Temporel.fr

Accueil > à l’écoute > Notes de lecture > Roger Scott, par Michèle Duclos

Roger Scott, par Michèle Duclos

1er mai 2008

par Michèle Duclos

Pierre Jean Jouve, Despair Has Wings, Selected Poem. Translated by David Gascoyne, edited by Roger Scott. London : Enitharmon,2007.

Les éditions Enitharmon (Londres) publient, sous la direction du professeur Roger Scott spécialiste entre autres de David Gascoyne, et Kathleen Raine, des traductions de poèmes (publiés en revue, ou inédits voire à l’état d’ébauche) et de deux essais de Pierre Jean Jouve, par David Gascoyne qui fut son ami (et aussi l’analysant de Blanche Reverchon Jouve). Né en 1916, génie précoce, à l’occasion de séjours parisiens au début des années trente, Gascoyne y découvrit Hölderlin à travers le poète français dont il reconnaissait l’influence sur lui à l’égal de celle de Rimbaud et de Fondane, par delà même sa fréquentation des surréalistes français qu’il traduisit et contribua largement à faire connaître dans son pays. Jouve et Gascoyne menaient une quête spirituelle et communiaient dans l’admiration de Mozart et d’Alban Berg. Un projet de volume de poèmes traduits de Jouve, initié par Tambimuttu pour Poésie London en 1945 échoua en raison de la mauvaise santé de Gascoyne mais celui rendit hommage au poète de Noces et de Sueur de Sang à plusieurs reprises par des essais et des préfaces repris également dans ce volume. Qui s’ouvre en épigraphe par un poème d’Elizabeth Smart repris du livre d’hommage au poète anglais pour son soixante-quinzième anniversaire ; nous proposons une version française de ce poème qui insère en français une citation de Jouve qui donne son titre au présent volume :

« Je me rappelle avoir été là
Quand les bombes incendiaires sabraient la rue
Assise sur l’escalier
Sous vos pieds
Deux bébés dans les bras
Et vous lisiez Baudelaire.

Alors que les flammes bondissaient
Et que les gens couraient avec de l’eau
J’étreignais ma fille
Et mon fils et pleurais.
Vous dites : « Le désespoir a des ailes
L’amour a pour aile nacrée
Le désespoir
Les sociétés peuvent changer. »
Vous avez cité Jouve.
Nous sommes restés sans bouger
Jusqu’ à ce que tout soit calme
Et découvrions que nous n’étions pas morts. ».

(Signalons que d’importants dossiers sont consacrés à David Gascoyne dans les numéros 2 et 3 de la revue en ligne temporel fr (on y retrouvera Pierre Jean Jouve dont l’essai « Inconscient, spiritualité et catastrophe » (Préface à Sueur de Sang), traduit en 1941 par Gascoyne pour Poetry London, est cité largement dans son essai à ce jour inédit « Poetry, Environment : Catastrophe » présenté par Roger Scott).


temporel nous contacter | sommaire | rédaction | haut de page