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Poésie : David Schnee

9 mars 2007

par David Schnee

J’embrasse des espaces infinis.
Marchant à la fortune du cœur
Dans des forêts profondes, où
Les sentiers se frayaient des passages
Dans le sous bois touffu,
Je vis à ma dextre un rocher
Hissé sur un promontoire.
Je m’engageais sur la pente ardue
Afin de voir ce qu’elle recelait
Par derrière. Au travers des arbres
Le ciel commençait à se dessiner.
Arrivé au sommet une ouverture
Se découpa : à mes pieds un aven
A marée basse coulait.
Soulagé je respirais l’air
Qui remontait des méandres,
Puis je repris mon chemin.
La forêt se clairsemait
Et laissa bientôt place
A une lande sauvage
Faite de bruyères et d’herbes sèches
Balayée par des vents féroces.
Ma course y semblait interminable.
Je me retournais et déjà
La forêt avait disparu
De mon horizon. Seuls des menhirs
Se dressaient et offraient un abri.
Adossé à l’un d’eux je buvais
Quand une rafale venue du Sud
De plein fouet me frappa au visage :
Elle portait des effluves marins,
Désormais l’Océan était proche.
Ce fut tout d’abord une ligne grise
A l’horizon. Puis je me rapprochais.
L’air iodé m’enivrait et
Ce fut un autre choc quand
La vaste étendue d’eau salée
S’offrit entière à mon regard :
L’azur s’y reflétait, se mélangeait
A des bruns, des verts improbables ;
Le blanc des embruns apparaissait
Et disparaissait, porté
Par des courants profonds
Venus de loin, venus de temps anciens.
Posté sur la plage, à bras ouvert
Je me saoulais de cette immensité.
Longtemps je longeais la côte,
Le sable céda la place aux rochers
Qui ralentirent ma progression ?
Les vagues venaient s’y fracasser
Avec une violence rare
Projetant dans l’air des milliards
De fines gouttelettes étincelantes.
Je me perdis sur ce littoral
Et sans conscience je regagnais
La Forêt. C’était une forêt pauvre
Humide, aux hautes frondaisons
Couvertes de clématites,
Des plantes rampantes couvraient le sol
Et des giessen que je devais
Passer à gué la parcourait.
Je me dirigeais résolument
Vers l’ouest. De temps en temps
Les arbres cédaient la place
A de vastes prés parsemés
De saules têtards. Le terrain
En pente douce s’élevait
Jusqu’à un fossé d’où s’étendait
Une terrasse de terres agricoles.
A l’horizon la ligne bleue
Des montagnes se dressait.
Passé le Piémont cultivé de vignes
Les collines se couvrirent de forêts
Où les aulnes, les frênes, les saules
Etaient remplacés par
Des marronniers, des chênes, des érables.
Des fougères et des herbes grasses
Prospéraient par terre tandis que
Les lierres se hissaient sur les troncs
Rugueux couverts de mousses.
Depuis des terrasses de grès
S’étendaient à mes pieds
Au loin la plaine et proche
Le flamboiement des couleurs de l’automne.
A mesure que je montais
Les tâches vertes persistantes
Des sapins apparaissaient.
Leurs innombrables aiguilles,
Qui jonchaient le sol, servaient
A l’édification de fourmilières
Géantes en forme de pain de sucre.
Des torrents dévalaient les pentes.
Je montais encore et le sol
Devint granitique, bientôt
J’affrontais mon premier pierrier.
Passé cette épreuve, j’arrivais
A un replat où la forêt
Se clairsemait. Le sol
Etait devenu humide et spongieux.
Ma progression s’en trouva ralentie.
Au centre de la clairière
Un lac noir reposait.
Le sommet était proche :
De l’autre côté de la tourbière
Une sente se hissait
Dans un cirque glaciaire
Bordée des deux côtés
Par des falaises de granit.
Longtemps j’escaladais les parois
Abruptes par où passait mon chemin.
J’arrivais enfin sur les chaumes
Primaires. Seuls quelques hêtres
Couverts de lichens poussaient
Rachitiques et torturés
Par les vents contraires qui soufflaient
Sur ces sommets désolés.
A perte de vue s’étendait
Une mer de nuages d’où,
Tels des îles, se dressait
Le sommet des montagnes.
Un corbeau survolait ce paysage
Et m’enjoignait à le rejoindre :
Véritablement je planais
Sur ces surfaces éthérées.
Je ne repris pied nulle part
Et de là je poursuivis mon chemin
Droit vers le sud et à l’est,
Traversant des pays insensés.
Enfin j’arrivais à Jérusalem.
Du mur des lamentations
Je remontais l’ancienne ville
Pour emprunter l’antique Cardo :
La voie se rétrécissait. De là
Je sortis par la porte de Jaffa
Et je descendis les collines
De la ville Sainte en me dirigeant
Vers Jéricho. Sublimes collines
De pierre ocre jaune reflétant
Le soleil. Les troupeaux de chèvre
Des bédouins, vifs et agiles, y broutaient
D’étiques buissons épineux.
Arrivé dans la vallée
Je la descendis m’y enfonçant
Toujours plus profondément
Et laissant derrière moi
L’oasis verte des dattiers.
J’entrais dans la plaine salée.
A ma droite se dressait de curieuses
Formations géologiques :
D’un minéral blanc et gris,
Morcelé par l’érosion des pluies,
Des cratères alternaient
A de petits monticules.
Il me fallait passer
Par ce paysage lunaire
Afin de rejoindre les hauteurs.
J’arrivais aux monts de Judée
Alors que le soleil se couchait.
Derrière moi la Mer Morte
Scintillait de mille éclats.
Devant moi s’étendait
L’infini du désert
Embrasé par les cieux.
C’était le départ et l’arrivée
D’un périple sans cesse recommencé
Où je traçais ma géographie.
J’embrasse des espaces infinis.


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