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Traces du sacré, par Catherine Riza

28 septembre 2008

par Catherine Riza

Traces du sacré au Centre Georges Pompidou du 7 mai au 11 août 2008.

Le thème de cette exposition peut surprendre dans ce temple dédié à l’art contemporain puisque d’emblée le sacré était pour moi rattaché à des formes secrètes et obscures loin de la visibilité que présente le bâtiment construit en 70 des architectes Richard Rogers et Renzo Piano, mais les temples restent ce qu’ils sont même ceux de notre époque et le désenchantement du monde peut y être parfois mis de côté.

Aussi, c’est avec une certaine curiosité attentiste que je m’engageai dans le dédale de cette exposition. La toute première œuvre donne le ton : une gravure de Goya intitulée Nada – anticipant pour le visiteur le questionnement du destin de l’homme au 20ème siècle. Ensuite, vingt-quatre espaces représentent l’évolution de cette interrogation, incitant le public à suivre à travers les œuvres présentées le face-à-face des artistes avec le sacré, dans le dépassement de l’ordinaire des choses. Ainsi pour exemple les tableaux de Friedrich et Victor Hugo avec la Trace des dieux enfuis, un très bel extrait de Faust, film de Murnau, donnent le ton de la présence du bien et du mal ; l’ombre de Zarathoustra plane sur Munch et un retable d’Otto Dix présentant la douloureuse Apocalypse en écho à celui de Grünewald fait magnifiquement miroir au triptyque de Bruno Perramant.

Un foisonnement d’œuvres est ici rassemblé pour illustrer l’ambivalence de l’existence et de la mort. Vaste exploration de cette question qui sous-tend l’exposition, rendant plus ou moins visible mais omniprésente la solitude face aux ténèbres. La confrontation des œuvres romantiques et modernes à des œuvres contemporaines permet d’illustrer le rapport du sacré et de l’art. Les « traces » n’effacent jamais tout à fait l’inquiétude, le doute, les angoisses ressenties, que ce soit dans la vidéo mélancolique de Pierre Huyghe, les tableaux en perspectives infinies de Chirico ou les couleurs intenses et profondes de Rothko… Certains contournent le rapport au mystère avec ironie, d’autres en jouent… D’autres encore ont imaginé un homme nouveau, de nouvelles formes comme Kandinsky et de nouveaux environnements comme le Bauhaus, témoignant de l’acharnement que les hommes, relayés ou précédés par les artistes, mettent en œuvre pour chercher un sens à la vie.

Aussi, c’est avec une application didactique que le public est conduit à travers ce chaos et des œuvres telles que la Nostalgie de l’infini, l’Au-delà du visible, l’Elévation, l’Homo novus, l’Apocalypse I, Malgré la nuit… pour enfin arriver à L’ombre de Dieu, vidéo de Paul Chan projetée à même le sol où les objets contemporains (mobiles, voitures, ordinateurs…) s’élèvent dans des cieux incertains tandis que des hommes chutent, désespérément soumis à la pesanteur… Cette exposition nous rappelle à notre fragilité et l’intervention de l’artiste nous accompagnant dans notre labyrinthe est plutôt rassurante.