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Vincent O’Sullivan

23 septembre 2015

par Vincent O’Sullivan

Vincent O’Sullivan, Being Here : Selected Poems. Wellington : Victoria University Press, 2015.

Dans ce très beau livre (on doit la couverture à Karl Maughan), on trouve une sélection des recueils publiés depuis 1973 ainsi que de nouveaux poèmes (2014). Parmi la sélection, on se souvient de « Blame Vermeer », que voici en version française :

Vermeer l’a bien cherché

Une femme, la trentaine, verse les quelques doigts de lait
qui restait dans la cruche, pose celle-ci là-haut sur l’étagère
dans un petit buffet, car les enfants
des voisins doivent dormir ici cette nuit, elle
ne va pas risquer de leur à portée le précieux éclat.
Elle reprend son anneau près du robinet,
et le glisse à nouveau sur son majeur.
Elle entend des pas dans l’allée.
Il se produira
quelque chose après chaque tableau pendant très longtemps
encore. Cela pouvait être la guerre,
déchirement subit d’implacable chagrin,
épidémies issues des morts non ensevelis,
babils d’enfants vivant des jours solitaires avant
d’être expédiés à l’est.
Et l’inconnu
annonçant : « Il y a quelque chose ici, » et sa main
sur le bec d’abord, puis le lisse arrondi de la cruche,
elle la soulève, de sorte que cruche & femme
pouvait être le titre, le geste renouvelé à de si nombreuses reprises
des centaines et des centaines de fois dans cette minuscule
cuisine, la toile imaginée, le puissant reflux
d’un ordinaire si joli, peut-on
rêver mieux ? Et les pas, toujours, au-dehors.
L’instant en suspens.

Et je ne résiste pas au plaisir du dernier poème de l’ouvrage, caractéristique à mon sens de la délicate poétique de Viczent O ‘ Sullivan, de son attention subtile à l’instant : « The sentiment of goodly things ».

Le sentiment des belles choses

Les oiseaux sont de retour à la mangeoire
maintenant que l’air s’est réchauffé.
Ils vont et viennent
d’une manière qui me rappelle les touches des anciennes
machines à écrire, se soulevant avec légèreté, là une seconde,
disparaissant alors que l’autre arrive.
Je ne saisis pas tout à fait
ce qu’ils sont en train de dactylographier,
cela concerne, on l’imagine, la jouissance
de ce qui ne se lasse pas de se répéter.
J’espère
que c’est bien là ce qu’ils écrivent. C’est probable,
à voir la manière dont les touches ne cessent de revenir.

(Traductions A.M.)


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