Par là-bas, quelque part i.m. Evy Sous l’horizon glacé des bouleaux et des hêtres chemin pierreux du jour sentiers en velours de la nuit te rejoignent peut-être déjà nulle part, dans le vide : perdus à l’autre bout du Ried, dans ton noir infini. Soir du 19 avril 2009, Hasensprung, en Alsace *** La double voix J’emprunte au destin, tour à tour, chemins terreux du jour, sentiers de velours dans la nuit, pour me rapprocher de la source intime qui luit au cœur du roc, où bruit le fin (...)
Cahier parisien (suite) – 2009. Grave réflexion philosophique notée en rentrant de ma tournée à Seebach en Alsace, dans l’Outre-Forêt, le 19 avril : à leur retour de voyage, les morts, eux, ne sont pas obligés de laver leur linge sale. C’est là le grand avantage qu’ils ont sur les vivants. Tandis que moi, j’ai dû passer la moitié de ma matinée à faire la lessive : chaussettes, caleçons, sous-chemises et chemises… Les vieux veufs, au boulot ! 22 avril 2009 *** Du temps où j’étais encore un être humain à (...)
Love Letter I told you my apartment number ; I gave you a description of the way water comes out of my kitchen faucet, crippled sluicing thing. There is no incidence to speak of. Few reasons I could give for all give for all this lonesome paperwork. When I need you don’t come running. When my head bends its soft web to the ground, when the ground appears ready to listen. My name is twenty-four letters long plus seventy-two words for snow. On the top left-hand corner of every sheet of (...)
Le Sommeil Je m’éveille d’un sommeil d’or. Là, une rose vient d’éclore, Et me voit chanter sur la treille. J’existe, je vis, c’est merveille. La douleur s’est tue dans le clair Obscur d’une vallée. Je repose Dans un intervalle du temps. J’avance au-delà des frontières. La Loire s’étire entre bleu et vert. Les silures et les algues Ne barbotent plus dans mon sang. Les lézards à la peau noire Perdent leur peau. Viens, je t’en prie, Dans un intervalle du temps. Éveille-toi, vis (...)
Poème d’enfance Maya Béjérano Traduction : Esther Orner 1 Par l’image ou le son j’essaierai de toucher à mon nombril j’ai neuf ans à la chaleur du soleil appuyer légèrement écouter le clapotis de l’eau dans la cuvette en tôle et dans la cour ses parois réchauffées. Vraiment je souriais alors et ne pensais qu’à moi, au grenadier et ses coupures délicieuses d’ombre et de lumière qui inscrivent en moi les commencements de l’histoire de mon enfance. Quelle (...)
Grandfather, 1944 Clumps of dried peppers, onions, corn dangle from rafters blackened by smoke. In one corner stands a hand-carved chest. Against the wall a double bed twitches with fleas. Remains of pigmeat, crackers, red wine mix with maps in light from a can of burning gasoline. Outside the farmhouse, burnt, golden fields of Tunisia, dry, starry nights in Sicily, vanish into November in Italy, into a cold of flooded roads and fields emerald green with winter wheat. Does Ohio give a (...)
Vacance du rêve (extraits) I J’écris à l’aventure « Soit de bien, soit de mal, j’écris à l’aventure » J. Du Bellay Des genêts En fleurs S’endorment Dans les branches De l’enfance * Le cœur Dans le noir Du petit matin Bat encore D’un psaume D’amour * Dans cette lutte Où personne ne crie Victoire L’important y est De devenir soi-même * Autour de l’étang En position Des pêcheurs La guerre est déclarée A (...)
André et Antoinette Ils ont tout perdu dans l’incendie de leur appartement où ils vécurent où ils vivaient ils méritent l’imparfait le long temps passé simplement à vivre ensemble avec l’autre et avec le temps. Ils ont tout perdu dans l’incendie de leur appartement une première lettre il a bien fallu qu’ils s’écrivent une première fois il a bien fallu que l’amour se déclare comme la guerre de 14-18 qu’on appela la der des ders comme si, après celle-ci ce serait le paradis celle (...)
On pourra ci-dessous lire des extraits de deux recueils à paraître à l’automne, La houle sous la langue, illustrations de l’auteur, aux éditions Encres Vives, par les soins de Michel Cosem, et Masque de nuit, Préface de Claude Vigée, Gravures et monotypes de Guy Braun, aux éditions Caractères, par les soins de Nicole Gdalia. Que ces deux éditeurs, et poètes, soient ici vivement remerciés. au cœur d’une éblouissante perle d’eau On se demande sans cesse ce qu’a vu le vent, en passant sur toute (...)
à Paul Veyne ROME REVOIR Revoir Rome Réentendre son langage de Ville. Stazione Termini où débute aventure Tangente au ciel feint l’idée de « grandeur ». Circuit de cirques - Amphithéâtres de collines - Coupoles demi-sphères En droite mire d’impérieuses voies – Minauderies serpentines du Tibre - Cintres romans - voûtes et arcs – Arches de ponts et d’aqueducs - Escaliers ondoyants et parcours Sinueux - statues galbées – colonnes torses – Fontaines aux tritons – jets d’eaux dessinés courbes (...)
Ecoute parler l’ardoise Des mondes vont surgir Qui n’ont pas la parole La goutte d’eau comme une larme Rageusement creuse la faille Dans les replis bleus du basalte La plante est à naître qui portera la fleur Aux carrefours des hasards L’ardoise importe peu Sans siècles jours ni craie Pour griffer sa surface lisse Inscrire la patience écolière Du b.a.-ba de notre histoire Ecoute dans l’ardoise le triomphe d’un cri Etouffé sous la cendre qui promet l’infini De mondes multiples (...)
Version française Traduction d’Anne Mounic Ariadne My brother the monster. You’ll recall. My mother, Queen Pasiphae, being no better than she should have been, fell for the white bull. He was a most attractive creature, but even so. The cunning old courtier Daedalus is called in. She wants the white bull inside her. So he builds her a cow from wood, big enough for her to climb inside, as though she were a Greek soldier and this were Troy. And there’s an aperture on the underside large (...)
Trois poètes latino-américains, traduits et présentés par Yvan Avena Aidenor Aires Né en 1946 dans l’état de Bahia, Aidenor Aires vit à Goiâna (Goias). Il est juriste de profession. Enfance Par enfance comprenons ce parcours bleu, ce modèle tissé. Et les choses innommables, sans ligne d’arrivée, tout juste à l’horizon les oiseaux pressentis. Comprenons, l’amour couteau à trancher, cet autre nom que porte la mort. Poissons Ils arrivaient dégoulinants du profond de l’eau, où la nature gardait (...)
Des ruches dans un jardin de banlieue I Le train part du cœur de Paris – du haut des escaliers qui descendent jusqu’au quai, je vois la rosace et les tours de Notre-Dame. Les vieux wagons s’ébranlent, ils longent le jardin des plantes où dorment les bêtes prisonnières, s’arrêtent gare d’Austerlitz, puis à la grande bibliothèque, avant de s’élancer, d’une traite, le long des banlieues. Des vitres embuées ou salies, j’aperçois les immeubles, eux, nets, de verre et d’acier brossé, les banques ou l’usine (...)
Muriel d’Alain Resnais Sur ce photogramme, Hélène, l’antiquaire de Muriel, a les yeux levés vers le plafond de son appartement dont elle essuie les plâtres depuis des années. Est-ce sa perruque, empruntée à l’une de ses marottes, qui lui tire la tête en arrière, casse le cou, fait grimacer le modelé de son visage ? Ce serait plutôt une chance que cette (...)