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W.H. Auden, traduit par Aurélien Saby

22 avril 2020

par Aurélien Saby

QUANT said :

Since the neighbors did,
With a multitude I made the long
Visitors’ voyage to Venus Island,
Elated as they, landed upon
The savage shore where old swains lay wrecked
Unfit for her fable, followed up
The basalt stairway bandying jokes with
The thoughtless throng, but then, avoiding
The great gate where she gives all pilgrims
Her local wine, I legged it over
A concrete wall, was cold sober as,
Pushing through brambles, I peeked out at
Her fascination. Frogs were shooting
Craps in a corner ; cupids on stilts,
Their beautiful bottoms breaking wind,
Hunted hares with hurricane lanterns
Through woods on one side, while on the other,
Shining out through shivering poplars,
Stood a brick bath-house where burghers mixed
With light-fingered ladies and louche trade,
Dancing in serpents and daisy chains
To mad music. In the mid-distance
On deal chairs sat a dozen decayed
Gentlewomen with dejected backs
And raw fingers morosely stitching
Red flannel scivvies for heroic herms.
Primroses, peacocks and peachtrees made
A fair foreground but fairer there, with
An early Madonna’s oval face
And lissom limbs, delighting that whole
Degraded glen, the Goddess herself
Presided smiling ; a saucy wind,
Plucking from her thigh her pink wrapper
Of crêpe-de-chine, disclosed a very
Indolent ulcer.

W.H. Auden, The Age of Anxiety, 1947

QUANT dit :

Sur les traces de mes voisins,
Emporté par la foule, j’entrepris
Le long périple à destination de l’île de Vénus.
Enchantés, nous accostâmes sur un rivage
Sauvage où avaient échoué de vieux soupirants
Indignes de sa légende. Je gravis alors
L’escalier en basalte, blaguant
Avec maints visiteurs insouciants ;
Mais ensuite, une fois contourné le grand portail
Où elle abreuve les pèlerins du vin de son cru,
Je décampai, enjambant un mur en béton sans avoir bu
Une goutte, et après avoir écarté des ronces, je l’entr’aperçus,
Fascinante. Des grenouilles faisaient une partie
De dés dans un recoin ; là, du haut de leurs échasses,
Des amours aux fesses rebondies
Lâchaient des vents et chassaient des lièvres
Dans les bois à la lumière de lampes-tempêtes,
Tandis que là-bas, on distinguait à travers
Les peupliers frémissants les lueurs
Des bains-douches en brique où des villageois
Concluaient de douteux marchés avec des larronnes,
Avant d’entrer dans la danse – serpents, guirlandes
De pâquerettes – sur une musique endiablée.
À mi-chemin siégeaient une douzaine de baronnes
Décrépites, le dos voûté, les doigts à vif,
Tristement affairées à coudre des caleçons
En flanelle rouge pour de glorieux Apollons.
Primevères, paons et pêchers offraient un beau décor
Au premier plan ; mais là, plus belle encore
– Vierge romane gracile au visage ovale
Ravissant toute cette vallée déchue –,
Souriante, trônait la déesse en personne.
Impertinent, Zéphyr soulevait son étoffe
De crêpe de Chine rose, dévoilant
Un ulcère indolent.

W.H. Auden, Le Temps de l’angoisse, 1947, trad. Aurélien Saby


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