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Poésie : Ysabel Lorans

29 septembre 2007

par Ysabel Lorans


Nous avons marché sur des chemins silencieux et déserts. Nous y avons connu la pluie.
Nous avons cueilli des prunelles vertes au bord de la Sorgue. Elles étaient juteuses.
Les figues sont restées à sécher sur le muret qui longe la rivière. Nous les avons goûtées.
Le soleil a séché le linge aux fenêtres. Des conversations intimes ont traversé la ruelle.
Le hasard nous aura placés là. Nous avons entendu. Nous ne dirons rien. C’est juré !
L’amour est un saisissement. Il nous prendra un jour. Nous l’espérons avant toute autre chose.
La confiance sera gagnée à force d’actes et de paroles vraies. Elle aussi nous l’espérons.
Nous repartirons les mains dans les poches, sifflotant des cantiques. Nous serons fiers.
Bientôt nous reprendrons le chemin qui mène à la maison, forts de notre silence tant d’années.
Nous mangerons à nouveau aux tables de famille. Et le soir, dans les chambres, nous prierons.
La joie coulera en nous comme un jeune ruisseau. Elle attendra de grandir. En tout patience.
Sous un figuier nous ferons halte un été. Les cigales seront là, tout près, dans la ville bruissante.

****

J’ai dans la bouche une parole d’étrangère. Je parle fort et je murmure aux oreilles des enfants.
Nous aimons les cantiques. J’en fredonne sous la douche. J’ai dans la bouche des mots sauvages.
Je retiens dans l’ombre les mots pâles, des fruits de la douceur. J’ai bon exemple en la nature.
De très fines branches noires se découpent sur le fond orange du soir finissant. Grâce, exaltée là.
Le bleu pâle du ciel qui fait la voûte semble las et la rivière s’assombrit. Une tristesse me traverse.
J’ai pourtant des enchantements simples. Et des goûts singuliers pour les vieux ors et le baroque.
Combien j’aime le fragile des herbages que le givre a saisis au cours de la nuit. Tendresse infinie !
Rien n’égale l’ardeur du vent qui frappe la cime des arbres en forêt. Verte monnaie ! Tendres bois.
Que le vent chante, qu’il aille au-devant ! Pas trop fort tout de même. C’est frayeur parfois.
Toujours est-il que les pommes dégagent un arôme doux et sucré dans la cave. Que j’en croque !
Et que les hommes soient heureux du pain dessus la table les jours de grandes fêtes et les autres.

Extraits de : Une joie forte, 2007


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