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Poésie : David Gascoyne 1ère partie

27 septembre 2006

par David Gascoyne

David Gascoyne traduit en français ses propres poèmes. [1]

THE CAGE [2]
 
In the waking night
The forests have stopped growing
The shells are listening
The shadows in the pools turn grey
The pearls dissolve in the shadow
And I return to you
 
Your face is marked upon the clockface
My hands are beneath your hair
And if the time you mark sets free the birds
And if they fly away towards the forest
The hour will no longer be ours
 
Ours is the ornate birdcage
The brimming cup of water
The preface to the book
And all the clocks are ticking
All the dark rooms are moving
All the air’s nerves are bare.
 
Once flown
The feathered hour will not return
And I shall have gone away.
LA CAGE
 
Dans la nuit qui s’éveille
Les forêts se sont arrêtées de pousser
Les coquilles sont à l’écoute
Les ombres dans les mares deviennent grises
Les perles se dissolvent dans les ombres
Et je reviens vers toi
 
Ton visage est indiqué sur le cadran
Mes mains sont au-dessous de tes cheveux
Et si l’heure que tu indiques libère les oiseaux
Et s’ils s’envolent vers la forêt
L’heure ne nous appartiendra plus
 
A nous appartient la cage d’oiseaux ornée
La tasse d’eau débordante
La préface au livre
Et toutes les horloges font tic tac
Toutes les chambres obscures se remuent
Tous les nerfs de l’air sont nus
 
Une fois envolée
L’heure emplumée ne retournera pas
Et moi je m’en serais allé.

****

AMOR FATI
 
Beloved enemy, preparer of my death,
When there’s no longer any garment left
To lessen the clenched impact of our limbs,
When there is mutual drought in our swift breath
And twin tongues struggle for the brim
Of swollen flood - an aching undertow
Sucking us inward - when the blood’s
Lust has attained its whitest glow
And the convulsion comes in quickening gusts,
Speaking is fatal : Do not break
That vacuum out of which our silence speaks
Of its sad speechless fury to the star
Whose glitter scars
The heavy heaven under which we lie
And injure one another O incurably !
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AMOR FATI
 
Ennemi bien-aimé, toi qui prépares ma mort,
Quand il ne restera plus aucun vêtement
Pour amoindrir l’entrechoquement de nos membres
Quand il y a sécheresse mutuelle dans nos haleines rapides
Et nos langues jumelées se débattent pour le bord
Du torrent gonflé - une marée douloureuse
Qui nous aspire vers le dedans - quand le désir,
La soif du sang vient d’atteindre le comble de son feu blanc
Et la convulsion arrive dans des bouffées de vitesse progressive
La parole est fatale. Ne trouble pas
Ce vide hors de la bouche duquel notre silence parle
De sa rage triste et sans parole à l’étoile seule
Dont l’étincellement cicatrise
Le ciel lourd dessous lequel nous sommes couchés
En train de nous endommager O incurablement !

****

PHOTOGRAPH
 
To Philippe Soupault
 
Whatever you were looking at when Abbot’s camera clicked,
It hardly wore the likeness, I suppose, that you wear now ;
Yet its reality can hardly have been other than the one
That we both recognize at present, which is made real
By us and all who truly live in it. Your eyes
Are clear, more clear and keen than what they see, and gaze through pain,
Frustration and the future of futility. They look
Straight into the hid heart of whatsoever lies ahead, with active trust,
With scepticism and with the tried affection that cannot ever be
Made disappointed by its object’s failures. You will thus always be aware
That what is true is lovable, and you in knowing this
Will have become one in whose love the love of others may find rest.
PHOTOGRAPH
 
à Philippe Soupault
 
Quoi que ce fût que vous étiez en train de regarder
Au moment du déclic du caméra d’Abbot [3]
Il n’a pu guère porter, je m’imagine, la ressemblance
Avec ce que vous portez maintenant. Mais sa réalité
N’a pu guère avoir été autre que celle même que nous
Reconnaissons tous deux à présent, Qui est faite réelle
Par nous et par tous ceux qui y vivent véritablement.
Sont clairs, plus clairs et propres que ce qu’ils voient à travers
La douleur, la frustration et l’avenir futile, ils regardent fixement ;
Avec un regard justement qui perce le cœur de n’importe qui
Qui peut attendre en avant, avec du scepticisme et avec
L’affection éprouvée qui ne peut jamais être déçue
Par un manque de la part de son objet. Ainsi vous serez toujours conscient
Que ce qui est véritable est à aimer, et dans cette connaissance
Serez devenu celui dans l’amour de qui l’amour
De ceux qui vous connaissent peuvent trouver la paix.

****

CAVATINA
 
Now we must bear the final real
Convulsion of the breast, for the sublime
Relief of the catharsis ; and the cruel
Clear grief ; the dear redemption from the crime,
The sublimation of the evil dream.
 
Beneath, all is confused, dense and impure ;
Extraordinary shiftings of a nameless mass
From plane to plane, then some obscure
Catastrophe :
The shattered Cross
High on its storm-lit hill, the searchlight eyes
Whose lines divide the black dome of the skies,
Are implicated ; and the Universe of Death -
Gold, excrement and flesh, the spirit’s malady,
A secret animal’s hot breath ...
 
Yet through disaster a faint melody
Insists ; and the interior suffering like a silver wire
Enduring and resplendent, strongly plied
By genius’ hands into the searching fire
At last emerges and is purified.
 
Its force like violins in pure lament
Persists, sending ascending stairs
Across the far wastes of the firmament
To carry starwards all our weight of tears.
CAVATINA
 
Maintenant il nous faut supporter l’ultime et véritable
Convulsion du sein, pour gagner le sublime
Soulagement cathartique ; et le cruel
Et clair chagrin ; la chère rédemption du crime,
La sublimation du rêve mauvais.
 
Dessous, tout est confus, dense et impur ;
D’extraordinaires déplacements d’une masse innommable
De plan en plan, puis quelque catastrophe
Obscure :
La Croix fracassée
haute sur la colline éclairée par l’orage, les lignes
Que tracent les projecteurs, et qui divisent le dôme
Noir du ciel, sont impliquées ; l’Univers de la Mort,
L’or, l’excrément, la chair, la maladie de l’esprit [4]
 
Cependant à travers le désastre une faible mélodie
Insiste ; et la souffrance intérieure comme un fil en argent
Endurant et splendide, manié fortement
Par les mains d’un génie, ressort enfin
Pour entrer dans le feu pénétrant et être purifié.
 
Sa force comme celle des violons en plainte pure
Persiste, envoyant des escaliers qui montent
A travers les espaces du firmament
Pour porter aux étoiles tout le poids de nos larmes.

****

THE FAULT
 
To live, and to respire
And to aspire, to feel the fire
Urge upward through the mortal part and gain
Through burnt-out veins still higher !
But who has lived an hour
In the condemned condition of our blood
And not known how a wound like a black flower,
Exquisite and irreparable, can break
Apart in the immortal in us, or not felt
An intimation of the fault : to be alive !
LA FAUTE
 
Vivre, et respirer
Et aspirer, sentir le feu
Surgir à travers la partie mortelle et gagner
Par des veines calcinées encore plus haut !
Mais qui n’a pas vécu une heure
Dans la condition condamnée de notre sang
Sans connaître comment une blessure comme une flamme noire
Exquise, irréparable, peut éclater dans son éclosion
Dans ce qui est immortel en nous, sans recevoir
Notification de la faute : être vivant !

****

THE GRASS IN THE WASTE PLACES
 
To Danilo Dolce
 
What does the grass say ?
The Buddha’s smile will never tell us quite.
 
No propaganda, no ’ideas’.
 
Grass, grasses, fields, the field, ’la terre’, our home.
All flesh,
’cut down, dried up, withereth...’
 
Teeming, brave, swayed by the wind,
Sweet in the shine and shade.
 
Grass and flowers. Weeds and tares.
 
Anarchy the law of nature.
 
A blade of grass glistens with dew
That the Franciscan sun devours.

 [5]

L’HERBE DANS LES LIEUX DESERTS
 
à Danilo Dolce
 
Que nous dit l’herbe ?
La source du Bouddha ne nous l’a guère révélé
 
Pas de propagande, pas d’ « idées ».
 
Herbes, les champs, « the earth », notre désir
Toute chair
abattue, asséchée, se flétrit.
 
Fourmillante, brave, agitée par le vent.
Douce dans le brillant et dans l’ombre
 
Herbe et fleurs. Herbes mauvaises et ivraies.
 
L’anarchie la loi de la nature.
 
Rappelle-toi l’hymne au soleil de Saint François.
c. 1956

****

HALF-AN-HOUR
 
To Meraud Guevara
 
...and grass grows round the door. The ground,
Without, is grained with root and stone
And yellow-stained where sunlight pours on sand
Through listlessly stirred chestnut-leaves.
This is the long-sought still retreat,
This is the house, the quiet land, My spirit craves.
 
A burning sound,
Uninterrupted as the flow of high noon’s light
Down on the trees from whence it emanates,
The song of the cigales, slowly dissolves
All other thought than that of absolute
Consent, even to anxious transcience.
 
Aix-en-Provence
UNE DEMI-HEURE
 
à Meraud Guevara
 
... et l’herbe pousse autour de la porte. Le sol,
Dehors, est rayé de racines et de pierres
Et taché de jaune où la lumière se verse sur du sable
A travers des feuilles de marronniers apathiquement remuées.
Voici la retraite calme si longtemps recherchée,
Voici la maison, le pays paisible,
Dont mon esprit a bien envie.
Un bruit brûlant
Sans interruption comme le flux lumineux de midi
Descendant sur les arbres d’où ce bruit émane,
Le chant sec des cigales, lentement dissout
Toute autre pensée que celle d’un accord
Absolu, même à la nature transitoire
Et perpétuellement anxieuse de toute chose.
 
La Tour de César
Aix-en-Provence c. 1950

****

OXFORD : A SPRING DAY
 
For Bill
 
The air shines with a mild magnificence...
Leaves, voices, glitterings ... And there is also water
Winding in easy ways among much green expanse,
 
Or lying flat, in small floods, on the grass ;
Water which in its widespread crystal holds the whole soft song
Of this swift tremulous instant of rebirth and peace.
 
Tremulous - yet beneath, how deep its root !
Timelessness of an afternoon ! Air’s gems, the walls’ bland grey,
Slim spires, hope-coloured fields : these belong to no date.
1941
OXFORD : JOURNEE DE PRINTEMPS
 
à Bill
 
L’air luit avec une magnificence douce...
Feuillages, voix, lustres... Il y a aussi de l’eau
Qui serpente par des voies faciles dans beaucoup d’étendue verte,
 
Ou qui repose à plat, dans des petites crues, sur l’herbe ;
De l’eau qui tient dans son cristal tout étendu un chant tendre
De cet instant tremblant de renaissance et de paix.
 
Tremblant - mais cependant, au-dessous, ses racines tellement profondes !
Eternité d’un après-midi ! Les joyaux de l’air, gris doux des murs,
Minces clochers, champs couleur de l’espoir : ceux-ci n’ont pas de date.

****

SEPTEMBER SUN : 1947
 
Magnificent strong sun ! in these last days
So prodigally generous of pristine light
That’s wasted only by men’s sight who will not see
And by self-darkened spirits from whose night
Can rise no longer orison or praise :
 
Let us consume in fire unfed like yours
And may the quickened gold within me come
To mintage in due season, and not be
Transmuted to no better end than dumb
And self-sufficient usury. These days and years
 
May bring the sudden call to harvesting,
When if the fields Man labours only yield
Glitter and husks, then with an angrier sun may He
Who first with His gold seed the sightless field
Of Chaos planted, all our trash to cinders bring.
SOLEIL DE SEPTEMBRE : 1947
 
Magnifique soleil fort ! pendant ces derniers jours
Si prodigieusement généreux de lumière primitive
Gaspillée seulement par les yeux humains qui ne peuvent pas voir
Et par des esprits qui se sont obscurcis et de la nuit de qui
Oraison ni louange ne peuvent plus s’élever
 
Laisse-nous nous consumer dans du feu sans aliment comme le tien
Et que l’or que tu vivifies en moi arrive
Au monnayage en juste saison, et ne soit pas
Transmué à une fin pas meilleure qu’une usure
Muette et suffisante. Ces jours et ces années
 
Peut-être amènent l’appel soudain à la récolte
Quand, si les champs que travaille l’homme ne peuvent produire
Qu’éclats et balles, alors avec un soleil chargé de grande colère
Lui qui au début à travers l’aveugle chaos
Semait son or, tous nos débris aux cendres réduira.
 
En rentrant après un après-midi passé dans les
jardins de Versailles.

****

SPRING MCMXL
 
London Bridge has fallen down [6] , Rome’s burnt, and Babylon
The Great is now but dust ; and still Spring must
Swing back through Time’s continual arc to earth.
Though every land become as a black field
Dunged with the dead, drenched by the dying’s blood,
Still must a punctual goddess waken and ascend
The rocky stairs, up into earth’s chilled air,
And pass upon her mission through those carrion ranks,
Picking her way among a maze of broken brick
To quicken with her footsteps the short sooty grass between ;
While now once more their futile matchwood empires flare and blaze
And through the smoke men gaze with bloodshot eyes
At the translucent apparition, clad in trembling nascent green,
Of one they can still recognize, though scarcely understand.
PRINTEMPS MCMXL
 
Le Pont de Londres s’est écroulé, Rome a brûlé et Babylone
La grande ville n’est plus que poussière ; et cependant le printemps
Doit toujours osciller dans son arc ininterrompu vers la terre.
Bien que chaque pays devienne un champ noir
Engraissé par les morts, trempé par le sang de ceux qui agonisent
Il faut toujours qu’une déesse ponctuelle s’éveille et monte
Les marches rocheuses vers l’air frileux de la terre,
Pour passer dans sa mission par ces charognes rangées,
Cherchant sa voie parmi un labyrinthe de briques cassées
Pour raviver avec ses pas l’herbe rabougrie et noire de suie
Tandis que maintenant encore une fois leurs empires futiles flambent et fument
Et à travers l’obscurité les hommes regardent avec des yeux injectés de sang
L’apparition translucide, habillée de vert tremblant naissant
De ce qu’ils peuvent reconnaître encore, quoiqu’ils ne le comprennent guère.
REMEMBERING THE DEAD
 
In the mornings, the day-labourers must set to work once more, and daily tasks be newly undertaken or resumed ; and they who work must disregard their usual disillusionment.
 
`We shall not see a culmination of these labours ; our handiwork will not last long nor our success outlive us ; our successors taking over what we’ve done will as like as not disparage it ; and if we build houses, they are for strangers to live in for a little while or for the next War to destroy.
 
’Meanwhile we lose ourselves with a will in what we do today. We tacitly discourage those who would recall too many things or pay too much attention to the future. (All that we cannot see is very small and unimportant). We will put guilt upon them and they shall be silenced.’
 
And in the mornings, nevertheless, in such a year as this when rain has early in the season put an end to all hope of another extravagant Summer (since a year or two ago an unexpectedly Elysian climate did for once transform the country with such profusion and intensity of flower-hues and foliage that for the first time many millions were amazed by earth’s magnificence) ; on wet summer mornings, when electric light has to be turned on in the offices in the City, and listlessness and resignation walk the streets, some of the workers (no one knows how many but they may be very numerous) are disturbed by thoughts they have not thought themselves, distracted at their work as though by voices from beneath the chilly ground.
 
Think, ah ! think how vastly they outnumber us by now, the populations of the underworld ! How immemorially have they been accumulating there, and how enormous must their number be whom there are none now living to remember. Think how they too may all be working
 
I think they think of us - Oh, how incalculably much more than ever we think of them ! We scarcely think of them at all ; we all prefer soon to forget ; if we remember, it is only with regret. They think of us, they think of all of us ; they think critically, no doubt, perhaps constructively, with more understanding than we have. Perhaps all day, all night, uninterruptedly.
It may be that only they fully realize that there is no other way of solving the problems of life and death than by thinking about them always
 
We do not know the whole Truth ; we think we know the Truth. We cannot know it, yet we must. We must seek the Truth we do not know. nor can know while we are still searchers here. Those who have neither curiosity nor doubts are the only real dead.
EN SE SOUVENANT DES MORTS
 
Les matins, les travailleurs de jour doivent se mettre à l’œuvre encore une fois, les tâches journalières de nouveau entreprises ou continuées ; il faut que ceux qui travaillent fassent peu de cas de leur désillusionnement habituel.
« Nous ne verrons pas un apogée de ces labeurs, notre ouvrage ne durera pas longtemps et nos succès ne nous survivront pas ; nos successeurs en se chargeant de ce que nous avons fait le plus probablement vont le dénigrer ; et si nous bâtissons des maisons, ce sont pour des étrangers à occuper ou pour être détruites par la prochaine guerre.
« En attendant, nous nous perdrons volontiers dans ce qui nous occupe aujourd’hui. Nous découragerons tacitement ceux qui voudraient se rappeler trop de choses ou faire trop d’attention à l’avenir. (Tout ce que nous ne pouvons pas voir est très menu et sans aucune importance). Nous les comblerons de culpabilité et ils seront réduits au silence. »
Et dans les matins, néanmoins, dans une année telle que celle-ci quand il a commencé tôt dans la saison à pleuvoir et c’en était fini d’espérer de jouir d’encore un été extravagant (dès qu’un an ou deux un climat imprévu d’Elysée a pour une fois transformé nos pays avec une telle profusion et intensité de couleurs de fleurs et de feuillages que des millions de gens ont éprouvé leur première expérience d’étonnement face à la splendeur de la terre) ; les matins mouillés de l’été, quand il faut allumer les ampoules dans les bureaux de la Cité, et l’apathie et la résignation se promènent dans les rues, un certain nombre de travailleurs (personne ne sait combien mais il se peut qu’ils soient très nombreux) sont troublés par des pensées qui n’ont pas leur origine en eux-mêmes, et deviennent distraits dans leur travail comme par des voix qui doivent leur pouvoir de dessous la terre trempée et froide.
Pense, ah ! pense à combien vastement ils nous surpassent en nombre à présent, les populations souterraines ! Combien, de temps immémorial, ils sont restés là-bas à s’accumuler, et combien énorme doit être leur nombre dont ne reste plus personne parmi les vivants pour les commémorer. Et pense comme eux aussi peuvent être en train de travailler.
Je pense qu’ils pensent à nous - O combien incalculablement plus que nous ne pensons jamais à eux ! Nous ne pensons plus guère d’eux ; nous tous nous préférons les oublier bientôt ; si nous nous souvenons d’eux, ce n’est qu’avec du regret. Ils pensent à nous, ils nous contiennent tous dans leur pensée ; ils font sans doute de la critique, ils pensent à nous en ce faisant peut-être de façon constructive, avec une compréhension plus grande qu’est la nôtre. Peut-être toute la journée, toute la nuit, sans s’interrompre.
Il se peut qu’ils soient les seuls à se rendre compte qu’il n’existe pas d’autre moyen de trouver quelque solution aux problèmes de la vie et de la mort que d’y réfléchir sans cesse.
Nous ne savons pas toute la vérité ; nous croyons que nous savons toute la vérité. Nous ne pouvons pas la savoir, et cependant il nous la faut. Il nous faut chercher la vérité que nous ne savons pas, et que nous ne pouvons pas savoir pendant que nous ne sommes ici que des chercheurs. Ceux-là qui existent sans la curiosité et dénués de doutes, ce sont les seuls vrais morts.

Suite et fin dans Temporel n° 3 ...

Notes

[1© The estate of David Gascoyne 2006.

[2Les poèmes originaux en anglais, à l’exception de ‘Unspoken’ et ‘Remembering the Dead’, publiés dans Collected Poems 1988 : Oxford University Press, 1988, sont extraits de : David Gascoyne : Selected Poems. London : Enitharmon Press, 1994. Les traductions en français du poète sont demeurées jusqu’à présent inédites. En recopiant ces pages, j’ai corrigé quelques erreurs orthographiques ou grammaticales, mais je n’ai pas modifié la syntaxe ou touché à la traduction elle-même. Je remercie vivement Roger Scott pour son aide précieuse et chaleureuse dans ce travail de lecture et de transcription.

[3Berenice Abbott

[4Il manque ici un vers dans la traduction.

[5Ce poème a été publié pour la première fois dans Adam International Review Vol. XXXV, n° 334-336, 1969. Les derniers vers étaient les suivants : Anarchy the law of nature./ Think of St. Francis’ hymn to the sun./ Presence/ Symbols, Particulars, Paradox/ Persons, Being (Sein, Air).

[6Variante par rapport à l’édition des Selected Poems, qui comporte : « London Bridge is falling down », p. 86.


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