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Solberg et Jean-Michel Jeannot

29 septembre 2007

par atelier GuyAnne

Nous avons connu Solberg et Jean-Michel Jeannot quand Brigitte nous avait « recrutés » pour exposer avec elle et ses autres graveurs au Salon des Artistes français. Brigitte a poursuivi son action au Salon, puis transmis son poste de Présidente de la section gravure, trop lourd pour continuer sa gravure personnelle et développer son art transposé à la photographie. Elle a tenu toutefois à rester membre du jury, élue par ses condisciples. Depuis, elle y expose ses photos, avec son frère Jean-Michel, qui y a toujours été responsable de la section photographie et en est devenu le Président. Lors du dernier salon, à l’automne 2006, qui se tenait à nouveau sous la verrière, toute neuve, du Grand Palais, nous avons évoqué ce projet d’entretien, que nous avons mené à bien par la suite.
Que Brigitte et Jean-Michel soient ici remerciés de leur dévouement aux autres artistes et de leur extrême gentillesse avec tous.

Anne. : Brigitte, comment le goût de la gravure vous est-il venu ? Si je considère vos sujets de prédilection, j’ai l’impression que cette inclination est liée à ce qu’on pourrait appeler la minutie des petites choses, une façon de révéler ce qui aurait pu passer inaperçu ?

Brigitte : C’est avant tout la recherche de la lumière, l’évasion, la délivrance Une revanche de l’œil libérateur et de l’opposition du rapport avec le temps. De l’esprit, qui peut en un véritable déclic saisir l’univers de mes estampes, ainsi que de mes autres investigations.
J.M.Jeannot
Instinctivement mes yeux cherchent et captent la clarté frisante, les perles qui scintillent. Tout ce que dans 1"instant une estampe ne peut révéler. Ici c’est le « moment » qui est figé et qui doit faire voir, une synthèse de mes recherches. L’estampe est entrée dans ma vie par une porte étroite. Ma première planche ébauchée à l’hôpital, sous perfusion du bras gauche, je devins droitière, et ce qui m’étonne le plus, –ma main droite reste mon alliée en ce domaine –, cette planche fut proche de mes dessins. L’évolution se fit lentement en explorant, creusant, cernant le cuivre des heures durant. Dans cet univers merveilleux que je ne cesse d"explorer, où le géant côtoie l’univers splendide des sujets plus ténus que j’essaie d’intégrer dans mon travail.

Anne : Comment passe-t-on de la gravure à la photographie ?

Brigitte : Tout sépare la photo de l’estampe. Pourtant la conscience d’un artiste devrait pouvoir faire l’analyse de ces disciplines et les rejoindre dans l’absolu, dans le scintillement de ces lumières claires obscures. Ainsi je retrouve mes amis cachés dans le métal labouré et mon message est le même : louer le Créateur à travers les Beautés qu’il nous permet d’entrevoir.
Pour moi, il n’existe pas, dans l’ordre des valeurs, de petites œuvres. Tous les éléments. Toute flore, toute faune, a sa propre forme son harmonie, sa-beauté intrinsèque. La minuscule fougère déploie des architectures tout aussi parfaites et savantes... que les arches du vieux pont de Dinan… La nature est prodigieuse dans sa diversité et c’est, je pense, l’extrême complexité pour l’artiste de recréer son propre cosmos, différent des univers et des recherches qui nous précédèrent.

Anne : Jean-Michel, comment vous est venu ce goût de la photographie ? A voir votre œuvre, on se dit que vous cherchez dans le réel ce que l’œil, en passant trop vite ou distraitement sur les choses, aurait tendance à éluder ?

Jean-Michel : Aussi loin que je puisse me souvenir, je n’ai pas eu l’impression d’attraper le virus. Je crois que cet amour des belles images est inné. Sans doute mon père et mon grand-père, tous deux photographes, y sont-ils pour quelque chose. Mais il y a eu des évolutions. Toute ma carrière s’est effectuée comme cinéaste dans le domaine documentaire et scientifique. Comme un motif sélectionné est toujours une obsession, ma vision des images s’est fixée sur des sujets qui me sont plus familiers et en particulier dans la nature. J’aime maintenant présenter des macrophotographies qui reflètent un état d’âme ou simulent ici ou là une peinture abstraite. je préfère du reste dire « non figurative ». Et, très vite, au fil du temps, je me suis rendu compte que l’œil du quidam n’était pas sensible sur le site à ce que je voulais mettre en valeur. Maintenant, je suis persuadé que ce n’est pas l’œil qui fait le tri, mais le cerveau.

Anne : Quelles sont les étapes du travail, de la prise de vue au tirage ?

Jean-Michel : Oui, vraiment, il faut s’en soucier. Et d’autant plus que mon cursus est celui d’un technicien. Comme, en général je suis perfectionniste, j’évite par exemple de travailler sans pied. Dans tous les cas, je me refuse à pratiquer les truquages. Puisque je confie le développement et le tirage à des prestataires spécialisés, j’ai l’habitude de considérer le premier jet comme un modèle. Modèle qui sert pour établir des agrandissements sur lesquels je ne tolère aucune dérive, ni en intensité, ni en coloris. Vous l’avez compris, la filière argentique reste ma favorite. je considère le numérique comme un notebook dont l’examen sur ordinateur avec grand écran est particulièrement flatteur. Cependant de bons agrandissements à l’imprimante restent difficile à obtenir et à quel prix !

Gravure de Solberg
Anne : Vous vous occupez tous deux des expositions de gravure et de photographie au Salon des Artistes français. Comment partage-t-on avec les autres quand on se consacre à une activité artistique ? Est-il important de partager ? Que partage-t-on ?

Jean-Michel : A partir du moment où l’on est intégré au sein des Artistes français ou d’un autre salon, on se sent solidaire et l’on se rend compte que c’est une grande famille. Les heurts et les jalousies existent bien, mais le but de chacun est, avant toute chose, de montrer sa façon de voir, de s’exprimer, que ce soit avec un pinceau, un burin, une gouge, un bédane ou un objectif. C’est donc la manière de partager ensemble, de section à section, et de faire partager aux amateurs, au public, aux collectionneurs, nos tendances, nos façons de réaliser les images ou volumes qui meublent une grande partie de nos vies, nous passionnent et nous permettent d’exister.

Anne : Merci à tous deux. Nos lecteurs vous retrouveront donc, cet automne, au Salon des Artistes français.