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Notes de lecture de Michèle Duclos Première publication: 21 septembre 2016

par Michèle Duclos


W.S. Graham, Les Dialogues obscurs /The Dark Dialogues, Poèmes choisis, édition bilingue. Paris : Black Herald Press, 2013.

Tourmenté, puissant, parfois obscur et inspiré comme Dylan Thomas, admiré par T.S.Eliot et le Prix Nobel Harold Pinter, le poète d’origine écossaise William Sydney Graham (1918-1986), dont les New Collected Poems ont été publiés en 2004 par Faber, était pratiquement inconnu en France jusqu’à la parution de cette belle sélection de ses poèmes, remarquablement et très utilement traduits par Bladine Longre et Anne-Sylvie Homassel, accompagnée d’ une chronologie de ses œuvres, d’une présentation par Michael Snow et d’une postface par le poète Paul Stubbs ; y figure aussi une profession de foi du poète « Notes on a Poetry of Release » (« Notes sur une Poésie de la Libération ») où il écrivait : « Le sens du poème est lui-même (…) pour chaque individu il prend une vigueur nouvelle (…) ce langage, (…) si creusé par notre brouhaha collectif, peut être disposé de manière à laisser à son tour une impression significative pour le bien de chaque individu (…)
Tout le savoir du poète, toute son expérience (quant à ceux qui attendent à sa porte) sont contenus dans le langage, simultanément obstacle et véhicule (…) Le langage est une créature changeante qu’on détruit, à laquelle on ajoute et qu’on transforme, et ce constamment. »
Surtout par des métaphores étranges, ainsi celle de « La bête dans l’intervalle » :

« Tais-toi. Tais-toi. Il n’y a personne ici.
Si tu crois entendre quelqu’un frapper
De l’autre côté des mots, n’y prends
Pas garde. Ce ne peut être que
L’énorme créature dont la queue bat
Le silence de l’autre côté.
Si tu ne perçois pas ce même bruit
Je talocherai la bête
Et dans mon Art tu l’entendras glapir. »

Noëlle Lans, Instants Révélés. Encres de Chine de Mireille Dabée. Préface de Michel Joiret. Bruxelles : M.E.O., 2016.

Charmant court poème long de cinquante pages délicieusement illustré par Mireille Dabée, récit d’un heureux tempérament amoureux de la vie, dit simplement et avec beaucoup d’humour. Joie d’être au monde : « Le bonheur, c’est une suite d’instants heureux…/ c’est aussi de la nostalgie en attente. // Donner et recevoir. Avec simplicité. / Se débarrasser de ses peurs, de ses tensions, de ses fatigues. »
Néanmoins avec un petit bémol, l’âge qui discrètement… « Elle n’a pas peur de mourir mais d’avoir mal vécu, / ou d’avoir déçu, ce qui est pire, ou de n’avoir rien fait, / ou si peu, ou de l’avoir ma fait… »

Xhevahir Spahiu, Urgences – Urgjenca, anthologie poétique bilingue présentée et traduite de l’albanais par Alexandre Zotos. Tableau de couverture Monique Thomassettie. Bruxelles : M.E.O., 2016.

En Albanie il ne faisait pas bon être opposé au régime d’Enver Hoxha et le poète l’a payé à plusieurs reprises de sanctions et d’exclusions. Mais : « Devant l’épée et la calomnie, je saigne mais ne flanche pas. » Le poète dit son combat en des poèmes très courts épigrammatiques qui tiennent parfois du haïku voire du koan japonais : « Quelle honte fait baisser la tête / à ce pin-là, qui en reste coi ? // Une corneille, chaque jour, vient s’y percher. » La critique du pouvoir se fait par l’intermédiaire des légendes : « La table basse de Scanderberg /// Au temps de la guerre, / ils dinèrent sur la table basse taillée dans la pierre. // Au temps de la paix, / ils dinèrent de la pierre d’une table sans pain. »
Mais Xhevahir Spahiu est aussi un poète lyrique qui a lu les Chinois anciens ; « La nuit décline. Les bateaux se balancent au fil de l’eau. / Un cygne apparait, lune seconde, entre le ciel et le lac. / Le jour pointe et je devine le poète, derrière un pommier, / A l’affut des chants d’oiseaux, pour les verser dans ses poèmes. »
Une poésie dense et rare. Remarquables, l’homme, le poète et le traducteur.

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