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Wendy Saloman : poèmes

26 avril 2010

par Wendy Saloman

Once into nothing *
 
Once into nothing
did the gods fall
then into darkness
fell the Yes and the No –
now as autumn reddens
across the lake
and the sun empties
its ferocious heat
blackbirds are silent
sparrows not to be seen –
hovering amid berries
a white-winged butterfly
is deceived.
Through ministering trees
breath of humankind
mingles with root-cries
with decomposing petals
of valedictory blood-flowers :
like a radiant knife
the word Why penetrates the air.
Autrefois dans le néant
 
Autrefois dans le néant
churent les dieux
puis dans la nuit
s’échouèrent le Oui et le Non –
désormais, alors que rougit l’automne
au bord du lac
et que le soleil répand
sa féroce chaleur
les merles se taisent
les moineaux se dissimulent –
voletant au milieu des baies
un papillon aux ailes blanches
se trompe.
A travers les arbres bienveillants
le souffle de l’humanité
se mêle aux cris des racines
aux pétales en décomposition
des fleurs de sang en leur adieu :
comme un couteau rayonnant
le mot Pourquoi pénètre l’air.
In Strange October Light
 
“... for a bird of the air shall carry the voice." Ecclesiastes, X.20
 
In strange October light they felled the rowan
the dying one
in which yesterday’s grief had nested.
Ever transient – ever-hope-carriers
scarlet berries lay in the street
like skeletal promises.
Winging-over – a blackbird – sun-ravaged
bore testimony
for all tomorrow’s half-spoken sorrows.
Dans l’étrange clarté d’octobre

« car l’oiseau du ciel emportera la voix » Paroles du sage, X, 20 *
 
Dans l’étrange clarté d’octobre ils abattirent le sorbier
celui qui mourait
dans lequel le chagrin d’hier avait niché.
Dans leur éphémère éternité – éternité porteuse d’espérance
les baies rouges gisaient dans la rue
comme squelette de promesses.
Les survolant – un merle – victime du soleil
portait témoignage
pour toutes les peines à peine avouées de demain.
 
* Traduction d’Henri Meschonnic
August Epiphany
 
This blackbird on a breath of joy
taking its chance in the universe
 
this threshold of quiet in the garden...
 
we linger among essence of marigolds
wait for the moon to rise in our blood
say – here is memory, here the forgetting
 
this place where light enters sadness
and weight of transgression
each against other
dissolves in a handful of air
 
this Orphic wind with dry taste of August
touching our skin, exciting us
– into cumulus
we read the passage of love
 
– this dialogue opening-out
between nature and myth
 
thistledown-drift seeking stillness of earth
as if carrying pure thought
 
an embrace of butterflies
choreographed by fate
stirring-up a currency of dust...
 
this summering we name ours
with words grown out of fire
like wild-eyed poppies and sun-drenched scabias
 
this speech of time and space
bringing us close to that sign of Thanatos
shining – there in the undergrowth
 
this shadow toward which the bird flies.
Epiphanie d’août
 
Ce merle sur un soufflé de joie
qui tente sa chance dans l’univers
 
ce seuil de silence dans le jardin…
 
nous nous attardons parmi les fleurs des soucis, leur essence
attendons que la lune se lève dans notre sang
disons – voici le souvenir, voici l’oubli
 
ce lieu où la lumière pénètre la tristesse
et le poids de la transgression
l’une contre l’autre
se dissout dans une poignée d’air
 
ce vent orphique au goût sec du mois d’août
qui effleure notre peau, nous émeut
– au cœur du cumulus
nous lisons le passage de l’amour
 
– ce dialogue se déployant
entre la nature et le mythe
 
duvet de chardon à la dérive en quête du silence de la terre
comme porteur de pensée pure –
 
étreinte de papillons
que le destin chorégraphie
soulevant le cours de la poussière…
 
ce travail estival nous le nommons nôtre
avec des mots surgis du feu
comme coquelicots aux yeux de fou ou scabieuses desséchées de soleil
 
ce discours du temps et de l’espace
qui nous mène au plus près du signe de Thanatos
luisant – là dans le sous-bois
 
cette ombre que vise l’oiseau dans son vol.
From Chrysalis in the Desert
 
... A figure in the wind
resolute in sanctity of twilight
you cross bridges scattered with images
turning over and over
to truth of a river
roughed-up – querulous as Job –
remembering that hour estranged from itself
that day ripening –
rowan berries flaming
like mouths ready to humiliate –
remembering alterity of colour
emptying across sky
black sun at ebb-tide –
the ship coming to halt
innocence walking leaving not one footprint
–remembering
gulls mimicking last prayer-notes
the moon casting kaddish over the water
 
For every remembering, Jacob says
there is the forgetting

For every forgetting, you reply
there is the pain of returning –
the evening sky recalls the saffron of dawn
– the night forgets the dew.
Extrait de Chrysalide dans le désert
 
… Silhouette au vent
résolue dans la sainteté du crépuscule
tu traverses des ponts jonchés d’images
qui ne cessent de virevolter
jusqu’à la vérité d’un fleuve
malmenée – pugnace comme Job –
se souvenant de cette heure aliénée à elle-même
ce jour mûrissant –
les baies de sorbier s’enflammant
comme des bouches prêtes à humilier –
se souvenant de l’altérité de la couleur
qui se répand de par le ciel
soleil noir au jusant –
le navire s’immobilisant
l’innocence ne laissant aucune trace sous ses pas
– se souvenant
des mouettes qui imitent les dernières notes de la prière
la lune projetant sur l’eau le kaddish –
 
A chaque souvenir, énonce Jacob
correspond l’oubli
 
A chaque oubli, réponds-tu
correspond la douleur du retour –
le soleil du soir rappelle le safran de l’aube
– la nuit oublie la rosée.
And Where
In the Faustian Flow of the River
 
In memory of E.G.S.

 
And where
in the Faustian flow of the river
a bird passes through cloud
imaged on water
there is also that going-toward
that hinterland of quiet
 
that re-entering of life into listening
 
that waiting for the dead
their voices rooted
in cracks of earth’s memory
stammering upward – to claim air
 
and there
when you reached over
touched me with words
laminated by war
I heard thread-through with light
a young man’s heart-beat
on the scales of justice
with a poet’s quest for gravity and grace
 
all the purity of Beatrice
of Laura
transferred to daughter of a river god
– Lady of the Laurel
yours, ever unobtainable
yours, ever dream-bright.
Et où
Dans le faustien cours du fleuve
 
En mémoire de E.G.S.
 
Et où
dans le faustien cours du fleuve
un oiseau traverse la nuée
que l’eau figure
on note également cet élan
vers cet arrière-pays du silence
 
cette réintégration de la vie dans l’écoute
 
cette attente des morts
leur voix prenant racine
dans les failles de la mémoire terrestre
pour un bégayant surgissement – réclamant l’air
 
et là
quand tu y parvins
me toucha de paroles
laminé par la guerre
j’entendis se faufilant sur un fil de lumière
le cœur battant d’un jeune homme
sur la balance de la justice
et la quête de grâce et de gravité du poète
 
toute la pureté de Béatrice
de Laure
transférée à la fille d’un dieu du fleuve
– Dame du Laurier
à vous, à jamais inaccessible
à vous, à jamais scintillant dans le songe.

* Les poèmes présentés ici avec l’aimable autorisation de leur auteur sont issus du recueil de Wendy Saloman, Chrysalis in the Desert. Exeter : Shearsman Books, 2009.


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