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Poésie : Yvon Le Men

9 mars 2007

par Yvon Le Men

Marcher ou raconter la marche

Il fait beau.

Mais qui
fait quoi ?

Qui a commencé

lui
ou la journée ?

Ce matin, quand le ciel traversa la rue, je me retournai : il faisait beau ! Les mouettes avaient l’air contentes ; la température et les pulls se laissaient aller, s’ouvraient autour du cou comme une échancrure dans le printemps.
La peau, sur les corps, était fatiguée de pluie et de grêle. Et j’eus l’appel du large, comme un coup de main sur l’épaule, par le chemin douanier. Mais, aussi, le désir me prit de partager cet instant, bleu, par la feuille jusqu’au poème.

Il écrit :
les mouettes sont heureuses…

à leur façon de se poser sur le vent.

Lequel me nourrit ? Si j’écris, je ne marche pas. Si je marche, je n’écris pas. Et pourtant j’aime sentir les parfums de sel et de rosée dans la prose comme si, à la fin de la page, je m’étais offert une virée au bord de l’eau.
Egrène le mot vent, et la brise s’enroule dans la voile. Secoue-le, et la voile se déchire. Un lancé de doigts, et les vagues se démontent et ne suivent plus l’ordre du rivage.
Si je pouvais vraiment écrire avec mes mains, je verrais des signes se dénouer sur la page et sortir de leur blanc. Exténuées par trop de précautions, mes lèvres ne s’ouvrent pas, ne laissent pas passer le souffle d’une poésie à vent.

La bergeronnette s’est tue
la queue prise dans la lumière
et
tu as eu envie de dire
et
tu n’as pas su.

Marcher ou raconter la marche …De toute façon, il va pleuvoir ; un gros nuage blanc, plombé par le bas, attend, épuisé, alourdi, de se déverser. Il est trop tard pour sortir. Il ne me reste plus qu’à rentrer dans la page.


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