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Valéra Schein, traduite par Marc Sagnol

29 avril 2012

par Marc Sagnol

Le vent emporte
la lettre de la paume de la main.
Le vent cache
ce qui reste du soir ;
le soir m’a fait ses adieux
sur le quai de la gare :
une manche s’est frottée contre mes épaules gelées.
Langueur enfumée
éclaboussée d’angoisse ,
une odeur de rails
m’enivre la cervelle,
et moi, insupportable,
je ne pourrais me retenir,
mais arrête-toi donc, fais une halte
au moins pour la vie,
mais l’emporta.
Les lettres se font plus rares,
elles ne sont pas devenues des fêtes,
une blanche falaise
laisse tomber sur la Néva
d’amers bruissements :
les larmes du repentir
se sont élancées, loin de là,
dans la chambre rougissante.

Le soir a réveillé le premier froid de cet été et des semences de peupliers, hardies, élastiques, ont commencé à se répandre des branches à chaque rafale de vent. Le soir a lancé une exhortation à tout abandonner, et même la tempête de soleil venant du couchant lui a fait écho, par un scintillement poudreux de gorgées de pollen et, conduite par le soleil, je suis sortie sur le perron, fermant tout simplement le cabinet de travail, et j’ai pensé que, si ces gouttes sucrées de reflets solaires s’avéraient être la dernière chose que je voyais...

C’est de nouveau comme s’il était sans aucune importance de savoir si, là-haut, quelque soleil est visible, mais tandis que le printemps ne sort toujours pas, tout donne l’impression qu’il ne viendra pas du tout. Les fourmilières des rues vont bientôt être portées à incandescence et commencent à suffoquer de chaque pore, et nous, que nous soyons dedans ou que nous passions à côté, serons de la même façon submergés par cette chaleur, et nous comprendrons sans doute que rien n’est insignifiant, ni en nous, ni hors de nous.

Traduit du russe par Marc Sagnol


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