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Yves Namur, par Nelly Carnet

26 avril 2014

par Nelly Carnet

Yves Namur, Ce que j’ai peut-être fait. Choix de poèmes. (1992-2012) Préface Lionel Ray. Castellare-di-casina : Editions Lettres Vives, 2013. (18 €)

Un poème avant les commencements 1975-1990. Châtelineau – Belgique : Le Taillis Pré en coédition avec Le Noroît, 2013. (25 €)

Celui qui pratique la langue autrement, c’est-à-dire en tentant de l’accorder simultanément à son désir d’exprimer et à son âme pensante qui est souffle, rythme, mouvement ovoïde, demeure dans l’inquiétude. Dire ou ne pas dire. Reprendre toujours pour s’approcher. Mais de quoi ? De tout ce à quoi l’on a donné un nom et qui est sans prise possible : les saisons, le temps, la lumière mais aussi soi-même quasi impersonnel. Le poète se tient « dans l’impossible connaissance de ce qu’ [il est] », « l’impossible nom ». Yves Namur nomme justement ce nom dans le passage du Livre des sept portes extrait de l’anthologie Ce que j’ai peut-être fait. Quant à la lumière, l’intangible visible qui revient tant de fois sous la plume des écrivains, est définie comme « Un étroit passage, / Un passage imperceptible et fragile / Entre les choses / Et les choses elles-mêmes ».

Attentif à ce qui l’entoure mais se reprochant d’être malgré tout distrait, Yves Namur se laisse conduire par l’avidité du vide jusque dans la désespérance de ne pouvoir écrire ce poème qui dirait le vide et dont le motif par excellence serait « l’air ». L’air est sans mot et sans signe, épousant « le Rien vierge » de Mallarmé. L’existence et son absence, l’inquiétude de ne pas se fondre suffisamment dans le monde avec le verbe, respirent en sourdine dans l’ensemble de l’anthologie.

A l’instar d’Israël Eliraz qui offre à l’abeille l’intelligence de donner une forme et un sens à l’ineffable du monde, Namur reprend ce motif vivant qui vient supplanter celui de la rose. Au milieu, le poète, simple et pauvre, se tient dans l’humilité de la langue et ses pseudo pouvoirs. Il « ne peut que regarder désespérément le doute / Et la beauté terrible des choses ». « Je ne suis en réalité / Que le simple et docile serviteur des ombres », écrit l’auteur. Il dit toute la complexité du contenu de la création qui mêle les contraires. La fatigue cohabite avec l’énergie des battements d’ailes noires de l’abeille, le plein et le vide. L’abeille incarne la vie même du poète qui finit par ne vivre qu’à travers sa création mais toujours dans l’incertitude au centre de laquelle il y a une pensée de l’écrire – presque rien.

L’anthologie qui regroupe des poèmes de 1975 à 1990, tranche avec celle des dernières années. La nature et les objets d’une maison sont les principaux motifs poétiques. Le dernier poème extrait de Les mots, l’oubli de 1990 est une transition ouvrant à la nouvelle poétique et au nouveau questionnement où la vie et l’intériorité conduisent la main. « Seul / un battement d’aile se lève // maintenant dans le poème : // s’en échappe alors // l’abeille invisible / et une nuée d’oiseaux. » le poème devient le lieu pour dire le miracle de la création.


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