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Shakespeare

1er mai 2008

par Anne Mounic

William Shakespeare, Sonnets. Texte établi, traduit de l’anglais et présenté par Robert Ellrodt. Edition bilingue. Arles : Actes Sud, 2007.

« Shakespeare, » écrit Robert Ellrodt dans sa Présentation à sa traduction des Sonnets, « comme on peut le constater à propos de ses poèmes narratifs, a rarement innové par la création d’un genre ou le lancement d’un style. Mais lorsqu’il s’empare de ce que d’autres ont mis à la mode, il le métamorphose "en une chose riche et étrange" (comme en la chanson d’Ariel dans La Tempête, 1, 2, 404). Métamorphose accentuée dans les Sonnets par une rupture avec la plupart des conventions du genre, qu’il s’agisse des thèmes, des émotions ou du ton. » (p. 22) Le poète s’y présente « tel qu’il se voit » (p. 30) et ouvre, avec la poésie « une autre voie vers l’immortalité » (p. 23). Rappelant l’acte V d’Antoine et Cléopâtre, dans lequel « la foi de Shakespeare en l’amour » se nourrit de « l’extase esthétique éprouvée dans la création poétique » (p. 33), Robert Ellrodt affirme que « la parole du poète ouvre à l’amour humain dans certains sonnets le droit d’accéder à l’immuable », en insistant sur le fait que « l’archétype de toutes ces perceptions n’est pas rejeté hors du monde » (p. 39) en dépit de quelques réminiscences platoniciennes.
Le traducteur expose ensuite brièvement ses principes : abandon de la rime, respect de la strophe et de la longueur des vers, présence du rythme, assouplissement des règles classiques. (pp. 52-53) Nous donnerons comme exemple la traduction du Sonnet 33 :

“Full many a glorious morning have I seen
Flatter the mountain-tops with sovereign eye,
Kissing with golden face the meadows green,
Gilding pale streams with heav’nly alchemy,
Anon permit the basest clouds to ride
With ugly rack on his celestial face,
And from the forlorn world his visage hide,
Stealing unseen to west with this disgrace.
Ev’n so my Sun one early mom did shine
With all triumphant splendour on my brow ;
But out, alack, lie was but one hour mine ;
’Me region cloud hath masked him from me now.
Yet him for this my love no whit disdaineth ;
Suns of the world may stain, when heav’n’s sun staineth.

J’ai vu plus d’un matin radieux caresser
Les cimes des montagnes de son œil souverain,
De son visage d’or baiser les prairies vertes,
Dorer les cours d’eau pâles par divine alchimie,
Mais permettre bientôt aux plus viles nuées
De traîner leur laideur sur sa céleste face,
Du monde abandonné détournant son visage
Pour fuir, caché, vers l’ouest avec cette disgrâce.
Ainsi, tôt, un matin, mon soleil a brillé
Et sur mon front jeta sa splendeur triomphale ;
Mais, hélas, il ne fut à moi qu’une seule heure ;
Un nuage là-haut me le masque à présent.
Mon amour n’en est moindre : fils et soleils du monde
Peuvent avoir des taches quand le soleil en a. »

Robert Ellrodt, professeur émérite à l’Université de Paris 3 Sorbonne nouvelle, a également traduit John Donne et John Keats (Imprimerie nationale, 1993 et 2000) ainsi que Shelley (Actes Sud, 2006).


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