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Vincent O’Sullivan

30 septembre 2009

par Anne Mounic

Vincent O’Sullivan, Further Convictions Pending : Poems 1998-2008. Wellington : Victoria University Press, 2009.

Ce recueil rassemble les poèmes de Vincent O’Sullivan que l’on connaît, extraits de Blame Vermeer (2007) ou de Seeing You Asked (1998), aux deux extrêmes, et accompagnés de nouveaux, sous le titre Further Convictions Pending (2008), dernier vers de l’ouvrage. L’un des poèmes, « Seeing’s Believing » est un titre qui ne pourrait que plaire à Charles Tomlinson. Voici deux poèmes issus de ce recueil, le premier terminant le cycle de Blame Vermeer et le second ouvrant Further Convictions Pending (2008).

How things are

The starling ; that moved all summer
on its single wire of greed and instinct,
its tinny yack in the yew tree, its sleek
trajectories whittled as we watched
back to one at a time, one and then another,
the starling has pelted against a window,
is dead as glass.
Rain smudges the paddock
from the totara to the sheds. How we only
observe in millions, those palest stalks
drifting as the earth receives them, sun
at its jeweller’s angle making light of time,
brightening dead as dead.
The starling
accepts my hand, gives its coated eyes,
its wiry dashes padlocked as I raise
it – both of us, see, from any perspective,
sad yet unconcerned. The rain thins
from the hills, the sun through lowered
minutes slants the old camaraderie
of getting rid of dead birds. A shovel
heeled six inches, dirt tossed
on used feathers.
One claw that still
extends prodded gravely down.
The earth and the rain then, the sun
and a man scraping his boots at the door
at six twenty seven, Monday, early
autumn, is one of the ways to say,
This is how things are. The bird gone.
The man here. One of the ways.

L’état des choses

Le sansonnet qui tout l’été s’est promené
sur son fil solitaire d’appétit et d’instinct,
son gazouillis de casserole au cœur de l’if, ses nettes
trajectoires, incisives, quand nous les observions
une par une, l’une après l’autre,
ce sansonnet de plein fouet a heurté une fenêtre,
le voici, raide comme le verre.
La pluie saccage l’enclos
du totara* jusqu’aux remises. Et nous n’observons
que par millions, ces tiges pâles
qui dérivent au contact de la terre, le soleil
de son incidence de joaillier prenant le temps à la légère
et sa lumière au cœur de la mort.
Le sansonnet
accepte ma main, offre ses yeux clos,
ses élans de flèche cadenassés alors que je le soulève –
tous deux, voyez, sous tous les angles,
tristes mais indifférents. La pluie là-bas
sur les collines s’espace, le soleil en menaçantes
minutes prend à l’oblique l’ancienne camaraderie
de l’enlèvement des oiseaux morts. Une pelletée
d’une vingtaine de centimètres de hauteur, la terre flanquée
sur le plumage usé.
Une griffe encore
tendue, saillie extrême.
Glèbe et pluie par la suite, soleil
et puis un homme qui décrotte ses bottes sur le seuil
à six heures vingt-sept, lundi, au début
de l’automne, voici une façon parmi d’autres de décrire
l’état des choses. L’oiseau estourbi.
L’homme ici. Une façon parmi d’autres.
 
*Grand arbre de Nouvelle-Zélande.

***

Being here

It has to be a thin world surely if you ask for
an emblem at every turn, if you can’t see bees
arcing and mining the soft decaying galaxies
of the laden apricot tree without wanting
symbols – which of course are manifold – symbols
of so much else ? What’s amiss with simply the huddle
and glut of bees, with those fuzzed glorious
globes by the hundred and the clipped out sky
beyond them and the leaves that are black
if you angle the sun directly behind them,
being themselves, for themselves ? I hold out
my palms like the open pages of a book
and you pile apricots on them stacked three
deep, we ask who can we give them to
round here who hasn’t had their whack of apricots
as it is ? And I let my hands tilt and the plastic
bag that you hold rustles and plumps with their
rush, I hold one back and bite into it and its
taste is the taste of the colour exactly, and this
hour precisely, and memory I expect is storing
for an afternoon far removed from here
when the warm furred almost weightlessness
of the fruit I hold might very well be a symbol
of what’s lost and we keep on wanting, which after
all is to crave the real, the branches cutting
across the sun, your standing there while I tell you
‘Come on, you have to try one !’, and you do,
and the clamour of bees goes on above us, ‘This
will do,’ both of us saying, ‘like this, being here.’

Notre présence ici

Il faut que le monde soit de peu de substance pour que tu demandes
un emblème à tout instant, pour que tu ne puisses voir des abeilles
courbant et explorant les suaves galaxies abîmées
de l’abricotier lourd de fruits sans appeler
les symboles – une myriade bien évidemment – symboles
de tant d’autres choses ? Qu’y a-t-il de mal à ce que simplement la foule,
la cohue des abeilles, ces splendides globes duveteux par milliers et le ciel en fragments
par-delà – les feuilles, noires, en une certaine incidence du rayon solaire juste derrière
[elles,
qu’y a-t-il de mal à ce qu’elles n’aient d’autre présence qu’elle-même ? Je tends
les mains comme les pages ouvertes d’un livre
et sur mes paumes tu empiles les abricots par trois,
nous demandons à qui nous pouvons les donner par ici,
qui n’aura pas eu déjà sa part d’abricots ?
J’incline les mains et le sac
de plastique que tu tiens bruit et gonfle
quand ils tombent. J’en garde un et le croque. Il a la saveur
de sa couleur, exactement, à cet instant
précis. Et j’espère en conserver le souvenir
pour une après-midi lointaine, bien plus tard
quand le duvet chaud du fruit léger
que je tiens pourrait très bien devenir le symbole
de ce qui s’en est allé et que nous continuons de désirer, ce qui est,
après tout, chez nous, soif du réel, les branches
traversant le soleil, et toi, qui te tiens là tandis que je te dis :
« Allez ! Il faut que tu y goûtes ! », ce que tu fais,
et les abeilles au-dessus de nos têtes ne cessent de bourdonner :
« Ceci nous suffit, « disons-nous tous deux, « ceci, notre présence ici. »

(Traduction A.M.)


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