Poésie : Isabelle Normand
27 septembre 2006
Les ombres sont en nous (extrait)
Les ombres sont en nousdans tous les intersticesentre nuit et lumièrereflets d’un universintérieurjumeau de l’infiniéchos des peursdes meurtresdes passionséchos des peurs de ces passionsde la violence des mouvementsde viemiroitement saisi du coin de l’oeiljamais de frontéclat de l’ombre et de l’obscuritéque nous ne voyons pasque nous sentonsque nous n’admettons pasmais comprenonspassageautre point de passage dans l’inconnul’autre moitié de l’Universà l’envers du décorles ombres familièresdes territoires de l’homme
La nuit de l’âme est plus obscure que les ténèbreselles ensorcelle et elle divagueelle entraîne et confondelle aspirefous ceux qui lui résistentfous ceux qui la dénoncentceux qui pensentceux qui vibrentceux qui s’opposentceux qui s’insurgentla nuit de l’âme est une prisonbien plus solide que des barreauxelle enchaîne aux mensongeset aux sources nocturnes et aux torrents de boueaux pavots flétris des consciences aboliesaux puits souillésaux tourbes et aux marécagesaux faux semblantsaux tueurs aux traîtreselle enchaîne plus sûrement que racines et que lianesà la peste et à la violencela nuit de l’âme, une tempêtequ’on n’a pas vu venir et qui emporteaux sources du ventaux sources du tempslà où l’homme balbutie son inhumanitédans un semblant d’éveillà où l’humain se perden gargouillis ignoblesavides de pouvoir et de mortla nuit de l’âme, un champ de ruinessur des branchages arrachéssur des forêts brûléessur les cendres des illusions passées au crible de l’expérienceportées en terre par l’espérancela nuit de l’âme, recommencementsaux jours pourris de fer rouilléaux pots cassésaux terres asséchéesaux déserts miroitant sousla pâle lueur d’une lune noire désaffectéecomme une gare que tous les trains ont désertéeaux poches videsles fous ont fuion les met en prisonon les excluton les bannitobscurité sans fond des peursde l’interditobscurité tressaillement ondesla nuit du mondelà où les mots ont poids de sang et poids de cendreslà où les idées font frémirlà où l’amour devient menacela nuit du mondedes holocaustes et des vengeancesla nuit de l’hommegibier pour l’autrela nuit des mots de la paroletrou noir sans fondaux vrilles de mort lovées au coeur des chairsaux dents de gel et de banquiseaux crocs de sel et d’amnésieregard muréintelligence ensevelieseuls les rebelles nous sauveront