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Vincent O’Sullivan : poèmes

26 avril 2010

par Vincent O’Sullivan

The child at the Exhibition
 
A moment before the bomb explodes. How
did he know, the artist ? The crowds press to be
closer. The famous picture of our century.
 
‘Give me a child until seven,’ you know
how it goes. After seven, the Man.
We strain in the crush to see the moment,
 
the microslip of the moment, the test for
the artist in the famous canvas. ‘We are
only seven,’ we say, yet the picture
 
ticks perfection, cannot be refined.(We
don’t mind it saying ‘century,’ we’ve years to spare.)
Thin as a hair, thinner than a hair,
 
the moment sliced, who could believe it,
alive as, until. Sweat tents
on our foreheads, so close in the pack
 
to peer into the picture, the street
where the paint-flakes on the barrows
have yet to fall, the eyelash on a child
 
still intact as time. On the stairs we say,’Yes,
we’ve seen it, the famous picture.’ The queues
can tell we have seen it, not one
 
of them asks, ‘Was it worth it,
the wait ?’ All this and you’re only seven.
Brushing our shoulder, close as that.
L’enfant à l’exposition
 
Un instant avant l’explosion de la bombe. Comment
le savait-il, cet artiste ? Les foules se pressent
pour s’approcher. Le tableau célèbre de notre siècle.
 
« Rien ne vaut un enfant avant sept ans, » vous connaissez
l’histoire. Après l’âge de sept ans, l’homme.
Nous faisons tout dans la cohue pour voir l’instant,
 
le menu brin de l’instant, l’épreuve
pour l’artiste dans la célèbre toile. « Nous n’avons
que sept ans, » disons-nous ; le tableau pourtant
 
touche à la perfection, on ne peut mieux. (Peu
nous importe qu’il dise « siècle », nous avons la vie devant nous.)
Fin comme un cheveu, plus infime,
 
l’instant s’est scindé, qui l’aurait cru,
vivant comme, jusqu’à ce que. La sueur campe
sur notre front, tant nous sommes serrés dans le lot
 
pour scruter le tableau, la rue
où les flocons de peinture sur les brouettes
ne sont pas encore tombés, un cil sur un enfant
 
encore intact comme durée. Dans les escaliers, nous disons : « Oui,
nous l’avons vu, le célèbre tableau. » Dans la file d’attente,
personne ne peut dire que l’avons vu, personne
 
ne nous demande : « Cela valait-il le coup
d’attendre ? » Tout ceci et n’avoir que sept ans.
Epaule contre épaule, tout près.
Getting the Picture
 
Anger – you can imagine that within reason,
God being angry. I mean, as when he said,
‘Only writing can punish them enough.
One through to Ten, that will sort them out.’
 
And pensive. You could hardly go into
a church in Italy once without a brow
balancing its rock up there above you
and our hands were like cranes,
 
hoping to keep him up there, God of
Frescoes. St Francis al contrario
told us by keeping our eyes firmly,
lovingly, on the spit-coloured eyes
 
of Brother Wolf, we did what God
most wanted us to do, God walking
on the waters of Creation as simply
as crossing lino, God with one
 
finger pointed, whatever you possibly
think of is what he points at. (‘Fingered’
the Mafia say in movies don’t they
sometimes ? ‘Joey fingered Scarface.’)
 
Here’s a hard one, though. God smiling.
No one’s up to that. God thinking, this
time what’s He gone and done,
watching the clock strike in its completeness.
 
Where’s the picture to show you that one,
sleeves rolled, ear to ear candour
at what strangeness all along ! Not a phrase
that springs, but hardly ‘straight out happy.’
 
Even to imagine how perfect the teeth
would need to be in a painting of God
smiling – there’s only so much, brethren,
even a Buonarotti can bring off.
 
Though once I actually dreamed God
winding everything back in towards Him
half absently, as someone winding in
a ball of wool. In the dream, when
 
the whole of the malarkey from Day One
to this instant was brought home,
wound back, the weight of the world
fitting His hands exactly,
 
the awfulness of one equaling to the ounce
the disappointment of the other, the skein
run out, the consequence concluded, so simply
an End as ‘Begin’ on the tip of His tongue.
Voyez le tableau
 
Colère – cela vous pouvez l’imaginer dans les limites de la raison,
la colère de Dieu, je veux dire, comme lorsqu’il dit :
« Seule l’écriture peut les punir assez.
De un jusqu’à dix, cela leur apprendra. »
 
Et pensif. Impossible d’entrer une seule fois
dans une église en Italie sans voir là-haut
un front tenant un roc en équilibre au-dessus de vous,
nos mains se transformant en grues
 
dans l’espoir de lui faire conserver sa hauteur, à ce Dieu
des Fresques. Saint François, al contrario
nous a dit qu’en ne quittant pas des yeux, avec fermeté,
avec amour, les yeux couleur de bave
 
de Frère Loup, nous faisions ce que Dieu
désirait le plus de nous, Dieu qui marche
sur les eaux de la Création aussi simplement
que s’il traversait du lino, Dieu dénonçant
 
du doigt la chose à laquelle vous pensez,
quelle qu’elle soit. (« Balance » dit la Mafia
dénonçant le mouchard, au cinéma,
pas vrai ? « Joey a balanstiqué Scarface. »)
 
Voici plus difficile pourtant. Le sourire de Dieu.
Personne n’est à la hauteur. Quand Dieu pense, cette fois-ci
dans le mouvement et l’action,
en regardant l’horloge sonner en sa complétude.
 
Où est le tableau qui va vous montrer cela,
manches retournées, sincérité d’oreille à oreille,
pour quelle étrangeté tout du long ! Pas une expression
qui jaillisse, mais à peine « franchement heureux. »
 
Jusqu’à imaginer comme il faudrait que soient
parfaites les dents dans un tableau où Dieu
sourirait – c’est à ce point, mes frères,
que même un Buonarotti y connaîtrait sa douleur.
 
Même si autrefois j’ai vraiment rêvé que Dieu
rembobinait tout en le rappelant à Lui,
presque absent, comme s’il avait empeloté
de la laine. Dans ce rêve,
 
quand la farce tout entière, du premier jour
à cet instant-ci, fut rapatriée,
rembobinée, le poids du monde
Lui allant comme un gant exactement,
 
l’horreur de l’un égalant à l’once près
la déception de l’autre, l’écheveau
achevé, la conséquence venue à terme, aussi simplement
une Fin que « Début » au bout de Sa langue.
Who’d have thought
 
On the day the eagle refused to come
A beak graffitied the cliff face :
‘No more liver.’ Prometheus
Unheroicked. Simple as that.
Qui aurait songé
 
Le jour où l’aigle refusa de venir,
Un bec sur la paroi de la falaise inscrivit :
« Plus de foie. » Prométhée
Au petit pied. Aussi simple que cela.
Traduction d’Anne Mounic

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Michel-Ange, chapelle Sixtine


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