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Yves Leclair

22 avril 2011

par Anne Mounic

Yves Leclair, Orient intime. Paris : Gallimard L’Arpenteur, 2010.

Sous ce titre qui suggère à la fois l’ailleurs et l’éveil, mais peut-être ces deux notions sont-elles très semblables, Yves Leclair mène une méditation en sept mouvements : « D’extrême occident ou sur un manche à balai abandonné » ; « Trousse de secours » ; « Proche orient : un coin du voile » ; « Orient extrême : le petit Bashô » ; « Echelle du Levant » ; « Trois gouttes, matin, midi et soir ». Si l’on en croit ce que dit l’auteur page 93, « l’Orient dont il s’agit ici n’est pas non plus limité à un lieu précis » ; il n’est pas géographique, il est « intime », entre voyages et lectures, et surtout, il est en quête d’Eden – non pour la fin des temps, mais dans les petits détails d’aujourd’hui : « Marcher sur les trottoirs, sauter dans les flaques d’eau où la lumière du ciel se reflète, souiller le cuir de nos brodequins, comme on le faisait enfant, dans la boue, cela vaut bien le miracle de marcher sur les eaux. C’est un aussi sûr paradis. » (page 82) Yves Leclair cite nombre de poètes et se réfère à diverses traditions religieuses, parlant par exemple du Tsimtsoum des Cabalistes (page 79), ce retrait de Dieu qui instaure notre liberté.
Se composant de notes prises au fil du temps, cet ouvrage fait figure d’une sorte de journal poétique, édifiant, pourrait-on dire (et c’est ce que suggère le tout début du livre), les demeures intérieures. Pourtant, il subsiste dans la pensée de son auteur cette notion idéaliste qui serait le désespoir du poète si elle était vraie : « Le mot apparaît quand la chose disparaît. » (page 17) C’est se placer du point de vue de l’objet. Le mot n’est pas « la jauge de l’absence », mais porte avec lui notre puissance d’évoquer ce que nous aimons et de le rendre présent. Il est notre espoir, si nous nous faisons confiance, dans l’étreinte du réel. S’il est vrai que le langage induit aussi la notion du possible et donc, à la fois, de la liberté et de l’angoisse, comme le disait Kierkegaard, il est aussi notre seule possibilité de nous construire une demeure au sein du devenir – gage de présence, dont les évocations, par Yves Leclair, de Bashô, d’Unamuno ou des Upanishad, sont la preuve éclatante.


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