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Sens

1er mai 2008

par Anne Mounic

Sens. Revue publiée par l’Amitié judéo-chrétienne de France. Décembre 2007.

Directeur : Yves Chevalier.

Comité de rédaction : Richard Ayoun, Alain Boyer, Bruno Charmet, Madeleine Cohen, Anne-Marie Dreyfus, Père Jean Dujardin, Marc Knobel.

Ce numéro, de décembre 2007, comprend une étude d’Olivier Rota sur Elie Wiesel : « Choisir le français pour exprimer l’indicible : Elie Wiesel ». Celui dont la langue première, celle des émotions, est le yiddish, choisit le français, « langue logique et claire » (p. 664) pour témoigner de son expérience de la Shoah. La rencontre des œuvres d’Albert Camus n’aura pas été pour rien dans ce choix : « Pour Camus comme pour Wiesel (mais ce sera valable pour tous ceux qui prendront part à l’existentialisme), la littérature est une force politique qui peut œuvrer en faveur d’un changement social. Pour Wiesel, l’art pour l’art n’a plus de sens. La Shoah a mis fin à l’innocence littéraire. » (p. 663)
Nous trouvons aussi, après l’éditorial de Paul Thibaud, un entretien de Claude Vigée avec Christine Pellistrandi, introduit par Olivier Moulin-Roussel, sur Jérusalem : « Jérusalem s’est édifiée en moi » :
« Et cela [le chapitre 6 de l’Exode] je l’ai appris par coeur, je l’ai chanté en public à la synagogue, dans la semaine de mes treize ans ; et cela aussi a eu une extrême influence sur moi, parce que le contenu de ce chapitre 6 de l’Exode, c’était déjà, pour qui veut écouter, le chemin tracé vers Jérusalem, en même temps qu’une expérience tout à fait étrange, intérieure cette fois-ci, pas une expérience de mythe ou de rêve, mais une expérience beaucoup plus abstraite, plus sévère si l’on peut dire, de la présence de la Parole divine en moi. J’ai senti, à treize ans, que ce que Dieu disait à Moïse et que je devais chanter, donc intérioriser, s’adressait vraiment à chacun de nous. En tout cas, à chaque enfant d’Israël et c’était un ordre de marche aussi. Tout cela, et l’épouvantable épreuve de la Shoah, m’ont préparé à écouter la Parole de Dieu. Non seulement Jérusalem s’est édifiée en moi, mais je me suis édifié grâce à Jérusalem.
Pour revenir à une période plus récente, les quarante ans passés à Jérusalem, de 1960 à 2000 inclus, ont été des années d’une extrême richesse et d’une grande joie mêlées continuellement à de l’angoisse, vous pouvez vous imaginer pourquoi. Mais une joie, justement, peut être liée à ce risque, parce que rien n’est sûr, rien n’est donné pour toujours... La Jérusalem biblique matérielle, et bien sûr la Jérusalem spirituelle qui est sa face cachée, tout cela n’est pas né dans le luxe, mais au contraire dans un manque, dans une extrême pauvreté, menacé de mort dès le début. »