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Soledad Simon, poèmes

27 septembre 2012

par Soledad Simon

Crépuscule


Flottant comme un ballon sur le flot pélagique
À l’heure où tout s’enflamme, à l’heure où tout s’emplit,
Brûlant en nappes d’or le temps qui s’accomplit,
L’œil du monde s’épand, radieux et magique.

De nimbes sertissant l’œuvre cosmologique
Rouge comme un beau sang que l’azur anoblit,
Les nuages au ciel, où s’irise leur lit,
Réverbèrent au vent un écho liturgique.

Lissant le sable blond, la danse des clapots
Aux teints d’agate brune et très riches dépôts,
Sous le feu ruisselant des ardents crépuscules,

Ramène sur la grève, au rythme de son jeu,
En prélude à la nuit, cocon de corpuscules,
Des paillettes de sel et pépites de feu.

Harmonie

Sur le sable engourdi, baigné de solitude,
La vague fraîche étreint ma tiède nudité,
Et le monde absolu, noire limpidité,
Ouvre à mes yeux éclos sa calme vastitude.

En beaux miroirs du ciel, emplis de gratitude,
Ils reflètent les feux de la fécondité
Qui, versant sa splendeur et sa fluidité,
Y enfante l’esprit, l’astre et la magnitude.

Palpable, l’Univers, au silence joyeux,
Pour qui sait écouter, répand ses chants soyeux.
Et le doux vibrato des sphères de platine,

Épousant, des brisants, les accords de cristal,
Embrase d’absolu la voûte adamantine
Dans un souffle d’amour, simple et fondamental.

L’île bienheureuse


Devant ses bras profonds où le bateau s’enfonce,
Et son aiguille noble, et ses monts découpés,
Et son lagon de tulle et jades en drapés,
Le voyageur d’antan détenait la réponse.

Du haut de ses forêts, que ne trouble la ronce,
De ses arbres à pain, par le ciel grand, happés,
De ses pitons verdis, ses sommets escarpés,
L’ermite de toujours aux vanités renonce.

Sa basse caldeira, mousse dans un écrin,
Aspire en son séjour tout déboire ou chagrin
Qu’escamote l’écho d’une cascade ocreuse.

Ses émaux de soleil et ses joyaux de nuit,
Faisaient d’elle jadis, pour l’amant éconduit,
Les exclus ou les rois, une île bienheureuse.

Le labre bleu


Le soleil ondoyant sous les flots onctueux
Berce d’un rêve doux les fonds originaires,
Et les gentils nasons, entre les turbinaires,
Happent le faste éclat des rayons somptueux.

Approchant de mon cou son front majestueux
Avec sa bosse énorme et ses gros yeux lunaires,
Un labre colossal, aux desseins débonnaires,
À ma caresse tend son flanc voluptueux.

Bienveillant, il m’escorte au-dessus des polypes,
Et m’accorde un baiser avec ses grosses lippes,
Chatoyant de pastels comme un caméléon.

Ma main, lissant la soie épaisse de sa robe
Aux cabochons bleutés, craint que ne se dérobe
À son geste ébloui, le beau napoléon.

Près du grand labre bleu


Prince des hautes eaux, ce patriarche étrange,
En ami de toujours qui fait les temps heureux,
Entre mes cuisses rit de ses ronds chaleureux,
Et son tourbillon d’or dit mes rêves orange.

Seigneur qui tout apaise et que rien ne dérange,
Magnifique et léger, le labre valeureux,
Écarte un squale obscur près des essaims peureux
Que sa nageoire bonne emporte dans sa frange.

Tout s’épie et se frôle en l’océan secret
Où rôde le tueur, imprévisible et calme,
Glissant nonchalamment comme une longue palme.

Étreignant mon poisson dans le courant discret,
D’écailles de velours, turquoise mosaïque,
Alors je m’enveloppe en déesse archaïque.

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