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Thomas Becket ou l’honneur de Dieu de Jean Anouilh, par Didier Lafargue

25 avril 2015

par Didier Lafargue

Thomas Becket ou l’honneur de Dieu,
L’honneur d’un homme éprouvé dans la confrontation.


Il existe plusieurs raisons portant préjudice à l’intérêt que l’on peut avoir pour Jean Anouilh. L’une d’elle est le caractère pessimiste attaché à une partie de son œuvre. Effectivement, dans ses pièces dites « noires », Anouilh a fait montre de la conception désabusée qu’il avait de l’existence humaine. Selon lui, la vie salit et ternit au fur et à mesure que l’on avance dans le temps, que ce soit du fait de l’argent corrupteur, du travail fastidieux, ou simplement de toutes les déceptions quotidiennes que nous sommes appelés à connaître en vieillissant. Le seul moment de l’existence auquel il accorde un caractère positif est l’enfance, voire l’adolescence, en raison de l’image de pureté qui lui est associée.

Cependant, l’une de ses pièces au moins, frappe par la volonté de grandeur de son héros, Becket ou l’honneur de Dieu. Elle évoque le cas d’un homme qui, par son désir d’être fidèle à lui-même jusqu’au bout, suscite l’admiration du spectateur. Or, c’est en s’opposant à un autre homme qu’il va se révéler. C’est en montrant l’évolution des rapports entre les deux êtres que l’on aura la meilleure vision d’une âme parvenue à son plus haut point d’aboutissement.

Les personnages en présence

Il nous faut dire un mot du contexte historique de la pièce.
C’est l’histoire du conflit opposant deux hommes placés au sommet de la hiérarchie politique, dans l’Angleterre de la deuxième moitié du XIIème siècle, Henri II, roi, Thomas Becket, archevêque de Canterbury. Pour renforcer son pouvoir et travailler à l’unité du royaume, Henri II veut soumettre l’Eglise, qui selon lui dispose de pouvoirs exorbitants. A cette fin, il bénéficie de l’aide de son très compétent chancelier Thomas Becket. Aussi, pensant que ce dernier sera son homme, il le fait nommer Primat d’Angleterre, soit archevêque de Canterbury, la plus haute fonction religieuse du royaume. Il devait le regretter amèrement, car Thomas Becket, manifestant une puissante personnalité, allait travailler à défendre les privilèges de l’Eglise contre le pouvoir royal. Après mains épisodes ayant scandé la lutte entre les deux hommes, Henri II, sur un coup de colère, finit par crier à ses barons : « Qui me débarrassera de Thomas Becket ? ». Quatre d’entre eux le prirent au mot et assassinèrent l’archevêque dans sa cathédrale. Tel est le substrat historique sur lequel Anouilh va bâtir son œuvre.
Dans le conflit opposant la monarchie aux forces adverses, Anouilh a situé sa tragédie. Ces forces sont au nombre de deux : les Saxons, soumis aux Normands ; l’Eglise, que le roi d’Angleterre veut abaisser. L’écrivain a alors tenté de poser le problème psychologique connu par ses personnages sur la base de deux sentiments n’allant pas nécessairement dans la même direction, l’amitié et l’honneur.

Au point de départ des relations entre Henri II et Thomas Becket existe l’amitié. Mais ce sentiment prend une valeur différente selon qu’il est éprouvé par l’un ou par l’autre. En effet, Henri II, le roi d’Angleterre, est un homme simple, tout comme les barons autour de lui. Le caractérisent son intérêt pour la chasse et les femmes, ses colères violentes, l’ennui qu’il éprouve pour les affaires politiques. Etre brutal, il n’éprouve que des sentiments élémentaires, tout en étant très rusé.

Or, cet homme si fruste aime profondément Becket, ce qui le rend très vulnérable. Depuis le temps où ils étaient autrefois compagnons de débauche et vivaient ensemble tous leurs vices, son amitié pour lui n’a fait que grandir au point qu’il a fini par en faire son chancelier, responsable de la vie politique du royaume. « On était pourtant comme deux frères tous les deux ! […] Je ne pensais qu’à travers toi, tu le sais bien » [1], devait-il dire sur sa tombe.
Différent est Thomas Becket.

Celui-ci apparaît comme un être plus complexe, d’une morale raffinée et élevée, traitant le monde et la vie avec une haute considération. Contrairement au personnage historique, qui était Normand, Anouilh en a fait un Saxon.
Dès le départ, il va avoir le désir de bien faire son travail. « J’aime au moins une chose, mon prince, et cela j’en suis sûr : Bien faire ce que j’ai à faire » [2], dit-il à son roi. Le sceau, représentatif de sa fonction, va lui donner une première occasion de se réaliser et il va assumer sa charge avec honneur contre l’Eglise d’Angleterre. Ayant la meilleure conscience de son métier, il conseille bien le monarque. Par exemple, il aime que les choses soient en ordre et quand le roi lui demande : « Pourquoi mets-tu des étiquettes ? ». « Parce que, sans étiquettes, le monde n’aurait plus de forme, mon prince… » [3], lui répond-t-il.
Mais ce qui frappe au premier abord dans le personnage de Becket, tandis qu’il exerce le pouvoir, est son caractère ambigu. On ignore qui il est réellement et lui-même ne semble pas très bien fixé dans ses aspirations véritables. En premier lieu, il se présente comme un viveur et c’est précisément son goût pour la débauche qui l’a rapproché d’Henri II. C’est aussi un sceptique et l’on ne sent pas chez lui un attachement particulier pour un domaine bien précis, même pour sa maîtresse qui, elle, en est très amoureuse. En fait, Becket est un homme qui se cherche, tiraillé qu’il est entre d’une part, le service du roi, d’autre part, son appartenance à la race saxonne. Cette dernière lui colle à la peau et il est tenaillé par le désir d’aider son peuple d’origine, comme il le montre lorsqu’il refuse de dénoncer l’un de ses compatriotes. Il aime ces derniers sans trop le dire.
Le sens de l’honneur chez lui est à ce moment issu de son goût pour l’esthétisme. Pour cet être froid cynique et calculateur, celui-ci l’incite à vouloir unifier en lui des tendances contraires, soit le devoir qu’il a d’œuvrer en faveur des intérêts du roi et le sentiment diffus éprouvé envers la race saxonne. L’objectif pour lui est d’aboutir à une certaine harmonie entre les deux aspirations et il le fait entendre à son maître lorsqu’il lui conseille d’accorder son attention aux plaintes du peuple asservi. « L’Angleterre sera faite, mon prince, le jour où les Saxons seront aussi vos fils… » [4]. Il prouve ainsi son sens politique et, à Henri II qui méprise les Saxons, il affirme que l’Angleterre sera faite quand sera réalisée la fusion des races. Ainsi assure-t-il son métier avec intelligence, tandis qu’Henri II ne le comprend pas du tout.
Mais malgré la clairvoyance et la rigueur dont il fait preuve, le portrait de Becket apparaît encore flou. C’est la rupture avec son roi qui va donner un relief à son image.

De l’amitié à la rupture

Henri II a alors une idée qu’il croit excellente. Puisque Thomas Becket est si intelligent et qu’il a pour lui une grande affection, il décide, comme je l’ai dit plus haut, de le faire nommer archevêque de Canterbury. Il pense que par cette décision son pouvoir en sortira renforcé car il pourra alors dicter ses volontés à l’Eglise d’Angleterre.

Lorsqu’il fait part du projet à son chancelier, ce dernier éprouve une vive perplexité. Inquiet, il se dit que ses rapports avec son maître ne pourront plus être les mêmes et il pense que le roi se leurre s’il persiste à le croire. Aussi fait-il tout ce qu’il peut pour se défiler et refuser la nouvelle charge qu’il lui propose. Sans ambages, il le lui dit : « Si je deviens archevêque, je ne pourrais plus être votre ami » [5].

Dans une telle situation se pose le problème de la personnalité humaine. Auparavant, les choses étaient beaucoup plus simples pour Thomas Becket. Seul un esthétisme quelque peu compassé donnait sa direction à sa volonté d’exercer sa fonction avec honneur. A présent, force est de se remettre en question et de faire un nouveau choix. Tout au long de notre vie, chacun est obligé de choisir, et c’est dans les engagements que nous prenons que notre personnalité acquiert sa maturité, que notre conscience de soi s’affine. En choisissant de ne pas être l’homme de paille du roi dans la nouvelle charge dont il est investi mais de remplir celle-ci avec conscience et dignité, Becket va enfin se trouver et s’affirmer. Telle est l’influence exercé sur notre personne par le rôle, lequel nous tient alors réellement. « Le trône nationalise le roi » disait Charles Maurras. Dans le cas de Becket, la crosse et la mitre vont effectivement l’assimiler à l’Eglise d’Angleterre.

Dès lors, Thomas Becket devient l’homme de Dieu et non plus du roi, et à ce dernier, qui ne le comprend plus, il renvoie son sceau. Comme il veut assumer sa nouvelle fonction avec toute l’abnégation possible, il vend ses anciens vêtements, se dépouille de tout. Il est alors devenu un être différent et se voue à sa charge avec toute l’authenticité voulue. A première vue, il semble faire un sacrifice, celui des privilèges attachés à son ancien état, mais comme son cœur est léger, il accomplit cet acte avec le plus grand détachement. La reine-mère, qui ne l’aime guère, estime qu’il ne va pas devenir un saint en un seul jour. Elle exprime certes la vérité mais on peut toujours prendre la décision de le devenir, ce que fait Becket dans l’exercice de sa nouvelle dignité. « C’est un départ en voyage. Pardonnez-moi Seigneur, mais je ne me suis jamais autant amusé. Je ne crois pas que vous soyez un Dieu triste. Ma joie de me dépouiller doit faire partie de vos desseins » [6].

Œuvrant à présent pour l’Eglise d’Angleterre, il va accomplir avec cœur sa mission. Ainsi va-t-il défendre ses prêtres, y compris les paysans saxons ayant choisi d’entrer au couvent pour échapper au servage imposé par les seigneurs normands, provoquant l’ire de ces derniers. Très contrarié, le roi tente de s’opposer à son ancien chancelier. Ainsi, lorsque celui-ci se présente à sa cour devant tous ses barons réunis, revêtu de son étincelante tenue d’archevêque, il ordonne de l’arrêter et de le faire enfermer. Un fait inattendu se passe alors : malgré l’ordre lancé par le roi, personne ne bouge dans la salle !

Telle est la distance qui existe entre le pouvoir et la puissance.
Le pouvoir est celui donné par les lois, celui dévolu par exemple à l’officier de police ou au fonctionnaire, en soi banal et ordinaire. La puissance, tout autre chose, est l’émanation du rayonnement personnel, du charisme. Aussi, si Henri II a le pouvoir, Thomas Becket, avec toute sa pompe d’archevêque, a la puissance, car bien que le roi ait donné l’ordre de le saisir nul n’ose le toucher ! « Thomas Becket est apparu au moment où on ne l’attendait plus, malade, tout pâle, en grand habit pontifical et portant lui-même la lourde croix d’argent. Il a traversé toute la salle sans que personne n’ose l’arrêter […] Et puis il a retraversé la foule qui s’écartait muette. Il vient de repartir »[[Becket ou l’honneur de Dieu, Acte III, dans ibid., p.103.]]. Telle est la puissance, celle d’un être de qui émane le magnétisme de l’homme fait pour commander. Du temps où Becket était chancelier, la distinction entre les deux états n’avaient pas lieu d’être remarquée, même si la différence de personnalité entre lui et le roi pouvait faire paraître latente sa manifestation. A présent, le heurt entre l’archevêque et son ancien maître ont clairement mis en lumière la place véritable détenue par l’un et par l’autre dans l’esprit de leurs semblables.

Conséquences de la séparation chez Henri II et Thomas Becket

Sa position réelle ainsi définie, l’archevêque de Canterbury va inexorablement s’acheminer vers sa mort brutale dans sa cathédrale. Son combat contre Henri II va connaître plusieurs étapes, lesquelles vont à chaque fois lui donner une stature plus grande.

Contraint de s’enfuir sur le continent, en France, il est accueilli par le roi Louis VII, qui lui accorde sa protection. Becket l’accepte à condition qu’il ne se serve pas de lui contre l’Angleterre.

Une occasion est donnée à la lutte de parvenir à une heureuse conclusion lorsque Louis VII oblige les adversaires à se rencontrer pour trouver un compromis. Les deux hommes ont alors une conversation grave, mais aucun accord ne sort de l’entrevue. Thomas Becket explique en effet à son ancien maître qu’ils ne peuvent s’entendre car chacun doit faire son métier. Or, celui de l’un et celui de l’autre sont opposés, c’est l’impasse ! « Vous, vous avez autre chose à faire. Tenir la barre du bateau […] J’ai à vous résister de toutes mes forces, quand vous barrez contre le vent » [7] ose lui dire le Primat d’Angleterre. Une fois encore, l’antagonisme entre les deux personnes est l’occasion pour chacune d’exprimer leur nature véritable.

Courageusement, Thomas Becket prend la décision de regagner son pays. Mais dès qu’il débarque sur le sol anglais, le peuple entier, une foule immense de paysans saxons, lui fait escorte, faisant de lui le vrai roi d’Angleterre. Henri II, ayant exprimé son désir d’être débarrassé de l’archevêque, ce dernier est finalement tué par quatre barons à Canterbury.

Pour chacun des protagonistes, la lutte entreprise et son tragique aboutissement vont avoir des conséquences psychologiques différentes.

Dans le cas d’Henri II, le principal résultat politique va être le fossé subitement creusé entre lui et le pays. Ses rapports avec celui-ci sont devenus tellement détestables qu’il va être contraint de s’humilier, d’ « aller à Canossa », en se livrant à une contrition exemplaire sur la tombe de son ancien adversaire. Une fois encore est montrée la différence existant entre pouvoir et puissance. Le roi d’Angleterre, par la situation qui est la sienne à présent, montre bien qu’il n’a que le pouvoir ; encore celui-ci est-il en passe d’être contesté face à l’aura de sainteté que sa mort a fait acquérir à Thomas Becket. S’il veut regagner le respect de ses sujets, il lui faut faire amende honorable pour satisfaire à la mémoire de l’ancien Primat. Alors pourra-t-il peut-être obtenir un certain charisme, celui qui ressortait de la personnalité de Thomas Becket et de son influence sur les habitants du royaume.

Cet engagement va alors donner à Henri II l’opportunité de se régénérer, de devenir un autre homme dans la mesure où il aura assimilé les conséquences de sa lutte contre le si brillant archevêque. C’est pour nous l’occasion de relever la fascination que ce dernier exerce sur le roi par-delà la tombe. Henri II aimait Becket et il ne peut s’empêcher d’observer que ce dernier fait dorénavant partie de lui-même. « L’honneur de Dieu, messieurs, est une bonne chose et on gagne, tout compte fait, à l’avoir de son côté. Thomas Becket – qui fut notre ami — le disait. L’Angleterre lui devra sa victoire finale sur le chaos et nous entendons qu’il soit désormais, dans ce royaume, prié et honoré comme un saint » [8].

Mais c’est chez Thomas Becket que ce conflit va avoir les plus grandes conséquences.
Becket s’est affirmé en s’opposant à son roi. Dans un moment de faiblesse, sa détermination a été éprouvée car, alors qu’il était en France, il a un temps envisagé d’abandonner la lutte. Mais il a fini par comprendre que l’honneur de Dieu était de rester archevêque. Le péché d’orgueil n’est pas nécessairement fonction du rôle que l’on exerce, si élevé soit-il, car on peut être orgueilleux dans une cellule de convers et être archevêque humblement. Becket a alors connu un moment d’intimité avec lui-même lors duquel il eut un fort sentiment de son devoir. « La sainteté aussi est une tentation. Ah ! qu’il est difficile Seigneur, d’obtenir Vos réponses ! […] Il Vous a plu de me faire archevêque-primat et de me mettre comme un pion solitaire, et presque aussi grand que lui, en face du roi, sur le jeu. Je retournerai à cette première place, humblement, laissant le monde m’accuser d’orgueil, pour y faire ce que je crois mon ouvrage. Pour le reste, que Votre volonté soit faite ! » [9] se dit-il. Seul avec lui-même et avec Dieu, il finit par surmonter son état d’abattement et trouver une nouvelle raison de lutter.

Une question alors se pose. Qu’est-ce que, précisément, l’honneur de Dieu ? Il ne peut se confondre avec l’amour de Dieu, la nuance existe. Si Becket fait sien le premier, il n’est pas sollicité par le second, son idéal étant un idéal humain, non divin. L’archevêque de Canterbury, nous l’avons dit, est un sceptique, et jusqu’à quel point il a pensé qu’il était l’élu de Dieu, on ne le saura jamais. Becket, au premier abord, n’aime pas réellement les hommes. Dans son combat contre le roi, il agit seulement pour bien faire son travail, pour jouer au mieux le rôle de Primat d’Angleterre qui est le sien. Ni fanatique, ni saint, il estime seulement que pour que la vie vaille la peine d’être vécue, il faut accomplir sa tâche jusqu’au bout. Anouilh avait déjà exprimé l’idée dans sa pièce Antigone lorsqu’il évoquait le personnage de Créon, lequel, après la mort d’Œdipe, s’est mis courageusement au travail, quitte à en souffrir, pour bien faire son métier de roi. Ainsi dit Becket : « J’étais un homme sans honneur. Et tout d’un coup, j’en ai eu un, celui que je n’aurais jamais imaginé devoir devenir mien, celui de Dieu. Un honneur incompréhensible et fragile, comme un enfant-roi poursuivi » [10]

Dans la mort, notre archevêque est devenu pleinement lui-même, s’est assumé jusqu’au bout. Honneur de Dieu et honneur de l’Homme se sont rejoints dans la même volonté d’absolu. En mourant, Becket va montrer la pureté de son cœur en révélant finalement son amour pour les hommes. Il va témoigner de sa faiblesse envers son meurtrier (« Pauvre Henri » [11], dit-il tout bas) et même exprimer sa tendresse envers le petit moine saxon qui l’a accompagné et va mourir avec lui. Ce sacrifice qu’il estimait ne pas avoir fait quand il est devenu archevêque, il l’a enfin accepté pour satisfaire sa conscience. Telle est la victoire du cœur sur l’esprit, du libre-arbitre sur la contrainte, celle remportée sur le groupe par l’individu qui a su manifester sa liberté. Dans son long combat contre le roi d’Angleterre, cette dernière s’est imposée dans toute sa force.

La pièce d’Anouilh représente réellement un sommet. L’antagonisme ayant dressé l’un contre l’autre le roi d’Angleterre et l’archevêque de Canterbury montre bien que dans la confrontation s’affermissent les personnalités. Anouilh le savait bien puisque il a toujours vécu dans le milieu du théâtre comme dans un environnement hostile. Dans sa pièce, l’écrivain a montré toutes les mesquineries auxquelles il s’est heurté dans sa vie : les comédiens, les metteurs en scène lui extorquant de l’argent… La tragédie de Becket lui a permis de manifester son mépris envers ces gens. Surtout, elle lui a donné l’occasion de montrer l’importance majeure qu’il accordait au sens de la grandeur du métier. Lui-même, dans sa vie, s’est toujours efforcé d’exercer sa profession d’auteur de théâtre de son mieux, sans compromission et sans crainte.
Il a fait son travail, et le triomphe de Becket est aussi le triomphe de Jean Anouilh.

Bibliographie :
Jean Anouilh, Becket ou l’honneur de Dieu. Paris : Editions de la Table Ronde, Collection Folio, 1959.
Bernard Beugnot, Les critiques de notre temps et Anouilh. Paris : Garnier frères, 1977.
André-François Rombout, La pureté dans le théâtre de Jean Anouilh. Amsterdam : Holland Universiteit pers, 1975.

Notes

[1Becket ou l’honneur de Dieu, Acte I, dans Jean Anouilh, Becket ou l’honneur de Dieu. Paris : Editions de la Table Ronde, Collection Folio, 1959, p. 8.

[2Becket ou l’honneur de Dieu, Acte II, dans ibid., p.56.

[3Becket ou l’honneur de Dieu, Acte I, dans ibid., p.26.

[4Becket ou l’honneur de Dieu, Acte I, dans ibid., p.29.

[5Becket ou l’honneur de Dieu, Acte II, dans ibid., p.77.

[6Becket ou l’honneur de Dieu, Acte II, dans ibid., p.80.

[7Becket ou l’honneur de Dieu, Acte IV, dans ibid., p.128.

[8Becket ou l’honneur de Dieu, Acte IV, dans ibid., p.151.

[9Becket ou l’honneur de Dieu, Acte III, dans ibid., pp.117.

[10Becket ou l’honneur de Dieu, Acte IV, dans ibid., p.130.

[11Becket ou l’honneur de Dieu, Acte IV, dans ibid., p.149.


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