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Tarah Hussein et Rabah Belamri, par Zina Weygand

30 septembre 2009

par Zina Weygand

Transculturalité et handicap visuel. L’exemple de deux intellectuels aveugles du XXe siècle : Taha Hussein et Rabah Belamri

Communication présentée aux XXXVIe Journées d’étude de l’Association de Langue Française des Psychologues spécialisés pour Handicapés de la Vue, Transculturalité et déficience visuelle dans les pratiques cliniques, 3-5 juin 2005, Paris. [1]

« Les yeux que le temps abreuve, sont-ils le creuset unique des fatigues et du mystère ? Ils renferment, au-delà même des livres lus et des images englouties, le retournement des choses, leur anxiété, leur galop. Ils se ferment tout en s’ouvrant sur une vie épurée …
Les yeux de l’aveugle peuvent aussi avoir ce feu sacré. Ils percent les plis du paysage pour en retrouver le cœur. Je pense aux yeux infinis de mon ami Rabah Belamri, qui a perdu l’apparence de vivre pour se lotir dans la douleur et la merveille des nuages. Ces yeux m’ont appris à voir, sans la tension des couleurs prévues, pour illuminer le désert de la foule […].
Tes yeux Rabah, brûlés à l’âge de 16 ans par de douteuses médecines du fond de la campagne algérienne, gardent ce souvenir du monde qui est la vision même. Ils te survivent, eux qui, de ton vivant, étaient un sommeil éveillé. Ils sont maintenant ce crépitement dans l’obscurité de la vie et ces contes cruels et efficaces qui forgent l’âme. [2] » Ainsi Michel Cassir, scientifique et poète, né à Alexandrie dans une famille libanaise, et dont la jeunesse s’est passée au Liban, évoque-t-il le regard blessé mais ô combien lucide de son ami Rabah, romancier, poète et conteur, « qui dissout les frontières entre l’exil et la vie, l’Algérie et la France, l’homme et la femme, le vu et le non vu. [3] »
L’idée d’évoquer la vie et l’œuvre de Rabah Belamri (1946-1995) « libre voyageur sur les sentiers de la vie [4] », s’est imposée à nous lors de la préparation de ces journées d’étude. En effet, comment mieux illustrer le thème de la transculturalité et de la déficience visuelle qu’en parlant de Rabah et de cet autre passeur de culture, devenu aveugle à l’âge de 3 ans par les soins d’un barbier du fond de la campagne égyptienne, Taha Hussein (1889-1973), écrivain et universitaire, journaliste, réformateur de l’Education, humaniste, défenseur de la liberté d’opinion et des droits de la femme, né, comme Rabah Belamri, dans une modeste famille de villageois arabophones, et devenu docteur en Sorbonne en 1918 après avoir épousé une femme française, comme ce sera le cas de Rabah, plus tard dans le siècle.
Tous deux nourris dans leur enfance de la parole du conteur, de la récitation du poète errant, des prières de l’aïeul, de la conversation des hommes, du soliloque des femmes, de leurs chansons et de leurs complaintes. Tous deux éduqués en premier lieu à l’école coranique de leur village - celle d’Izbat al-Kilu, en Haute-Egypte, pour Taha ; celle de Bougâa, aux confins de la Petite Kabylie et des Hauts-Plateaux, en Algérie, pour Rabah - où ils ont appris par cœur, oublié, puis réappris la parole du Prophète.
Tous deux par conséquent, rompus à l’écoute, à la mémorisation et à l’échange verbal - sans que cela doive rien à la cécité, puisqu’à l’âge des contes, des légendes et de la récitation du Coran, Rabah n’était pas encore aveugle. Et là précisément se situe l’un des traits qui le différencie de son grand aîné : pour Rabah, après l’apprentissage de l’écoute vint celui de l’écriture et de la lecture, d’abord de la langue arabe, à l’école coranique, puis du français, à l’école communale de son village - avant de perfectionner l’étude de ces deux langues au lycée de Sétif.

L’un des récits de son livre Mémoire en archipel illustre d’ailleurs le rapport émerveillé qu’entretenait Rabah, enfant, avec les livres :

« Je feuilletais le livre fabuleux à la lueur de la lampe à pétrole entouré de mes sœurs et de mon jeune frère. J’avais enfin réussi à l’acquérir à force de supplications. : mon père et la tante Tassaâdite [5] s’étaient cotisés pour me l’offrir. Ma mère, occupée à préparer le dîner, tournait de temps en temps la tête dans notre direction, et je lui montrais des illustrations […]. [6] »
Et plus loin, après avoir été brutalement interrompu dans sa lecture à cause d’une alerte survenue à la suite d’un attentat :
« Le cœur palpitant, je m’approchai de la cheminée et repris mon livre. Je passai ma paume sur sa couverture glacée et l’ouvris. Je tournais les pages en silence. Les titres des fables et les illustrations m’emportaient loin de ma tante qui parlait toujours devant la porte. [7] »
Contrairement à Rabah, Taha Hussein, devenu aveugle en 1892 ou 1893, avait tout appris « en écoutant et en mémorisant », comme il l’a raconté lui-même dans ses mémoires [8]. En effet, à cette époque, la méthode braille n’avait pas encore été adaptée à l’arabe. A défaut de pouvoir lire, l’enfant s’initia donc très tôt au « plaisir d’entendre », qu’il goûtait infiniment [9]. Cet apprentissage se fit tout d’abord au sein de sa famille, où « son père et un groupe d’amis […] se réunissaient tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre, pour faire la lecture de quelque histoire des expéditions et des conquêtes de l’Islam, ou bien des aventures de ‘Antar [10] et du Sultan Zâhir Baïbars [11], la vie des prophètes, des saints et des justes et quelques livres d’homélies et de piété. [12] » Ce mode d’acquisition des savoirs se poursuivit à l’Université Al Azhar, au Caire, haut lieu de la tradition musulmane sunnite, où il fut étudiant de 1902 à 1908, puis à l’Université égyptienne (première université laïque du pays, fondée au Caire le 21 décembre 1908), où il soutint en 1914 une thèse de doctorat sur le grand poète syrien aveugle Abu al-Ala al-Maari, préparée de la manière suivante :

« Le second de ces nouveaux camarades était un azhariste qui avait pris en grippe la vieille université et ses méthodes archaïques. […]
Ce fut lui qui permit à notre ami, à l’époque où celui-ci préparait sa thèse de doctorat, d’accéder aux œuvres d’Abou l’Alà. Chaque matin, il le retrouvait, dans son appartement de Darb el Gamâmîz, où il restait jusqu’à la nuit tombée. Il lui lisait des textes tirés des Louzoumiyyât et de Saqt el Zind [13], et bien d’autres encore, des poèmes qu’il connaissait par cœur et qu’il psalmodiait de sa voix douce. Notre ami écoutait et apprenait, sensible à la beauté de son chant. […]
Notre ami ne saurait dire combien de fois il lut et relut avec lui la poésie et la prose d’Abou l’Alâ ; il dut le faire des centaines de fois. […]
Enfin vint le moment de dicter sa thèse ; son camarade se prépara donc à écrire, sous sa dictée. Chaque fois que notre ami avait besoin de vérifier un vers d’Abou l’Alâ, ou un passage en prose, ou encore une citation d’un auteur classique, c’était son camarade qui se chargeait d’effectuer la recherche et de replacer la citation dans son contexte. En quelques mois, le travail fut mené à bien et notre ami put entendre sa thèse, de la voix de son camarade, qui la chantait comme il chantait la prose et la poésie d’Abou l’Alâ. [14] »
Ce n’est qu’après son arrivée en France en 1914, muni d’une bourse de son Université, qu’il apprit à lire et à écrire en Braille, du reste sans y trouver aucun plaisir, pour se perfectionner en français et s’initier au latin, afin de préparer une licence de lettres classiques à l’Université de Montpellier. Rapidement lassé de cette méthode, et découragé par la pénurie d’ouvrages en Braille dans les matières qu’il devait étudier, il revint assez vite à sa méthode habituelle d’apprentissage et de restitution des savoirs : l’écoute et la dictée par l’intermédiaire d’un assistant. Il s’agit en l’occurrence d’une lectrice, Suzanne Bresseau, dont la voix « douce et délicate » chassa de l’âme du jeune aveugle, jusque là enclin au pessimisme, toute solitude et toute mélancolie :

« A compter du jour où notre ami entendit cette voix, qui lui lisait quelques vers de Racine, il vécut une seconde naissance ; à compter de cette heure bénie, et pour toujours, l’angoisse ne s’approcha plus de son cœur.
Jamais notre ami ne fut plus heureux que le 12 mai de cette année 1915.
Jamais il ne se mit à l’étude avec plus d’acharnement qu’à partir de ce jour. [15] »
Que de difficultés vaincues par celui « qui aurait pu devenir un récitant du Coran pour les nuits villageoises [16] », comme beaucoup d’autres aveugles égyptiens de son temps, avant d’en arriver à cette bienheureuse rencontre, prélude à la poursuite d’études universitaires brillantes à Montpellier puis à Paris, où il soutint en 1918 une thèse sur la philosophie sociale d’Ibn Khaldun, préparée sous la direction de Durkheim.

Rencontre qui fut à coup sûr déterminante pour son approfondissement de l’ « aventure occidentale [17] », aventure initiée à l’Université égyptienne, avec la découverte de la langue française, de la culture gréco-latine, des valeurs de la modernité et de la démocratie.
Cette bataille contre l’adversité, et cette double victoire sur le malheur de la cécité et les ténèbres de l’ignorance, sont le fil conducteur de l’une des œuvres de Taha Hussein les plus connues (une soixantaine d’éditions en arabe) et les plus traduites (une vingtaine de langues) : Al Ayyam (Les Jours) publiée en Egypte en trois parties, en 1926-1929, 1940, et 1955-1967 et publiée en France en deux volumes : dans une traduction de Jean Lecerf et Gaston Wiet, avec une préface d’André Gide en 1947, sous le titre Le Livre des jours ; puis en 1992 dans une traduction de Guy Rocheblave, avec une préface d’Etiemble, sous le titre La Traversée intérieure.

Pour Rabah Belamri, victime tout à la fois d’une infrastructure médicale insuffisante, de la guerre civile, de la crédulité de sa mère et de la malhonnêteté de quelques charlatans (le tout raconté dans son ouvrage le plus connu, Regard blessé, paru en 1987), la perte de la vue, survenue en 1962 à la suite d’un décollement de la rétine mal soigné, a tout d’abord sonné le glas de l’accès direct à l’écrit et donc, de la poursuite de ses études. L’Algérie des années 60 n’était pas l’Egypte du début du 20e siècle, et il n’était pas question d’étudier uniquement par le biais de l’oral. L’adolescent s’est alors retrouvé « relégué en marge de la vie », comme il l’a raconté lui-même au micro de France-Culture. Aussi, pour lui, contrairement à Taha Hussein, l’apprentissage du braille, dont il a découvert l’existence par hasard, a-t-il représenté la planche de salut qui allait lui permettre de reprendre espoir :

« Je suis resté deux ans sans études, parce que j’ignorais jusqu’à l’existence du braille. Pendant ces deux ans, j’étais à la maison ; ce qui m’a sauvé, c’est peut-être la radio ; j’écoutais beaucoup la radio, et c’est d’ailleurs grâce à la radio que j’ai su que le braille existait. J’ai eu des adresses et j’ai écrit ; j’ai eu le matériel pour apprendre à lire et à écrire le braille, et j’ai pu apprendre le braille seul, à la maison, avant d’entrer dans une école d’aveugles qui se trouvait à Alger. Je l’ai rejointe en 1964. […]. »
« Cette école, quand j’y suis arrivé, [il avait alors dix-huit ans, et a dû reprendre ses études au niveau de la cinquième …] c’était une manière pour moi de revenir, en quelque sorte, dans l’arène de la vie [18]. »
Par la suite, le braille n’a pas été, loin de là, le seul moyen utilisé par Rabah pour accomplir son travail d’étudiant, puis d’écrivain, et il a mis à profit la plupart des techniques inventées au 20e siècle pour permettre aux aveugles d’accéder à la lecture et à l’écriture de manière autonome - sans exclure le moyen privilégié utilisé par Taha Hussein et bien d’autres intellectuels aveugles avant et après lui : le recours à l’œil, à la voix et à la main d’autrui. Et comme ce fut le cas pour le jeune égyptien fraîchement arrivé en France, la rencontre d’une femme française, Yvonne Lefort, l’année même de son arrivée à Paris en 1972, a eu une influence déterminante sur l’évolution personnelle et intellectuelle du jeune étudiant algérien inscrit à la Sorbonne, où il préparait une maîtrise sur « Le monde arabo-musulman dans le Fou d’Elsa d’Aragon », soutenue en 1973.

Outre leurs méthodes pour accéder à la lecture et à l’écriture, ce qui différencie les deux écrivains est leur rapport à la langue arabe classique ;

Pour l’égyptien Taha Hussein, le langage classique, fondement de sa culture littéraire, est resté le « lieu de l’admiration et de la fidélité […] auquel, sa vie durant, il aura tenu avec la même fermeté qu’il a mise à dénoncer [les] vices [et les] faiblesses du système [d’enseignement traditionnel] [19] ». Ainsi dans son livre : L’avenir de la culture en Egypte, publié en 1938 - où il affirme qu’Orient et Occident se complètent et où il défend l’égalité de tous (riches et pauvres ; hommes et femmes) devant l’instruction [20] - défend-il également « l’apprentissage exigeant de la langue arabe comme manière de révéler l’originalité et la personnalité des jeunes et de permettre une renaissance arabe authentique [21]. »
Aussi cet auteur d’une œuvre immense qui a profondément renouvelé les lettres arabes devient-il, dans les années cinquante, président de l’Académie de la langue arabe - fonction qu’il conservera jusqu’à sa mort, en 1973.

Pour ce qui le concerne, au cours d’un entretien avec Rosalia Bivona - professeure de langue française à l’Université de Palerme et spécialiste de la littérature du Maghreb - Rabah Belamri, écrivain algérien francophone, a lui-même exprimé quel était son rapport à la culture arabo-musulmane :

« Par rapport à l’héritage arabo-musulman je crois qu’aucun des écrivains francophones ne peut le réclamer : Dib, Djaout, Djebar, Mokaddem, Mimouni et moi-même, nous sommes passés tous par la même école, c’est-à-dire l’école française. Notre héritage culturel se compose de la culture populaire algérienne qui n’a pas beaucoup de rapport avec la littérature classique. Ce qui nous a formés, c’est vraiment la littérature française et aussi la littérature algérienne d’expression française. [22] »
Quant à la langue française, pourtant admirablement assimilée - et pratiquée quotidiennement au sein de son foyer - elle est restée pour Taha Hussein une langue étrangère, quel que fût par ailleurs le rôle joué par la culture française dans sa découverte de la civilisation gréco-latine et dans son aspiration au dialogue des civilisations.
Pour Rabah Belamri en revanche, le français, appris sur les bancs de l’école primaire, puis adopté plus tard pour accomplir son œuvre d’écrivain, était plutôt une « seconde langue » avec laquelle il entretenait un rapport passionné, dont témoigne cette magnifique « Lettre à la langue française », publiée en 1989 par l’association Lire et Vivre de la ville du Mans :

« Chaque livre que je publie est, à mon sens, une lettre ouverte à la langue française, venant du cœur, qui rend toute autre déclaration inutile. […].
En 1987, j’ai écrit dans la revue Horizons maghrébins : « Comme j’aime la langue que m’a donnée ma mère, j’aime celle que m’a imposée l’histoire et qui a fait non seulement mon esprit critique mais aussi un peu de mon âme.
Je l’utilise sans honte, sans culpabilité, sans tourment. Je ne veux ni la saccager, ni la violer. Je laisse à d’autres cette amabilité soldatesque ou cette prétention - la langue française ne nous a pas attendus pour connaître la turbulence.
J’aime la langue qui me dit. Je la découvre continuellement, toujours plus éblouissante. J’ai choisi de l’aborder, d’entrer en elle par la caresse et la séduction. »
La langue française ne défigure pas mon identité, n’altère pas ma voix. Porteuse de valeurs d’accueil et de liberté, elle enrichit ma vision de l’homme et me permet d’être, avec ma différence et mon universalité. [23] »

A cet hommage de Rabah à la langue française, a répondu, quelques jours après sa mort prématurée, l’hommage de Jean-Marie-Gustave Le Clézio à Belamri, écrivain francophone :

« Grâce à Belamri, la langue française retrouve un accent de vérité, une urgence, un goût du risque qui la transfigurent. [24] »

Toutefois, si leurs relations à l’héritage arabo-musulman et à la culture française ont été différentes, Taha Hussein et Rabah Belamri se retrouvent dans leur aspiration au dialogue des cultures et à l’universalité comme dans leur attachement à leur terroir d’origine :
« retrouver l’Autre au fond de soi-même, se chercher à travers l’Autre, tirer de la rupture et de la fidélité tout ensemble un langage […] du présent. [25] »

Aussi n’est-il pas très étonnant que ces deux passeurs de culture, traversés par l’idée que « la civilisation est universelle, car elle provient de l’Homme [26] » aient fait œuvre de traducteurs :
du grec et du français vers l’arabe, pour ce qui concerne Taha Hussein, soucieux de transmettre à ses compatriotes « le legs occidental creusé jusqu’aux racines helléniques et romaines [27] » : les tragédies de Sophocle et d’Euripide ; mais aussi le théâtre français, Voltaire, Baudelaire, Valéry, et Gide, entre autres, dont il devint très rapidement l’ami.
De l’arabe dialectal vers le français, dans une perspective plus anthropologique, pour ce qui concerne Rabah Belamri, conteur et inlassable collecteur de la littérature populaire orale de son pays d’origine, qu’il a pris le parti de traduire en français pour la sauver de l’oubli et lui permettre « d’aller à la rencontre d’un public plus vaste et de s’agréger au patrimoine culturel universel. […] Cette tâche - exposait-il lors d’un colloque - je ne l’ai pas vécue comme un acte ordinaire de traduction consistant à aller et venir entre deux langues et établir une équivalence de sens. Cette opération a mobilisé ma pensée et mon affectivité. En faisant circuler le chant de ma mère dans mon autre langue - celle que j’ai héritée de l’histoire - elle a contribué à élargir le passage entre les deux versants de ma culture. [28] »

Lancer des passerelles « entre les cultures et les cœurs [29] », pour reprendre l’expression de Rabah Belamri, telle a donc été l’une des tâches que s’étaient assignées ces deux grands écrivains aveugles porteurs de lumières, qui nous ont éclairés sur les conditions d’un véritable dialogue, dans la fidélité à soi-même, le respect de l’autre et la connaissance approfondie de sa culture.

J’espère pour ma part, vous avoir frayé, au-delà du temps, un passage vers la découverte de leurs personnalités rayonnantes et de leur œuvre profondément humaniste.
Et qu’à la fin de cet exposé bien imparfait « une oreille invisible me précède/prélève la part de la demeure du silence. [30] »

Notes

[1Cette communication a paru pour la première fois dans : Actes des XXXVIe Journées d’étude de l’Association de Langue Française des Psychologues spécialisés pour Handicapés de la Vue, Transculturalité et déficience visuelle dans les pratiques cliniques, 3-5 juin 2005 au Conservatoire national des arts et métiers, pp. 36-44.

[2Michel Cassir dans Braise de galop, L’Harmattan, 2000, cité par Michel Cassir, « Rabah Belamri, l’aventure ininterrompue », in CELAAN, Revue du Centre d’Etudes des Littératures et des Arts d’Afrique du Nord, Vol. 1, n° 3, Fall 2003, « Hommage à Rabah Belamri », p. 29.

[3Michel Cassir, « Rabah Belamri, l’aventure ininterrompue », in « Hommage à Rabah Belamri », CELAAN, Revue du Centre d’Etudes des Littératures et des Arts d’Afrique du Nord, Vol. 1, n° 3, Fall 2003, p. 32.

[4Ibid.

[5Ils étaient tous deux illettrés.

[6Rabah Belamri, « Fables et réalité » in Mémoire en archipel, Paris, Gallimard, 1994, (Haute enfance) p.79

[7Ibid., p. 82.

[8Taha Hussein, La Traversée intérieure. Traduit de l’arabe par Guy Rocheblave, Paris, Gallimard nrf, 1992 (Du monde entier) p.111.

[9Taha Hussein, Le Livre des jours. Traduit de l’arabe par Jean Lecerf et Gaston Wiet, Paris, Gallimard, 1947 (L’imaginaire), p. 28.

[10poète arabe pré-islamique, dont la bravoure est légendaire.

[11Sultan mameluk du temps des Croisades

[12Taha Hussein, Le Livre des Jours, p. 28.

[13œuvres poétiques maîtresses d’Abou l’Alâ.

[14Taha Hussein, La Traversée intérieure, p. 81

[15Taha Hussein, La Traversée intérieure, p. 115

[16Bruno Ronfard, Taha Hussein. Les cultures en dialogue, Paris, Desclée de Brouwer, 1995, p. 31.

[17sous-titre de l’un de ses romans, Adib, paru en 1934.

[18Rabah Belamri in Les nuits magnétiques : « Le regard des aveugles », France-Culture, avril 1991. Rediffusion 20 mars 1996, in A voix nue « Hommage aux écrivains africains disparus. Voix des pays du Sud ».

[19Jacques Berque, Introduction à Taha Hussein, Au-delà du Nil, Paris, Gallimard, 1977, (Connaissance de l’Orient, collection UNESCO d’œuvres représentatives), p. 14

[20Principes qu’il mettra en pratique lorsqu’il sera Ministre de l’éducation, de 1950 à 1952 - notamment en instituant la gratuité de l’enseignement primaire et en favorisant l’accès des jeunes filles à l’Université.

[21Bruno Ronfard, op.cit., 1995, p.94

[22« Un thé chez Rabah Belamri. Propos recueillis par Rosalia Bivona », CELAAN, Revue du Centre d’Etudes des Littératures et des Arts d’Afrique du Nord, Vol. 1, N° 3, Fall 2003, « Hommage à Rabah Belamri ».

[23Rabah Belamri, « Lettre à la langue française », publiée en 1989 par l’association Lire et Vivre de la ville du Mans

[24J.M.G. Le Clézio, « Rabah Belamri, œil et mémoire », Le Monde, vendredi 13 octobre 1995.

[25Jacques Berque, Taha Hussein. Au-delà du Nil, Introduction, p. 10.

[26Sawsan El Zayyat, « La petite lampe de Taha Hussein » in D’Al Azhar à la Sorbonne. Le parcours d’un combattant. Taha Hussein 1889-1973, Paris, 1999, p. 6.

[27Jacques Berque, cité dans D’Al Azhar à la Sorbonne. Le parcours d’un combattant. Taha Hussein 1889-1973, Paris, 1999, p. 12.

[28Texte de Rabah Belamri resté inédit, puis publié dans Horizons maghrébins. Le droit à la mémoire. Contes, conteurs, et néo-conteurs […], 49/2003, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, p. 147.

[29Id., p. 148.

[30Rabah Belamri, Corps seul, « Quand la langue se réveille »