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Sylcie E.-Salicetti, par Gérard Paris

25 avril 2015

par Gérard Paris

Sylvie- E. Salicetti, Je compte les écorces de mes mots. Mortemart : Rougerie, 2013.

D’entrée de jeu comme un scénariste, Sylvie-E. Salicetti pose son décor : d’un côté la Sablière appelée familièrement la Forêt sur les juifs, charnier de Lissinitchi où meurent deux cent mille personnes pendant la guerre de 40, de l’autre elle et ses mots, assistée (comme en écho) de la voix des poètes-victimes (Robert Desnos, Benjamin Fondane, Rose Ausländer) ou des écrivains-témoins (Miguel Asturias, Pierre Morhange, Chalamov) – sans oublier la belle postface de Bruno Doucey. D’un côté les témoignages tirés d’archives russes ; de l ‘autre le poète qui, dans un langage épuré, fustige l’horreur :
« cette étoile est une forêt de corps
Alors m’appelèrent
Ceux dont la bouche
Terreuse les empêchait de dire
Leur non »

Cette complainte, ce lamento très sobre lutte d’abord contre l’insouciance et l’oubli des promeneurs, mais aussi témoigne de la gravité du massacre : « Mots anciens, habillés de cendres
Ici
Une langue a brûlé »
Si la forêt ensevelit les cadavres (qui, parfois, ressurgissent au gré des pluies), les bourreaux nazis, eux, dénaturent l’humain en tuant le langage et la pensée ; face à la plaie de la parole, il nous reste le silence et la poésie ; face à l’horreur, il nous reste le dialogue et le respect des morts..


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