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Serge Ritman, poèmes

29 avril 2012

par Serge Ritman

Nos éclaboussements de fleurs

je danse avec nos fugues nos tremblements
tout en tournoiements je dis vrai en rythme
tu me répètes vertigineusement me répètes

encore encore tu danses dans ta robe coquelicot
je fugue une litanie de vers lignes survoltées
un violon sur tous les toits il court au galop
 
derrière la mélodie du ciel ses étoiles filent
toujours plus vite

au plus près dans nos lointains
tout rouge en fugue
ma gorge pour un cri enroulé à
tes seins je danse
 
la fleur n’est pas une image
tu dis coquelicot et je vois
un ciel
de toi

des pétales en manège
mes chevaux caracolent autour je saute en rond en rond de chanson
la fleur s’imagine
ma neige tourne bourrique me déflore
ritournelles et coccinelles bêtes à bon petit diable
échangent nos stigmates nos pistils
corolle et calice tournent montés à fleur de peau
florissante
 
en cœur sur la main où le cœur
en bouche sur tes lèvres déborde
où le cœur en fesse sur tes joues déplace
sur la main j’ai ton cœur te le donne
mon cœur sur tout le corps bat sans
mesure vers ton rythme par cœur
 
passionnément tu dis coquelicot et je vois
ton ciel et je bois ton noir et
d’éclairs ou d’étoiles je te retourne
tu me danses de pétale en aile

nous reconnaîtrons

rêve c’est dans la salle ronde ou octogonale en plein louvre et
au milieu les makom de michal rovner je t’attends en archéologie
du présent mon cadeau c’est juif palestinien haïfa au moins deux fois
les quatre saisons de nicolas poussin se font face dessine si tu vois
il est né en 1694 près des andelys et mort à rome en 1665 on voit
en bas les deux maisons une ruine et l’autre nous y dormirons
une nuit l’autre jour pierres noires et blanches notre lieu double
 
golan et gaza

la foule est enfin dispersée et sommes seuls en milieu des saisons
au louvre dernières toiles du maître nous écoutons en traduction
simultanée mais une oreille dans les cafés d’haïfa nos deux amis
 
marlena andreï

marchons à reculons et nous arrêtons dos contre dos
alors tu dis ce que tu vois et je dis ce que je vois mêlant
nos murmures ces pierres à qui leur poids un tour et un tour
et d’un quart de tour je dis ce que je vois tu dis ce que
tu vois les quatre tournent et les années ne comptent plus
les quatre tableaux de poussin tournent dans nos voix
voyantes de dos nous tournons tournons les saisons se
fondent dans nos dos nos dos espace des saisons temps
perdu trouvé caché montré défait refait makom coma
nous n’avons que nos voix et les frémissements du dos
progressivement nos mains maçonnent makoment
se touchent et se serrent entre les pierres tu me vois
dans le silence d’une chaleur nous nous retournons
devant l’été et c’est notre été le premier baiser toujours
le premier dans l’interstice entre deux maisons
ruth et booz et cinq chevaux et treize hommes
ou femmes nous ont vus nous serrer les lèvres
nœuds de salive et voix ensilencées poussin
crie
la peinture crie toujours pas l’œil écoute mais j’entends
cette voix chaque pierre une voix et combien de voix
n’achevez pas sans vous renverser dans mon printemps
puis l’automne au calme redoutable ouvre à l’hiver
un enfant est sauvé et nous tournons tournons d’une saison
l’autre vers la lumière d’arcadie tout près nous faisons
notre louvre notre château de ce premier baiser des quatre
saisons makom makom deux maisons circonflexe toi
les sembles pas logés à même enseigne mais en louvre

ai toujours peur de ne pas t’envoyer ce qui ne cesse
ai peur de ne pas partir alors que le corps ne cesse
 
de partir
 
tout trouble ton secret s’arrête toujours sur mes lèvres
mais ne cesse de gronder ton secret me déborde vers
 
toujours malade
d’amour de mains
emmêlées lèvres et
cuisses et voix
enchevillées par tous
nos cheveux-poèmes

vent se retourne se renverse t’arrive pour t’envoler te précipiter
nos mots
nos voix
 
et ce corps il t’entre de partout c’est ta résonance à fond de voix
c’est ta résonance me traverse de corps en corps un jour la nuit

j’écris pour ne pas avoir
de retard pas un jour
sans j’ai si peur de sans
 
la prétérition n’est pas de mise : je préfère me tacher, me piquer à tes mûres – ne sont-elles fruits de la ronce – plutôt que de ne pas en écraser sur tes lèvres : tu sens leurs petits grains dans nos dents – et ce ne sont pas encore fruits si nous préférons les fleurs…

si peur de ne plus pouvoir mais le temps ne sera rien il ne nous aura pas peur

je ne dors pas ou quand je dors c’est aussitôt la cavalcade des mots phrasés qui une fois réveillé sont perdus enfouis où parce qu’ils ont trop fait l’amour trop couru les fleurs trop volé sur ton aile dans tes airs vers alors j’écris mais tout ou presque – ces cendres que j’essaie de réchauffer – tout ou presque si peu peine à (re)venir – mes revenants ne sont jamais des poèmes il faudrait qu’ils t’aient trouvée au moins que tu viennes en leur compagnie – alors à moins que je te lise et te poursuive
mais écoute ce conte de la source et du fleuve tu sais conclut Kierkegaard c’est au fond de l’océan alors va pour au fond des nuits perdues des rêves envolés et des poèmes brûlés
je te cours après te poursuis alors sans cesse espère te voir une fois arrêtée pour tomber ensemble dans nos poursuites de nuits claires nos éclaboussements de fleurs

(Extraits de tu pars je vacille.)


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