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Thauma

1er mai 2008

par Anne Mounic

Thauma. Revue de philosophie et de poésie. Numéro 3 : L’eau, volume 1. La Compagnie des Argonautes. Quatrième trimestre 2007.

Introduit par Isabelle Raviolo : « Au principe était l’eau, sa liquidité qui semble animer le langage lui-même » (p. 9), ce thème est repris dans un certain nombre de poèmes ou de proses de poètes que nous ne pouvons citer tous. Isabelle Raviolo nous propose une étude sur « L’eau du baptême chez Jean Chrysostome » et Sébastien Labrusse s’entretient avec Claude Vigée :
« Chez moi la compréhension de la Bible a toujours été précédée d’expériences personnelles qui se sont éclairées à la lecture des Ecritures souvent dix ou vingt ans plus tard. Quand j’étais enfant, nous habitions à Bischwiller, une grande maison de trois étages qui avait été construite sur un étang au début du XIXe siècle. Cet étang faisait partie de cette région du bord du Rhin, extrêmement humide, marécageuse - je suppose que la municipalité avait essayé d’assécher ces marécages dans les pourtours du petit centre de la ville qu’on appelait flecken, c’est-à-dire le noyau central du bourg -. On y avait fondé la maison de mon grand-père maternel. Quand j’étais petit, je descendais très souvent dans la cave. Là, sous les grandes dalles de grès rouge, j’entendais goutter de l’eau. Cette cave était donc construite sur un étang caché mais qui continuait à vivre en secret. Et bien sûr, pour moi, c’était un rêve : je me mettais dans un état de demi-sommeil et j’écoutais l’eau chanter sous les grandes dalles de grès des Vosges, en imaginant tout ce qui pouvait s’y passer : était-ce les morts qui nageaient ou les poissons qui frétillaient ? L’eau, qui nous entourait, nous soulevait comme une espèce d’arche. Au fond notre maison était une arche de Noé dans laquelle nous flottions sans le savoir. Ce que je dis là est tout à fait vrai car le nom du quartier où j’ai grandi, en dialecte alsacien, c’était enteléschel, c’est-à-dire « le trou des canards ». Donc, au début du XXe siècle, cela avait été une mare aux canards. Et moi, j’étais l’un de ces petits canards qui avait grandi sur cette mare cachée. » (p. 152)

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