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Stéphane Sangral

25 avril 2015

par Anne Mounic

Stéphane Sangral, Ombre à n dimensions : Soixante-dix variations autour du Je. Préface d’Alain Berthoz. Paris : Galilée, 2014.

Ce recueil se compose de sept chapitres et revient, pour une suite, au premier, de « je » comme « sujet d’un verbe » à « Je tombe ».. La démarche, qui paraît intellectuelle et déductive, tournant autour d’un point qui, à force d’être fixé, en devient de moins en moins discernable puisque le Je, le sentiment d’être soi, échappe à la connaissance et ne se saisit que dans l’épreuve intime au sein de la nuit intérieure, s’appuie toutefois, semble-t-il, sur un effroi, marqué, au premier « chapitre », par ce mot « viol », écrit en caractères gras italiques, plus gros que ce qui précède et déduit, en marchant, du toucher de la mort. Le recueil est dédié à Michaël (1970-1992) ; sous la dédicace, ces mots : « vertigineusement sans toit », puis, en exergue : « Sous la forme l’absence s’enfle et vient le soir / et l’azur épuisé jusqu’au bout du miroir ».

Les notations lyriques affleurent sous la progression du raisonnement, « du / bout des lèvres la mort inspirée », « le temps perdu à corps perdu », à la suite d’une remarque mêlant approche scientifique et trouvaille poétique : « Le cerveau est le lieu où se plie le temps ». Stéphane Sangral est conscient du paradoxe de la connaissance, qui ne peut connaître ce par quoi elle est possible, le sujet. Les différents langages, scientifique, philosophique, poétique, qu’il mêle, et qui se heurtent, révèlent ce tiraillement de la conscience moderne, parfois (souvent) tentée d’abdiquer le caractère inouï de la subjectivité singulière. Pourtant la « foi en l’élan initial » contredit le tragique de la « chose », de la fatalité et du « néant » dans ce qui se présente bien comme « désespoir du signe ». Selon le signe, Je n’est que Je, mais « l’élan initial » est un Tu qui le féconde et vers lequel il tend. Nous abandonnons alors la vaine extériorité du signe pour la réflexive réciprocité du sens. Le vide n’est pas le Je, mais cette seconde personne éludée comme « toit » au tout début, cette absence. Lui fait écho, à la fin, cette « Demeure... / ... sans adresse... », échappant dès lors au Tu, à la réponse, seule possibilité de sens pour nous tous, et plus encore pour un poète.


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