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Poésie : Myriam Prevot

9 mars 2007

par Myriam Prevot

Un vent venu du large.
Dans la mémoire s’entrechoquent les paroles emportées par le tourbillon. Ce temps d’années parsemées, pour dire, dessiner sur le fil, le point, l’origine du vacillement. Un sillon se creuse lentement. Survint l’image du sentier et le souvenir qu’ici encore il faudrait marcher, avancer à vue. Marcher sans fin, marcher sans relâche. Au-delà de l’horizon. Pénétrer les herbes hautes et se griffer aux ronces inévitables. S’endurcir aux morsures du froid sur la peau ouverte par endroits. Marcher dans la lumière du jour finissant lorsque montent de la terre des concentrés opaques de brumes et d’odeurs d’automne mélangées. Respirer, allonger le pas, éteindre peu à peu les javelots de mots lancés par-delà la colline et toutes les surdités. Entrer à nouveau en obscurité. En réapprendre les contours, les berges imprécises, se forger aux limites des paupières nues une peau rugueuse à la langue, seul rempart aux gerçures apprises. Marcher dans ce silence peuplé d’ombres où l’espace autour enveloppe et repose sur le corps, à la fois masse et frisson. Marcher. Avancer.
De chaque pas déroulé sur le sol, prendre la mesure de ce temps d’avances consenties, à la fois lent, bouleversant, mais toujours oui, toujours en mouvement. Sentir, au-delà de l’aveuglement, tous pores de la peau confondus, l’impalpable, l’insaisissable lointain, hors d’atteinte. Marcher encore, dans la nuit sans nom. Traverser le risque et l’égarement, l’espace vêtu d’encre où se dressent anonymes, les visages aux faces des statues, passage ténu de la lumière entre peuples et mirages. Marcher, le corps saisi par le vent froid des éclipses. Marcher dans ce savoir du temps aboli, hors de la consistance des mots. Marcher… Voir enfin s’esquisser l’intouchable, fugitif toujours en recul. Marcher le pas au pas enchaîné vers le songe évanoui, et peut-être, oui, peut-être, effleurer l’instant sur le seuil… son ombre en vertige en retrait de la marge…

Myriam Prevot


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