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Printemps des poètes 2013

20 avril 2013

par Anne Mounic

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Cueillez, cueillez votre jeunesse

Voix, instant, individu

La voix est une expérience, expérience du silence tout d’abord, paradoxalement. Vous descendez en vous, sondant ce fourmillement de sensations sans nom, qui échappent à la lumière. Et puis vient une disposition, une ouverture, d’où peu à peu émanent les phrases, en une cohérence de rythme et de sens. Telle est la voix première, qui s’élève à la lumière et appelle d’autres voix, tout d’abord ce « tu », qui paraît n’être qu’écoute, mais qui, en fait, si vous creusez un peu plus profond, s’avère être la source. C’est au sein de cette possibilité de réponse que se peut la voix, puis la parole, qui lui donne forme.
Il n’est, me semble-t-il, de parole authentique et accomplie que grâce à la confiance que suscite cette complicité du Je et du Tu. Ce dernier fait jaillir la voix première, qui donne voix, par la suite, à chaque chose. Rien n’est objet dans le poème. Rien n’y demeure inerte. Tout y vit au commencement. Le poème lui-même, à chaque lecture, recommence. Le lecteur, disant pour lui le poème, éprouve lui aussi un nouveau commencement, qui reprend l’instant présent de composition de l’œuvre. « Dans le présent le passé restauré ! » s’écrie Baudelaire dans le poème 38 des Fleurs du Mal, « Un Fantôme », II. « Le Parfum ».
Ainsi, ce qui se transmet par la voix n’est autre que l’expérience individuelle de l’instant présent. Aucune autre perspective que la perspective poétique ne vous la donnera. La science généralise ; l’histoire également, d’une façon différente. Cet abord de la connaissance définit son objet et approfondit objectivement ses principes. Une partie de la philosophie néglige l’individu, mais le poète établit un dialogue fécond avec le philosophe existentiel.
Le poème, ou l’œuvre littéraire qui opère ce genre de ressourcement poétique, approfondit la subjectivité dans l’instant de la voix. Le lecteur dès lors, avec le poète, prend conscience, intimement, de la haute valeur de cet instant par lequel l’individu affirme son être et sa légitimité. Le poème donne chair à la singularité du présent, et le transmet.
Lorsque quelque chose vous advient, qui vous trouble, vous met en colère, vous émeut ou vous emplit de joie, vous avez envie de le raconter, car, en le racontant, vous figurez pour un « tu », et donc également pour vous-mêmes, ce qui vous a émus. L’instant, dans le récit que vous en donnez, prend toute son existence. C’est ce que j’appelle « esprit du récit ». Par-delà notre existence, il nous lie aux siècles antérieurs, grâce aux grandes œuvres, et aux siècles à venir, grâce à ce que nous pouvons dire aujourd’hui.
Grâce à la voix individuelle qui donne chair à l’instant dans l’œuvre de parole, le présent, celui de notre vie, rayonne pour ces « tu » que nous n’avons pas connus et ne connaîtrons jamais, si ce n’est par cette transmission de parole, par ces échos et ces résonances qui nous donnent en partage notre humanité.
Le poète creuse l’instant présent tandis que celui-ci s’étoffe des voix des autres ‒ non seulement celle des autres poètes, mais aussi celle de ses amis, de ses parents, de tous ceux et celles qu’il aime, ou bien les voix de rencontres fugitives. Cela signifie que le souci de la voix singulière implique une extrême attention à la voix d’autrui, une sorte de sensibilité exacerbée à ce don de la parole. La voix s’affirme au mieux dans la reconnaissance de toute voix.

Il ressort de ces quelques remarques que la notion de voix est centrale en poésie. L’initiation à la voix constitue donc une initiation au poème. Durant les trois rencontres que nous avons organisées, nous sommes partis de la voix qui dit le poème et nous restitue son rythme, son souffle et son émotion. Nous nous sommes attardés à la notion de persona, puisque le poète peut prêter sa voix à quelqu’un d’autre. Nous avons ensuite envisagé l’aspect dramatique du dire poétique, un Je s’adressant à un Tu. Descendant encore un peu plus profond, nous prenons la voix au sens de puissance singulière de vie, puis d’expression. Nous voyons alors que le poème, ou chant, possède une vertu restitutrice aussi bien que réparatrice puisqu’il permet au poète et à son lecteur d’assumer son destin. Le 15 novembre, notre perspective fut introduite, puis les élèves ont lu par groupes quelques poèmes en prenant soin de leur lecture. Le 10 janvier, nous nous demandons : Qui parle dans le poème ? La voix singulière crée une multitude de voix. Le poète donne voix à tout être, à toute chose ; lui insuffle sa puissance subjective. Le 1er mars, les élèves lisent leurs propres poèmes, envoyés et discutés au moyen d’Internet, avant de se trouver dans le recueil publié collectivement. A défaut de poèmes, ils pouvaient réagir par une ou deux phrases à un mot, dont la liste leur fut donnée dès la première séance, chacun de ces mots se trouvant dans les poèmes proposés à la lecture. Je lis quelques-uns de mes poèmes et réponds aux questions.


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