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Richard Aldington, traduit par Sarah Montin

25 avril 2015

par Sarah Montin

Richard Aldington
Images of War/Images de la guerre, 1918

Proem

Out of this turmoil and passion
This implacable contest
This vast sea of effort
I would gather something of a repose,
Some intuition of the inalterable gods.
 
Each day I grow more restless,
See the austere shape elude me,
Gaze impotently upon a thousand miseries
And still am dumb.
 
Living Sepulchres

One frosty night when the guns were still
I leaned against the trench
Making for myself hokku
Of the moon and flowers and of the snow :
 
But the ghostly scurrying of huge rats
Swollen with feeding upon men’s flesh
Filled me with shrinking dread.
 
Two Impressions (I)

The colourless morning glides upward
Over the marsh and ragged trees.
 
Though our mood be sombre
And our bodies angry for more sleep,
 
This feathered softness of pale light,
 
Falling negligently upon us,
Delights us.
 
Insouciance

In and out of the dreary trenches
Trudging cheerily under the stars
I make for myself little poems
Delicate as a flock of doves.
They fly away like white-winged doves.
 
Outpost Duty

The long autumn grass under my body
Soaks my clothes with its dew ;
Where my knees press into the ground
I can feel the damp earth.
 
In my nostrils is the smell of crushed grass,
Wet pine cones and bark.
 
Through the great bronze pine trunks
Glitters a silver segment of road.
Interminable squadrons of silver and blue horses
Pace in long ranks the blank fields of heaven.
 
There is no sound ;
The wind hisses gently through the pine needles ;
The flutter of a finch’s wing about my head,
Is like distant thunder,
And the shrill cry of a mosquito
Sounds loud and close.
 
I am “to fire at the enemy column
After it has passed” –
But my obsolete rifle, loaded with blank
Lies untouched before me,
My spirit follows after the gliding clouds,
And my lips murmur of the mother of beauty
Standing breast-high in golden broom
Among the blue pine-woods !
Proème

De cette fureur et de cette fièvre
De cette lutte implacable,
De ce vaste océan d’effort
Je voudrais tirer quelque quiétude,
Quelque intuition des dieux immuables.
 
Chaque jour je m’inquiète davantage,
Je vois cette forme austère qui m’échappe
J’assiste, impuissant, à mille misères,
Et toujours je reste muet.
 
Vivants sépulcres

Une nuit glaciale que les canons se taisaient
Le dos contre la tranchée,
Je m’inventais des haïkus
Sur la lune et les fleurs et la neige :
 
Mais la course spectrale de grands rats
Gorgés de chair humaine
M’emplit d’effroi.
 
Deux impressions (I)

Le matin incolore glisse
Au-dessus des marais et des arbres en bataille.
 
Malgré notre humeur sombre
Nos corps furieux de fatigue,
 
Ce duvet de lumière pâle,
Qui négligemment nous recouvre,
Nous enchante.
 
Insouciance

Je vais et je viens dans les tranchées tristes
Le pied lourd, le cœur léger, sous les étoiles
Je m’invente des petits poèmes
Délicats comme une volée de colombes.
Ils s’envolent comme des blanches colombes.
 
En avant-poste

Sous mon corps, l’herbe longue de l’automne
Inonde mes habits de rosée ;
Et, sous mes genoux, contre le sol,
Je sens la terre humide.
 
Dans mes narines, l’odeur de l’herbe broyée
Les pommes de pins mouillées,
L’écorce des arbres.
 
Entre les grands pins de bronze
Scintille le chemin argenté
Où d’interminables escadrons de chevaux bleu et argent
Arpentent en longues rangées les champs vides du paradis
 
Tout est silencieux
Le vent siffle doucement parmi les aiguilles de pin
L’aile d’un pinson frôle ma tête
Et gronde comme un orage lointain
Le cri perçant d’un moustique
Sonne haut et fort.
 
Je dois « tirer sur la colonne ennemie
Après son passage » –
Mais mon vieux fusil chargé à blanc
Reste au sol devant moi
Mes pensées poursuivent les nuages fluides
Et j’appelle doucement la mère de la beauté
Debout dans le genêt doré
Entre les pins bleus !

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