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Zbigniew Herbert, poèmes

26 septembre 2010

par Zbigniew Herbert

Apollo and Marsyas
Zbigniew Herbert
 
The real duel of Apollo
with Marsyas
(perfect ear
versus immense range)
takes place in the evening
when as we already know
the judges
have awarded victory to the god
 
bound tight to a tree
meticulously stripped of his skin
Marsyas
howls
before the howl reaches his tall ears
he reposes in the shadow of that howl
 
shaken by a shudder of disgust
Apollo is cleaning his instrument
 
only seemingly
is the voice of Marsyas
monotonous
and composed of a single vowel
Aaa
 
in reality
Marsyas relates
the inexhaustible wealth
of his body
 
bald mountains of liver
white ravines of aliment
rustling forests of lung
sweet hillocks of muscle
joints bile blood and shudders
the wintry wind of bone
over the salt of memory
shaken by a shudder of disgust
Apollo is cleaning his instrument
 
now to the chorus
is joined the backbone of Marsyas
in principle the same A
only deeper with the addition of rust
 
this is already beyond the endurance
of the god with nerves of artificial fiber
 
along a gravel path
hedged with box
the victor departs
wondering
whether out of Marsyas’ howling
there will not one day arise
a new kind
of art - let us say - concrete
 
suddenly
at his feet
falls a petrified nightingale
 
he looks back
and sees
that the hair of the tree to which Marsyas was fastened
 
is white
completely
Apollon et Marsyas
Traduction de Franck Miroux
 
Le véritable duel entre Apollon
et Marsyas
(oreille absolue
contre très large gamme)
a lieu le soir
quand c’est bien connu
les juges
ont déclaré vainqueur le dieu
 
attaché à un arbre
soigneusement dépouillé de sa peau
Marsyas
hurle
avant que le hurlement ne parvienne
à ses longues oreilles
il repose à l’ombre de son hurlement
 
dans un frisson de dégoût
Apollon nettoie son instrument
 
en apparence seulement
la voix de Marsyas semble être
monotone
et ne faire entendre qu’une seule voyelle
Aaa
 
en réalité
Marsyas exprime
la richesse infinie
de son corps
 
les montagnes chauves de son foie
des ravins blancs d’aliments
le bruissement de la forêt de ses poumons
les douces collines de ses muscles
les articulations la bile le sang et les frissons
le souffle hivernal de ses os
sur le sel de la mémoire
agité par un frisson de dégoût
Apollon nettoie son instrument
 
à ce chœur à présent
se joint la colonne vertébrale de Marsyas
en principe le même A
mais plus profond encore car teinté de rouille
 
c’est déjà plus que les nerfs de fibre artificielle
du dieu ne peuvent en supporter
 
le long d’un sentier de graviers
bordé de buis
le vainqueur s’éloigne
et se demande
si du hurlement de Marsyas
ne s’élèvera pas un jour
une nouvelle forme
d’art, disons … concrète
 
soudain
à ses pieds
un rossignol tombe pétrifié
 
il se retourne
et voit
que l’arbre auquel Marsyas était attaché a les cheveux
 
complètement
blancs

Pérugin, Apollon et Marsyas.


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