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Rafael Concejo : poèmes

1er mai 2008

par Rafael Concejo

Les arbres ne perdent pas leurs feuilles ; ils les donnent. Pour que la terre ait une âme, pour que les hommes ne renoncent pas à la vie.
Ils s’endorment dans l’attente d’une nouvelle jeunesse pendant que certains hommes offrent leur corps à l’éternité. Passage de noirs nuages au-dessus du fleuve jaune. Nuits emportées par le souffle d’un enfant ramassant des branches mortes le long de la rive et qui brûleront dans le cœur glacé de l’hiver.

*

Dans le jardin, de vieux objets fissurés. Exhumés, la terre n’en confesse pas pour autant l’usage. Les laver, risquerait d’effacer un détail, une inscription précieuse. Il faudra donc procéder avec soin, être patient. S’insinuer parmi un enchevêtrement de feuilles, brindilles et bouts d’écorce, afin d’y libérer un parfum ; le nom d’une fleur, retiré délicatement au temps. Puis remonter ce fleuve aux blanches rives de sable fin. Les arbres pareils à des barques échouées y portent encore les racines de l’ancienne forêt où les hommes abandonnèrent le vert royaume des feuilles.

*

A travers les fissures de la roche, glisse le nom d’une ville. Ce n’est pas le vent qui invente un mensonge, c’est un poème que réchauffe la mémoire du soleil. Et les pierres qui semblent à nouveau grandir reviennent à ce temps où les hommes croyant en l’immortalité, sacrifiaient des corps innocents. Derrière la muraille s’élevait l’empire.
Des cavaliers, des paysans arrachés à leur terre, des armées plusieurs fois enterrées par la poussière des distances parcourues. Les flammes des torches qui toujours étaient allumées. Les lames des épées prêtes à trancher. Les gémissements des hommes brisés par la fatigue et l’effort. La promesse d’une vie meilleure. Les yeux regardaient les dieux nuages. Les derniers vestiges d’un désir secrètement gardé dans le cœur ; la liberté.


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