Ce numéro offre un hommage posthume à P aul Van Melle, puis, dans un second temps, la parution que ce dernier envisageait, poèmes et échos. C’est Patrick Devaux qui assume la responsabilité de cet Inédit, et des éditions futures, semble-t-il. Dans son discours aux obsèques de Paul, il cite un des poèmes du poète disparu, qui dit sa foi dans la « lutte » pour « plus d’amour » et « plus de joie ». Cette notion de lutte revient plus loin dans un autre poème de Paul Van Melle, associée au cri. « Je veux vivre debout », écrit-il aussi. « Je veux refaire un monde ».
Nous remercions Paul pour son Inédit 283, qui porte en couverture la gravure que Guy Braun avait envoyée pour les vœux de 2017, et où il parle longuement de Peut-être et de Temporel. Merci à P atrick Devaux d’avoir réuni avec patience tout ce matériel.

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Stand, Volume 15(2), 2017.

Ce numéro de la revue fondée par Jon Silkin, et maintenant dirigée par Jon Glover, John Whale et Elaine Glover, est consacré à Geoffrey Hill, auquel les différents contributeurs (Sarah Prescott, Jeffrey Wainwright, David Latané, Andrew McNeillie, Shirley Chew, Marius Kociejowski, Michael Schmidt, James W. Wood, Karl O’Hanlon, Hannah Copley, Rachel Bower, Jennifer Kilgore-Caradec) rendent hommage. Le volume ouvre sur des poèmes de Geoffrey Hill. Suivent les vers d’autres poètes (Elizabeth Cook, N.S. Thompson, Nicholas Pierpan, James Sutherland-Smith, Paul Mills, Elaine and Jon Glover, Hannah Copley, Jon Whale). S’y trouve reproduit l’entretien avec le poète paru dans Temporel, puis dans Peut-être. En couverture, Geoffrey Hill nous reg arde droit dans les yeux.

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