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Notes de lecture de Gérard Paris Première publication: 26 avril 2017

par Gérard Paris


France Burghelle Rey, Petite anthologie : Confiance Patiences, Les Tesselles du jour. Saint-Chéron : Editions Unicité, 2017.

Tantôt phénix tantôt sitelle France Burghelle Rey chante, pleure, crie, dans l’ombre de Pessoa et de Whitman. Elle joue une grande symphonie du vent de ses poèmes : « Je prends la relève d’un souffle par une blanche image d’un temps absolu ». Poursuivant ses voyages (à Charleville, à Valldemossa), France Burghelle Rey croise Rimbaud, George Sand, Lautréamont, Shakespeare ; elle rencontre alternativement la guerre, l’horreur, la beauté. Attentive à la musique, perdue dans des passages obscurs, France Burghelle Rey obéit à son désir de vivre, de pleurer, de crier : « je pense à ce pays où des princes vivent encore musique taisez-vous j’écoute ma confiance murmurée dans le soir de l’été/lorsque j’ai dit le chant des choses il fait vivre ma vie »
Alors entre murmures et cris le chant s’élève entre lyrisme et métaphysique apparaissent les images du visage des morts : « j’aime à vivre face au bel impossible ». Face au paysage, face à l’infini, la joie du poète éclate pour célébrer les balbutiements de la beauté : « Quand moi-même j’avance marche me livre à chœur la joie/au rythme des couleurs lilas du temps qui m’appartient/ j’ai dans mes mains cet infini l’or et le bleu des peintres » Alors, face aux aléas de la vie et se dresse contre la mort : « Moi qui n’ai pas peur de la mort je sais qu’elle est déjà là et cependant je ris » Il ne reste alors plus qu’à : « Fouiller le passé chercher parmi les figures absentes un territoire ». Car le poète me confie : « Je me dépasse moi-même en dépassant le temps ». De Rilke (l’ouvert) à Daumal (la mort noire et blanche), le poète poursuit son ascension : « car enfin je crie ma langue à double sens dans notre double langue ».

Béatrice Marchal, D’absence et de lumière. Sampzon : Editions Delatour, 2017.

« Le temps s’est précipité
en un bloc d’urgences
Prométhée affolé
hurle d’impuissance »
D’inspiration latine (notamment par l’élaboration du titre du recueil) le recueil de Béatrice Marchal se scinde en quatre parties : Ombre du grand oiseau, Invaincus nos rêves, Haillons du savoir, Ce qui sauve. Les poèmes écrits en 2006 et majoritairement en 2007 célèbrent l’absence, le manque d’un être cher, mais aussi le spectacle de la vie décrivant ses principales composantes : la beauté mais aussi l’amour avec ses deux ressorts la douleur et la consolation. S’appuyant sur la mythologie (Pénélope d’abord mais surtout Prométhée, l’orgueilleux au foie dévoré (et renaissant). Béatrice Marchal navigue à vue entre fables et contes ; la peur (et ses inhibitions) nous fait pénétrer dans un monde peuplé de grincements de parquet où nous côtoyons la géante de l’homme interdit. Outre l’amour, Béatrice Marchal célèbre la beauté s’attachant à décrire aussi bien le busard aux ailes déchirées que le vol d’une guêpe. Dénouant le temps et ses strates, plongeant dans le gouffre des silences, elle reste seule face au reflet de la lune, face à ses blessures :

« Le reflet de la lune sur une vitre
masquait le sourire féroce
des requins
Et je saigne
seule
sur la route sombre »

Coloriste de talent, Béatrice Marchal appréhende la beauté : « où suspendrons-nous / l’une de ces faïences aux vives peintures / dans l’attente / d’une nombreuse et complète réjouissance ? » Comme une Vestale impuissante à masquer les secrets, Béatrice Marchal, proche de Bachelard, n’a plus qu’un recours, adresser « le poème / entre ciel et vide / crachant le jet d’une parole / décantée ».

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