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Richards Burns : poèmes

1er mai 2008

par Arijana Mišić-Burns, RICHARD BURNS

For some time I have been working on a project entitled MANUAL. The collection will initially consist of 100 poems in celebration of hands. Each poem is divided into ten lines (fingers) and two stanzas (for obvious reasons). Some of the poems explore : iconography and painting ; the histories and symbolisms of gestures ; the chakras, energy medicine and pranic healing ; myth, dream and legend ; and (most recently) some cross-overs between biology and archaeology (origins of culture in primate behaviour), as well as various other things that interest me.

Richard Burns
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Images de Arijana Misic Burns


Je travaille depuis quelque temps sur un projet intitulé Manuel. Le recueil au départ se composera de cent poèmes célébrant les mains. Chacun d’eux est un dizain (dix doigts) fait de deux strophes (pour d’évidentes raisons). Mon champ d’investigation est le suivant : iconographie et peinture ; récits et symbolismes des gestes ; chakras, médecine de l’énergie et thérapie pranique ; mythe, rêve et légende ; et (très récemment) quelques passerelles entre biologie et archéologie (des origines de la culture dans le comportement des primates), ainsi que diverses choses qui m’intéressent.

Join hands

This left hand of mine now packing this page with script
and this right hand steadying the same page’s edge
together reach out to your hands that hold and turn
the same copy in another time entirely your own
or click or flick an icon to resurrect its appearance

which curiously means that exceedingly far
across time and space and despite our mortalities
you and I join hands through poetry in a kind
of peace and harmony that is unshakeable and this
is a bond and a pledge and a gift


Mains jointes

Cette main gauche dont je me sers pour emplir cette page d’écriture
et cette main droite qui retient le bord de la même page
se tendent ensemble vers vos mains qui saisissent et tournent
ce même exemplaire à un autre moment tout à votre convenance
ou cliquent, suppriment, un icône pour le faire réapparaître

ce qui curieusement signifie qu’à des lieues
dans le temps et dans l’espace et malgré notre mortalité
vous et moi joignons nos mains par la poésie en une sorte
de paix, d’harmonie, inébranlable, ce qui crée
un lien, un engagement, un don

Midwives

Midwives calling Push and Breathe and Push Now
who cradle mucus-stained bloodied heads of infants
falling bawling into this world are careful to guard
the delicate fontanelle for this is said to be a heavenly
gate surrounded by discernible rings of power and light

and because the first organ of a newborn child to emerge
into its birthplace is its glory this the skilled midwife
cradles between her gifted hands and releases just
before the following head and body are squeezed out
and she knots umbilicus and disposes of placenta


Sages-femmes

Les sages-femmes qui dissent Poussez, Respirez et Poussez maintenant
et recueillent la tête en sang, souillée de mucosités,
des bébés braillant au seuil de l’univers, prennent grand soin
de la délicate fontanelle, la porte du ciel, dit-on en effet,
qui tient en son orbe les anneaux perceptibles de lumière et de puissance

et parce que le premier organe qui apparaisse d’un nourrisson
en sa venue au monde est sa gloire ce que la sage-femme, habile,
recueille entre ses mains expertes, pour le relâcher
avant que le reste de la tête et le corps soient expulsés,
qu’elle noue le nombril et jette le placenta

I am morning

The man beat his chest with his hands
and called to the forests rivers and lakes
I am morning and you shall remember me
then he turned and called
to the seas mountains and clouds

I am a builder and you shall remember me
and he stooped and scooped a handful of earth
and he mixed earth with a little water
and so a mud-daubed house
began to grow between his bare hands

Me voici, matin

L’homme se frappa la poitrine de ses mains
et interpella forêts, fleuves et lacs
Me voici, matin et vous vous souviendrez de moi
puis se retourna et héla
mers montagnes et nuages

Je bâtis et vous vous souviendrez de moi
Il se pencha, prit dans ses mains une poignée de terre
qu’il mélangea avec un peu d’eau
C’est ainsi qu’une maison barbouillée de boue
se mit à croître entre ses mains nues


Somebody dropped a silver coin

Somebody dropped a silver coin.
It span and rolled and tumbled
into a crevasse, where it melted.
From a volcano popped a bubble
and in the upper air its filmy skin

congealed into a drop that froze
and landed. A boy out walking
picked it up and kept it in his pocket.
He clutched it whenever he needed
to think of an answer or make a real wish.


On a fait tomber une pièce d’argent

On a fait tomber une pièce d’argent.
Elle a tournoyé, roulé, dégringolé
dans une crevasse, où elle a fondu.
Sur un volcan a surgi une bulle
dont la fibre, transparente, prenant son essor

en une goutte s’est figée, goutte qui gela
et revint à terre. Un garçon passant par là
la ramassa et dans sa poche la conserva.
A chaque fois qu’il lui fallait songer à une réponse
ou faire un vœu véritable, dans sa main il la pressait.

Through fingers

A tree owns nothing
but basks in the singular
scarcely discernible
circle of glory linked
by its branches through air.

Where do I belong ? Why
wherever you’re planted
in forest or prairie or garden.
So spoke the wind to a girl
through fingers she peered between.


Entre les doigts

Un arbre ne possède rien
mais se prélasse dans le singulier
à peine perceptible
cercle de gloire que sa ramure
rassemble dans l’air.

Où est ma place ? Eh bien,
où tu es plantée
forêt, prairie ou jardin.
C’est ce que le vent dit à la fillette en soufflant
entre ses doigts, à travers lesquels elle contemplait l’univers.

In the hospice

I loved a boy once, said the old woman
in the hospice. He was pure when he fell.
In his last letter he told me
he was keeping himself for me.
He comes back when I’m sleeping.

He places fingers over my eyelids
and his smile protects my back.
He has turned into a white owl
perched on the eaves. His hands
have changed into wings to take me away.

A l’hospice

J’aimais un garçon, jadis, dit la vieille femme
à l’hospice. Quand il tomba, il était pur.
Dans sa dernière lettre, il me disait
qu’il ne voulait aimer que moi.
Il me revient dans mon sommeil.

Il pose les doigts sur mes paupières
et son sourire, protecteur, me suit.
Il s’est transformé en blanc hibou
perché sur la saillie du toit. Ses mains
sont devenues des ailes, pour m’emporter.

Faces at the winter window

So there they fly again
there they come and go
faces at the winter window
pressing hands on the pane
in a battering of snow

Glass frosts with breathless breath
shudders in soundless wail
thoughts fade histories pale
back these have come through death
through me in snow and hail


Visages, l’hiver, à la fenêtre

Les voici qui s’envolent à nouveau
les voici qui vont et viennent
ces visages, l’hiver, à la fenêtre
les mains sur la vitre appuyées
en un tumulte de neige

Le verre se givre de leur souffle haletant
frémit de leur plainte muette
les pensées s’estompent les récits blêmissent
Ceux-ci, de retour, ont traversé la mort
et moi-même dans la neige et la grêle.

Search by touch

The face I stretch towards dissolves before
my eyes can make her out, in mist and dark.
With hands prepared to see, I reach therefore
past all that intervenes, to find the mark.
Hands fill all space between us with their labour.

However minuscule the gap between,
however close, however intimate,
her face, though known too well, remains unseen
and that space, never less than infinite,
means that my search by touch must last for ever.


A tâtons

Le visage vers lequel je tends s’évanouit
avant que de mes yeux je la distingue, dans la brume, dans le noir.
Les mains disposées à voir, je franchis dès lors
tout ce qui s’interpose, pour atteindre mon but.
Les mains, de leur travail, emplissent tout l’espace qui nous sépare.

Aussi minuscule que soit la faille,
aussi proche, aussi intime,
son visage, si familier pourtant, me demeure invisible
et cet espace, qui défie l’infini,
signifie qu’à tâtons, ma recherche à jamais doit se prolonger.

From the other side

But these hands cannot bring back the dead
who might have had more time
who should not have gone when they did
whose voices keep clamouring
even though they’re dumb

from the mirror the lake the sky
from the coin the city the rose
from the book the photo the portrait
from the other side of everything
let us back in give us another chance

Sur l’autre rive

Mais ces mains n’ont pas le pouvoir de ramener les morts
qui auraient pu disposer de plus de temps
qui n’auraient pas dû partir à cet instant-là
dont on perçoit encore les voix, à corps et à cri,
même dans leur mutisme

du miroir du lac du ciel
de l’effigie de la ville de la rose
du livre de la photo du portrait
nous qui séjournons sur l’autre rive de toute existence
laissez-nous revenir donnez-nous une seconde chance.



Door

The door she stands in is a blaze of light
that scrolls behind her in a quilt of shades
and dazzlings edged with stunning blindnesses
spotting your vision in a hazed confusion
and she a dark breach in the afternoon

a starkness a dense slab of silhouette
blocking all elsewheres from your space called here
and ramifying into corridors
of memory and dream surrounding it
until stooping she takes your hand in hers



Seuil

Le seuil sur lequel elle se tient est une flamme de lumière
pareille à un rouleau derrière elle en un édredon de ténèbres,
des éblouissements frangés de stupéfiantes cécités
qui mouchettent la vision dans une brume confuse
et elle, brèche d’ombre en l’après-midi

tranchée dense masse d’une silhouette
obstruant tous les ailleurs de l’espace que tu nommes ici
qui s’égaille en un réseau de couloirs
du souvenir et du songe alentour
jusqu’à ce que se penchant, elle prenne ta main dans la sienne


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