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Yggdrasil, arbre de vie de la mythologie scandinave, par Didier Lafargue

20 avril 2013

par Didier Lafargue

Yggdrasil, arbre de vie de la mythologie scandinave,
Principe suprême assurant
le devenir spirituel de l’être humain

Soleil dans les frênes. Photographie de Guy Braun.

Par sa forme, l’arbre évoque l’image de la croix, avec laquelle son symbolisme offre des similitudes. Mais qu’est-ce que la croix ? Si le christianisme lui a donné une place centrale, elle n’en fait pas moins partie des plus vieilles représentations de l’humanité et l’on trouve des croix dans toutes les traditions. Dressée verticalement, elle suggère l’homme les bras étendus, soit l’homme relié, tant avec la terre qu’avec le ciel, par l’intermédiaire de sa branche horizontale et de sa branche verticale.
D’une certaine manière, le thème de l’arbre a la même signification, mais son caractère plus naturel lui donne une densité accrue. En effet, l’arbre fait prévaloir l’idée d’enracinement. Ses multiples branches le font rayonner dans toutes les directions et les feuilles et fruits qui y poussent sont autant de signes de richesse exprimant la profusion de la nature.
A la fois puissant et vulnérable, l’arbre attire la sympathie, dans la mesure où il est une image de l’homme. Il est notre reflet et, par son exemple, représente pour nous un principe, apparaît comme une projection de nos aspirations profondes en nous faisant rechercher un meilleur contact avec la nature

La nature une puissance particulièrement reconnue dans le monde scandinave

Point central de la religion scandinave, Yggdrasil est l’arbre de vie par excellence. Il est l’arbre universel, le soutien de l’univers, lequel se résume en lui.
On ne saura jamais à quel point les forces de la nature détiennent une place prépondérante dans l’imaginaire nordique. Comment peut-on s’en étonner quand on connaît le caractère démesuré du monde scandinave et de tous ses excès climatiques ? Dans un tel contexte, l’homme a tout de suite eu le sentiment de son insignifiance et du peu de poids de son libre arbitre. Pour mieux se rendre accessible son univers, il a peuplé celui-ci d’une multitude de forces destinées à faciliter sa compréhension. Parmi celles-ci, les géants, images des puissances de la Terre, frappent par leur nombre et leur importance. N’ayant pas nécessairement la valeur répulsive de leurs homologues gréco-latins vaincus par le souverain maître de l’Olympe, ils ont un caractère plus neutre. Ils peuvent même éventuellement s’allier aux dieux par une politique de mariage. C’est dire la place représentée par la nature dans les croyances humaines.
Au sein de telles puissances, Yggdrasil apparaît comme un principe stabilisateur et sécurisant, le pilier du monde dont il assure l’équilibre. « Je sais que se dresse un frêne, S’appelle YGGdrasil, L’arbre élevé, aspergé De blancs remous ; De là vient la rosée Qui dans le vallon tombe, Eternellement vert il se dresse Au dessus du puits d’Urdr »1. Dans toutes les religions, l’arbre a toujours proposé une riche symbolique destinée à enrichir la réflexion humaine. Avant toute chose, il représente la vie, exprimée dans son caractère le plus naturel.
En premier lieu, c’est la terre qu’il évoque, celle dans laquelle il plonge ses racines et qui assure sa solidité. A cet effet, le bois apparaît comme la matière naturelle par excellence. A la différence de la pierre, dont le caractère pérenne suggère une origine céleste, le bois est l’image même de la matière terrestre. Comme telle, il offre un aspect chaleureux, celui qui le lie au feu dans son caractère illuminateur et bienfaisant, à tel point que l’expression « toucher du bois » pourrait sembler une invitation à nous ressourcer à la vie naturelle pour acquérir force et énergie. [1]
L’importance que les Scandinaves accordaient à l’arbre ne saurait avoir de meilleure preuve que leur volonté de placer dans celui-ci l’origine de l’être humain. Précisément, le premier homme, Askr, et la première femme, Embla, auraient été façonnés à partir d’un frêne pour Askr, d’un orme pour Embla, ce qui montre bien à quel point l’arbre était perçu comme le principe même de la vie.
En Yggdrasil, l’arbre trouve sa synthèse.
Effectivement, la Création entière apparaît sous son couvert. Tous les règnes, minéral, végétal et animal, y sont représentés. L’eau irrigue ses racines, les feuilles poussent sur ses branches. Quant aux animaux, les serpents les représentent d’abord au milieu des racines. Les cerfs sont présents à ses branches. Enfin, un grand aigle se dresse sur sa cime. Autant d’images symboliques par lesquelles se trouve étalée toute la diversité de la nature humaine. « Un aigle siège Sur les rameaux du frêne, On dit qu’il sait maintes choses (…) Il y a plus de serpents Gisant sous le frêne Yggdrasil Que ne le soupçonnent les singes malavisés (…) Je crois qu’ils rogneront toujours les rameaux de l’arbre » [2].
Une activité débordante règne au sein du grand frêne. En effet, les serpents, et avec eux un dragon, rongent ses racines ; les cerfs broutent ses feuilles ; l’aigle provoque par ses battements d’aile les vents et les tempêtes connus par la Terre. Ainsi, la vie d’Yggdrasil est-elle sans cesse menacée, tout comme celle de l’homme, particulièrement dans la conception nordique, sans cesse tributaire des mouvements de la nature. Pourtant, solide et puissant, il résiste à toutes les épreuves et demeure stable éternellement. S’il parvient à triompher, c’est grâce à la sève qui coule en lui, cette essence première, ce liquide merveilleux qui lui donne sa force vitale. Telle est l’image de la vie qui nous anime en dépit de nos épreuves, ce dynamisme intérieur que l’on nomme courage, volonté, affirmation de soi, la force d’âme qui nous incite à nous dépasser quelles que puissent être nos souffrances. Ainsi doit être l’homme, témoignant de sa volonté de vivre quelles que soient les circonstances.
Mais ce qui donne sa valeur à cette vie, c’est l’état de perpétuel conflit qui la caractérise. En effet, l’aigle sur la cime, image de majesté, est en constante opposition avec le dragon présent dans les racines. Entre les deux figures, un lien a été établi par l’intermédiaire de l’écureuil Ratatöskr. L’écureuil, tout particulièrement dans les mondes celtes et germanique, a toujours suscité la crainte des hommes. Rapide comme l’éclair, prompt à grimper très vite au sommet des arbres, il passe pour difficile à attraper. Aussi voyait-on en lui un être satanique et nuisible ne pouvant que faire le mal. Cette vision fut collée par les Scandinaves sur Ratatöskr, l’écureuil qui, par ses constants va-et-vient du haut en bas d’Yggdrasil et inversement, assurait la relation entre l’aigle et le dragon. A chacun, il répétait ce qu’avait dit l’autre sur lui, attisant ainsi leur hostilité réciproque. Cette lutte n’est pas sans rappeler, dans la religion indienne, celle existant entre Garuda, l’oiseau de proie de Vichnu et les Naga, les serpents, représentations du chaos. C’est très justement l’image du conflit intérieur connu par chaque être humain, celui entre les valeurs sociales que nous imposent nos semblables et les pulsions profondes qui les battent en brèche, entre les aspirations les plus hautes qui nous portent vers le sublime et les nécessités premières qui nous ramènent au monde terrestre.
Au-delà de ces tensions, Yggdrasil nous ramène toujours au sentiment de l’unité primordiale. La nature est une, et toujours l’homme se doit de se ressourcer à celle-ci pour trouver la sagesse éternelle, base de son épanouissement personnel.

Yggdrasil, image de la sagesse.

Soleil dans les frênes. Photographie de Guy Braun.

Pilier du monde, Yggdrasil est aussi le support du savoir.
Qu’est ce qui a pu inciter les Scandinaves à donner à l’arbre universel une telle image ? Il faut pour le comprendre, donner la meilleure idée de ce qu’apporte à ces peuples le frêne, si présent dans les pays nordiques.
D’abord, à l’instar de tout arbre, il représente la longévité puisqu’il peut vivre longtemps, ce qui en fait le symbole de la maturité. Yggdrasil, lui, est carrément immortel. La forme élancée du frêne en général, son bois ferme et droit en fait un matériau idéal pour la fabrication des armes et des outils. Selon la tradition scandinave, il aurait aussi des vertus médicinales, par exemple la capacité de guérir des fièvres. Sa sève aurait des vertus laxatives.
De telles vertus expliquent la valeur que lui ont accordée les anciens hommes du nord et leur volonté d’en faire le symbole du savoir. Ce liquide sacré coulant à l’intérieur d’Yggdrasil et lui permettant de demeurer éternel était bien l’image de la perfection divine déposée en germe dans le cœur de l’homme.
La perfection pouvait être exprimée par d’autres moyens, notamment par un chiffre, le chiffre neuf. D’une valeur quasi-divine dans toutes les religions, celui-ci avait effectivement pour vocation d’exprimer le divin. Ainsi, ce fut après avoir été pendu pendant neuf jours aux branches d’Yggdrasil que le dieu Odin finit par acquérir la suprême connaissance. « Je sais que je pendis A l’arbre battu des vents Neuf nuits pleines, Navré d’une lance Et donné à Odinn, Moi-même à moi-même donné, A cet arbre Dont nul ne sait D’où viennent les racines » [3]. Par ailleurs, le frêne universel mettait en relation neuf mondes, soit les règnes suivants : les dieux Ases, les dieux Vanes, les elfes de lumière, les elfes obscurs, les hommes, les géants, les glaces, le feu, les morts, les uns opposés aux autres, comme le sont entre elles les différentes tendances de notre âme.
Surtout, ce qui faisait la force d’Yggdrasil, c’est celle qu’il retirait de ses racines. Dans le règne végétal, ces dernières détiennent une importance primordiale. Plus les racines sont profondes, plus loin vont leurs ramifications, plus forte sera la résistance de l’arbre ou de la plante à leur environnement. Ainsi en va-t-il pour l’homme. Plus il sera enraciné dans son milieu, plus il rayonnera de son énergie et dispensera son amour autour de lui. Tel est le dynamisme transmis au frêne universel des Scandinaves par ses racines.
Celles-ci sont au nombre de trois. La première plonge dans le monde infernal, celui des morts. La deuxième s’étend dans le domaine des géants. Enfin, la dernière puise dans le monde des dieux. Ces trois racines fournissaient aux anciens hommes du nord des valeurs propres à fortifier leur âme. L’univers des morts symbolisait pour eux l’expérience du passé et de la tradition, celle transmise par les morts toujours présents parmi les vivants. Les géants représentaient la sagesse ancestrale de la Terre. L’un d’entre eux, était prénommé Mimir, « la mémoire ». Image d’une sagesse issue de sa connaissance des êtres et des choses, celle qu’il a insufflée à Odin, il personnifiait le savoir primordial, celui généré par la Terre depuis ses origines, une connaissance issue de la nature, pouvant se manifester par exemple sous forme de proverbes. Enfin, la dernière racine met en contact avec l’univers des dieux, lesquels sont pour les hommes des principes pouvant les guider, notamment dans l’appréhension de leur avenir.
Sous Yggdrasil venaient siéger les dieux, tout particulièrement leur roi, Odin.
Quel est le rapport entretenu par l’arbre de vie avec ce dernier ? Répondre à cette question nous amène à nous interroger sur le terme Yggdrasil, « le destrier d’Odin » (de Ygg, l’une des dénominations du maître des dieux, et drasil, destrier). On peut s’étonner du rapprochement que l’on vient de faire entre deux éléments naturels aussi différents que l’arbre et le cheval. Pourtant, il n’a pas manqué d’être exprimé par certains psychologues. « Yggdrasil nous a montré le rapport qui existe entre le cheval et la symbolique de l’arbre » [4] disait Carl Gustav Jung.
Dans toutes les cultures, le cheval est vite apparu comme un symbole extrêmement ambigu. En parvenant à le domestiquer, l’être humain s’est doté d’un avantage considérable qui lui a permis de s’étendre rapidement dans l’espace, notamment par la guerre. On comprend aisément qu’il ait représenté pour lui le vecteur d’une vie dynamique. Pourtant, la valeur qu’il lui a conférée n’a pas occulté une autre dimension, celle qu’il a exprimée en le plaçant aussi sous le signe de la mort. En effet, animal non encore dompté, piaffant et bondissant à l’état sauvage, le cheval représente une puissance de la terre qui inquiète. Une fois maîtrisé, il peut toujours s’emballer et mener son cavalier à sa perte. En fait, le cheval relève de trois mondes : le monde souterrain, notre inconscient, le monde terrestre où il court, notre vie quotidienne, enfin le monde céleste, vers lequel tendent nos désirs les plus élevés. Telle est son identité avec l’arbre, lui aussi tributaire de ces trois domaines, par l’intermédiaire de ses racines, de son tronc et de sa cime. L’être qui a su allier la puissance de ses instincts avec sa raison, à l’image du cavalier bien assuré sur son destrier, aura conquis l’unité personnelle apte à hisser sa personne vers les strates les plus sublimes. Ainsi participera-t-il de la connaissance dévolue à Odin.
Ce dernier dispose en effet d’un cheval, prénommé Sleipnir, « celui qui glisse ». Avec ses quatre pattes, le cheval passe pour courir très vite. Or, Sleipnir dispose de huit pattes ; on imagine donc la vitesse à laquelle il peut aller ! Effectivement, le destrier d’Odin va où son maître veut qu’il aille, au-delà des terres et des mers, en dépit des vents et des tempêtes. Il symbolise réellement la rapidité d’esprit du maître des dieux, capable de tout voir et de tout savoir instantanément.
Au-delà de la multiplicité introduite en notre personne par le monde moderne et de sa science discursive, le dieu Odin, dieu-shaman, manifeste un savoir ténébreux, une intuition profonde, un don de double vue manifesté au travers de son œil unique qui lui permet d’avoir la connaissance profonde de l’univers et de savoir ce qui va arriver. Sans avoir rien appris, il sait. Tel Yggdrasil qui tire de ses racines sa puissante énergie, tel le grand frêne dont les branches embrassent tout l’univers, chaque individu doit à sa suite faire un avec la nature pour mieux se recentrer en son corps et son être profond. C’est la leçon du chamanisme qui entend nous faire prendre conscience que l’homme fait partie d’un Tout, veut exprimer pleinement le terme religion en faisant en sorte que l’on se sente réellement relié au monde naturel animé par les esprits. Tous nos sens impliqués dans une même communion, renaîtra en nous ce que Jung appelle « l’homme vieux de deux millions d’années », l’homme archaïque nanti des richesses de son inconscient collectif si proche de la nature, lui permettant de réaliser toutes ses potentialités.

Yggdrasil, personnification du destin

Lune dans les frênes. Photographie de Guy Braun.
Ce qui rapproche l’arbre de l’être humain est sa nature profondément terrestre et même périssable. En effet, bien qu’il passe pour vivre longtemps, l’arbre a une vie forcément limitée ce qui lui donne un caractère de vulnérabilité. L’arbre pousse sur la terre et monte vers le ciel. Sa vie est déterminée tout comme celle de l’homme. Aussi est-il normal qu’il ait été perçu comme une image du destin.
Celui-ci tenait une place majeure dans la psychologie scandinave, tellement tributaire des solitudes glacées de son monde. Il est cependant un paradoxe susceptible de provoquer notre étonnement, c’est que la conscience que l’on en avait allait, chez ces peuples, toujours de pair avec la fureur de vivre la plus affirmée.
L’une des racines d’Yggdrasil abritaient les nornes. Au nombre de trois, le passé, le présent et l’avenir, elles avaient, à l’image des parques grecques, pour fonction de façonner non seulement le destin des hommes, mais aussi celui des dieux. « Elles firent les lois, Elles fixèrent la vie Des fils des hommes Et la destinée des mortels » [5]. Leur décision était sans appel et pour cela elles suscitaient la crainte des mortels. Telle était la religion des anciens hommes du nord, une croyance très fortement teintée de pessimisme où il ne servait à rien de s’opposer aux lois du destin. Le corollaire à cela était une tristesse marquée que l’on retrouvera plus tard dans les contes d’Andersen, les tableaux de Munch, les films de Bergman. En aucun cas l’idée de la Jérusalem céleste, l’espoir en un avenir radieux construit peu à peu caractérisant tout particulièrement les peuples pionniers, au premier chef le peuple américain, n’était de mise chez les anciens Vikings. Ceux-ci se sentaient bien trop oppressés par leur environnement pour mettre une telle confiance dans des lendemains incertains.
En fait, leur conception du temps n’était pas linéaire mais cyclique, à la manière de la vie naturelle, celle de l’arbre en général qui naît, vit, meurt, mais qui avant cela aura produit des fruits qui le feront renaître. La vie est un éternel retour, éternel comme Yggdrasil qui, lui, ne meurt jamais.
Le frêne universel demeure en effet intemporel, même s’il sera mis à rude épreuve quand viendra l’ultime combat, le jour du Ragnarök. « Yggdasil tremble, le grand frêne, gémit le vieux tronc ; Le géant s’est libéré, tout tremble sur le chemin de Hel, Avant qu’il soit avalé par le parent de Surt » [6]. En effet, même le jour du Ragnarök, le « destin des puissances », cette manière d’apocalypse scandinave qui verra la destruction du monde et le retour du chaos, Yggdrasil tremblera, sera mis à mal, mais ne mourra pas. L’image revêt une signification profonde, car c’est celle de la vie qui résiste et toujours triomphe.
En dépit de leur caractère apparemment fataliste, les anciens Nordiques avaient une volonté effrénée de vivre. Cette attitude n’est pas contradictoire dans la mesure où en aucun cas la toute-puissance reconnue du destin n’entraîne un comportement passif. Bien au contraire, elle va toujours de pair avec un fort sens des responsabilités, une adhésion sans faille aux lois imposées. Le destin qui nous est imparti doit être assumé et c’est dans la manière dont il a été pris en charge qu’il est transformé en destinée, en ce sens que chaque être a tenté de manifester pleinement son individualité. Tel était aussi le travail des nornes, lesquelles avaient pour tâche d’enduire les racines d’Yggdrasil de l’eau tiré du puits d’Urdr afin de le régénérer perpétuellement. Le destin impliquait donc la vie. Scepticisme, suicide étaient inconnus des hommes du nord et tout individu devait mobiliser son courage pour arriver à ses fin.
Il devait pour cela s’appuyer sur le sacré présent en lui, utiliser l’aide divine pour exploiter au mieux ses capacités personnelles et ce n’est pas en vain qu’au centre du monde des hommes se dressait l’Asgard, le monde des dieux, l’un et l’autre situés dans la même racine d’Yggdrasil. L’influence des dieux était déterminante pour exprimer au mieux son énergie personnelle. C’est la vie manifestée par Yggdrasil qui résiste à toutes les épreuves, et à travers lui, celle de tout arbre qui parvient à résister aux éléments. Cette vie qui renaît trouve son image dans le couple du futur, dans l’homme et la femme, Lif (« Vie ») et Lifrasir (« Vivace ») abrités par l’arbre de vie, et qui, après le Ragnarök, permettront le repeuplement de la terre.

Avec le triomphe du christianisme, prit fin cette dévotion accordée par les Germano-scandinaves aux forces de la nature. Le symbole de la victoire remportée par la nouvelle religion fut l’initiative prise par les missionnaires chrétiens de faire couper les arbres auxquels était rendu un culte païen. Cet acte témoignait de leur volonté d’établir en l’homme une distance envers les puissances naturelles présentes en lui et sur lesquelles s’appuyait son âme. Avec Yggdrasil, elles étaient exprimées dans toute leur diversité et leur richesse.

Bibliographie :
Régis Boyer, La religion des anciens Scandinaves. Paris : Payot, 1981.
Régis Boyer, Le monde du double : la magie chez les anciens Scandinaves. Paris : Berg international, 1986.
Régis Boyer, L’Edda poétique. Paris : Fayard, 1992.
Carl Gustav Jung, Métamorphoses de l’âme et de ses symboles. Genève : Georg éditeur, 1993.
Michel Perrin, Le chamanisme. Paris : Presses Universitaires de France, 1995. Que sais-je ? n° 2968.
Régis Boyer, Les vikings : Histoire et civilisation. Paris : Perrin, 2004.

Notes

[1Völuspa, strophe 19, dans Régis Boyer, L’Edda poétique. Paris : Fayard, 1992.

[2Grimnismal strophes 31 bis-32-33-34, dans Régis Boyer, L’Edda poétique, op. cit.

[3Havamal, Strophe 138, dans Régis Boyer, L’Edda poétique, op. cit.

[4C.-G. Jung, Métamorphoses de l’âme et de ses symboles. Genève : Georg éditeur, p. 468.

[5Völuspa, Strophe 20, dans Régis Boyer, L’Edda poétique, op. cit.

[6Völuspa Strophe 47, dans Régis Boyer, L’Edda poétique, op. cit.


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