Temporel.fr

Accueil > à l’écoute > Notes de lecture > Vincent O’Sullivan

Vincent O’Sullivan

28 septembre 2008

par Anne Mounic

Vincent O’Sullivan, Ouvrir les fenêtres de la toute dernière maison. Traduction de Martine Tolron. Avignon : Editions universitaires, 2008.


Vincent O’Sullivan, l’un des plus grands poètes néo-zélandais et spécialiste, entre autres, de Katherine Mansfield (voir http://temporel.fr/Katherine-Mansfield-s-Canary-a et http://temporel.fr/Vincent-O-Sullivan-la-main-le), fut invité au quarante-septième congrès de la S.A.E.S. (Société des anglicistes de l’enseignement supérieur) qui eut lieu à Avignon en 2007. Les Presses universitaires d’Avignon publient ici l’allocution qu’il a prononcée à cette occasion, sur le thème du congrès, « L’envers du décor ».
S’il est un trait distinctif de Vincent O’Sullivan, c’est son humour et son extrême plaisir à rire. C’est donc avec cette légèreté qui lui est propre qu’il ouvre et clôt son discours : « … après tout, Avignon étant la scène du spectacle de ce congrès, on peut difficilement pousser plus loin en coulisses que jusqu’aux Antipodes… » (p. 7). Cette disposition d’esprit, toutefois, ne nous fait pas oublier, et nous fait même apprécier plus encore, l’érudition du poète et du professeur d’université ainsi que son sens de la gravité. Vincent O’Sullivan fait d’abord référence à un essai de Joseph Roth sur la ville d’Avignon, « haut lieu de civilisation et d’humanisme », avant d’aborder l’épineuse question du partage des rôles (la « contradiction ») : « Je vous suis reconnaissant de m’avoir conseillé de parler en tant qu’écrivain, me mettant ainsi à l’abri, dans une certaine mesure, des flèches acérées du monde universitaire : de la sorte, si je parle par moments comme un universitaire, les écrivains n’auront pas le sentiment que je les compromets… » (p. 8)
Partant d’un point de vue qui peut paraître pessimiste (« renvoyés que nous sommes à l’impuissance de l’esprit individuel », p. 9) et considérant le colonialisme, l’anti-colonialisme, le manque d’influence de la poésie et des poètes, Vincent O’Sullivan parvient tout de même, quand il parle de ce qui lui tient le plus à cœur, à une affirmation du pouvoir de la voix, malgré tout : « C’est une dilatation des possibles, et c’est là que la morale se situe : dans le fait d’insister pour que la voix individuelle soit entendue, une voix qui est entrée dans l’espace commun par sa forme hypothétique. » (p. 40) Le poète insiste sur la théâtralité de la poésie. Il consacre également une partie de son allocution à l’œuvre de Ralph Hotere, peintre, son compatriote, d’origine maorie, dont il prépare la biographie : « Mais, lorsque deux cultures en viennent à se frotter l’une à l’autre, ce sont les possibilités d’échange, plutôt que le cycle de culpabilité, que je trouve le plus passionnant. » (p. 19)
Le titre de l’ouvrage se déduit d’un souvenir d’Ezra Pound conté par l’un des amis de Vincent, qui rendait visite au poète américain lors de ses dernières années de séjour à Rapello. Ce dernier avait alors récité un poème écrit récemment et commençant par : « My name is Tough. » Le poète vit dans une rue qui porte le même nom et, qui plus est, dans la dernière maison, car « Plus on avance, plus cela devient dur. » Rude, en effet, l’existence. L’universitaire et le poète se retrouvent face à la même difficulté : « « Je me dis parfois que « mon nom est dur » ne serait pas un mauvais nom de code pour ceux d’entre nous qui continuent à enseigner la littérature, ou pour ceux qui persistent à écrire de la poésie. » (p. 38)


temporel nous contacter | sommaire | rédaction | haut de page