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Poésie : Anton Brunnengeber

27 septembre 2006

par Anton Brunnengeber

Poèmes traduits de l’allemand par Claude Vigée, l’auteur et Anne Mounic.

Zugabe
Im Denken zerstört,
im Schreien ungehört.
 
Das Verstehen ermüdet
in menschheitlichem Verzehren.
 
Abwesend
im Stein, im Herz
ewig draußen.
 
Im Munde quälen sich
unwürdige Worte,
geschickloser Schmerz,
Töne des Nimmer.
 
Es klopft und klopft
ellenlang weiter :
jedes Leben ist wertvoll -
es wertet
dein Eigenes.
 
Freiburg, April 2005
 [1]
Donné de surcroît
Fribourg, avril 2005
 
Dans la pensée détruit,
inouï dans le cri.
 
L’entendement s’épuise
dans l’humain qui se consume
 
Absent
dans la pierre, dans le cœur
éternellement dehors.
 
Dans la bouche se tourmentent
des paroles sans dignité,
une douleur sans destin,
échos du jamais.
 
Cela cogne, et cogne
encore interminablement :
chaque vie est précieuse -
elle valorise
ce qui t’est propre.

ABWESENTLICHES
ABWESENTLICHES Licht,
in Wörtern gespeicht,
in Zeilen gespeichert.
Lallende, brennende
Schmerzflecken.
 
Die Zeit nimmt
in dir auf
was in der Luft schwebt,
alles was in der Welt emsig
webt, und webt, und webt.
Wörter allein in der Kluft strebend
überleben unverändert.
 
Geh, geh doch,
geh durch die Bilder,
die dich bisher
und immer wieder
zurückhalten.
Ein schrecklicher Anstoß, so tönt die Sprache,
mit welcher du das Gruseln vertiefst.
 
Was für ein Zulande
ist noch gegeben,
das gestohlene oder
irgendein anderes.
Ein Niemandsland
für Alle und Keinen.
 
Schreiben,
sinken oder fliegen.
 
Je tiefer desto höher
leben, wenn auch in tödlicher Gefahr.
Heiterer werden die,
die durch einen verwirrten Blick,
und seliger, und glücklicher, voller Trauer.
 
Rettungslos gekettet
noch im Schreien
am Himmelreich,
noch beim letzten Hauch,
dann einfach gehen.
 
Ungeschützt. Einfältig.
Nicht weiser, nur leiser.
 
Mache mich weicher.
Erzähle Kindheitsgeschichten
und lasse die Vor-
zeiten weiter träumen.
Absente
Absente clarté,
qui rayonne dans les mots,
s’accumule dans les lignes.
Balbutiantes, ardentes
tavelures de la douleur.
 
Le temps recueille
en toi
ce qui flotte dans l’air,
tout ce qui dans le monde avec zèle
tisse et tisse, et ne cesse d’ourdir.
Les mots seuls s’efforçant dans la faille
survivent inchangés.
 
Va, va donc,
traverse les images,
qui t’ont jusqu’ici,
encore et toujours
retenu.
Un choc terrifiant,,
ainsi résonne la langue,
avec laquelle tu creuses l’épouvante.
 
Quelle sorte de patrie
est-elle encore donnée,
celle qui fut volée
ou une autre, quelconque.
Un pays de personne
pour tous, et pour aucun.
 
Ecrire,
sombrer ou voler.
 
D’autant plus profond, d’autant plus haut
vivre, même si mortel est le péril.
Plus sereins deviennent ceux
qui traversent un regard éperdu,
pleins de béatitude, plus heureux, comblés de tristesse.
 
Enchaînés sans espoir de salut
criant encore
au royaume céleste,
encore au dernier souffle,
puis simplement s’en aller.
 
Sans protection. Naïfs.
Pas plus sages, simplement plus légers.
 
Rends moi plus tendre.
Raconte des histoires d’enfance
et laisse les temps d’autre-
fois rêver plus avant.

ELEND
- ig).
 
Abendländer du Elender
unter allen
Lass doch den Liebhaber der Ferne
ewig und ewig ruhen
Im Nichts gestaltet von Schluchten gewogen
 
Leider nur in Kolonien wird
das Verheißene tiefer
Am fremdesten auf Erden ist dein Gesang
Nahtstelle der Schändung und noch mehr
Die Tränen des Sandsteins sind auf ewig
In deinem Atem gebettet ellenlang
 
In deinem Atem rufen die armen Seelen
des Guten Ortes weiter - so allein
Das Himmelsgewölbe der Wörter ist zerrissen
und ausgestoßen und
Nacht und Nebel für immer im Innersten wie draußen
Auch wir standen mit verhakten Gedanken
Leidtragendes Gespräch beschwert mit blutigen Wörtern
 
Im kalten Nasswind stoßen alle Sätze zu Tränen
rückwärts O weh du
Lebendiger heiliger Ort geschützt nur von Wolken
Abgelegen einsam für immer verletzt aber
in allen Herzen drin.
 
30.04.04 - 08.05.04
Herrlisheim près Colmar
MISERABLE
-ment).
 
Homme du couchant, toi, misérable
entre tous
Laisse donc l’amoureux du lointain
reposer à jamais et à jamais,
Façonné dans le rien bercé par les ravins
 
Hélas dans les colonies seulement
s’approfondit la promesse
Au plus étranger sur terre ton chant est
La suture de l’infamie et pire encore
Les larmes du grès, à tout jamais
Sont couchées dans ton souffle interminablement
 
Dans ton souffle les pauvres âmes du lieu de bonté [2]
continuent d’appeler - tellement seules
La voûte céleste des mots est déchirée
bannie, et règne
Nuit et brouillard pour toujours au tréfonds comme au-dehors
Nous aussi nous nous dressions avec nos pensées capturées
La conversation [3] porteuse du deuil, alourdie de mots sanglants
 
Dans le vent pluvieux et glacial toutes les phrases se heurtent aux larmes
à rebours O malheur toi
Lieu vivant et saint que seuls protègent les nuages
A l’écart isolé pour toujours blessé mais
dans tous les cœurs ancré.
 
30.04.04 - 08.05.04
Herrlisheim près de Colmar

Ton aus Nürtingen
Schicht - Zeilen
angeborene Worte
tönen
durch die Zeit.
Das Schichtbare
gliedert das
Unsichtbare
von selbst,
im Gesang.
 
Es tagt im Morgenlicht
es tagt in die Finsternis
und die alten Stimmen
kehren um
 
22. März
Echo de Nürtingen [4]
Strate - Des lignes
des mots innés
vibrent
à travers le temps.
Ce qui se stratifie
articule
de soi même
 
l’invisible,
dans le chant.
 
Il point en la clarté matinale,
il point dans l’obscur,
et les voix anciennes
rebroussent chemin.
 
22 mars
Traduction Claude Vigée et Anne Mounic,
revue et annotée par l’auteur.

Février 2003
Traduction de l’auteur

AM SCHLUCHSEE
Dein Blick, weit
im Mond verbirgt,
in den Mondgebirgen verloren,
durchdrungen
von eiskalten Hornigfunken.
 
Licht, allein
du,
im Stoff meiner Träume.
 
Was sehnt, sucht das Versternen
und ruft, und ruft, und ruft
wirbelnder Schmerz.
 
Bin so wie Blatt
voller Leere
un -
geschriebenes,
un -
gewürfeltes,
unablösbares Dasein.
Februar
AU SCHLUCHSEE
à la mémoire de Rainer Maria Gerhardt
 
Ton regard, lointain
à l’abri dans la lune,
perdu dans les monts lunaires,
traversé
des étincelles glacées de février.
 
Lumière, seule
toi,
dans l’étoffe de mes rêves.
 
Ce qui désire, cherche l’étoilement
et crie, et crie, et crie
douleur virevoltante.
 
Suis comme feuille
plein de vide
écrit
non écrit,
non jeté,
insoluble être-là

Notes

[1Ce poème est venu suite à une conférence éprouvante sur la politique d’extermination des malades mentaux entre 1934 et 1939. (Note de l’auteur.)

[2« Lieu de bonté », « lieu de vie / vivant », « lieu saint / sacré » sont autant d’appellations populaires ou régionales, rhénanes, du cimetière. (Note de l’auteur.)

[3La conversation évoquée a eu lieu avec Claudine et Michel Singer qui s’étaient rendus à Herrlisheim, sur place. J’y étais aussi, pour méditer l’horreur de cette profanation et trouver les mots, ces mots sans doute. (Note de l’auteur.)

[4« Ton » a plusieurs sens dont celui, fort peu sollicité, d’argile. Il se trouve que la ville de Nürtingen est située sur une couche d’argile dont les particularités sont connues des géologues et que les peuplements humains les plus anciens avaient mis à contribution.] Il est entendu que le poème a également à voir avec Hölderlin. C’est durant la période de Nürtingen que le chatoiement de la lumière et de l’obscurité a provoqué les premières intensités poétiques dans l’âme de l’adolescent. Il appartient aux mots natifs de traverser le temps, car ils font naître un monde. Leur enracinement est tel qu’ils puisent loin dans le sujet leur puissance. (Note de l’auteur.)


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