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Poèmes

1er février 2006

par Michel Cosem

À l’orée du jour

Attente de l’instant, oui attente
avec des mots qui tremblent
des souvenirs qui brûlent
attente de ce retour sur la pierre du seuil
en même temps qu’une respiration
et l’ultime odeur de l’hiver
C’est le printemps, c’est le retour
et j’attends le premier grincement du volet
l’éclat d’une flamme dans la cheminée
la lampe au cœur de la pièce
qui caresse la nappe aux carreaux rouges
 
Et tout rapidement s’enchaîne
Le goût de l’oiseau
le soleil puis la pluie qui pique
le tonnerre qui roule
 
Attendre aussi le goût de l’herbe autour du cœur
le vent qui siffle
et le pin qui tout seul chante
 
Attendre la trace dans la rosée
à travers le pré ouvert
comme un livre frais, un livre vert
pour toutes les germinations
 
Attendre toutes ces secondes brillantes comme des sèves
urgentes comme des battements
 
et le pain rond, noir
sur la table
avec le vin de Haute Serre
dans la lumière heureuse qui filtre à travers les feuilles de vigne
la saveur du premier repas
 
Ces instants dévorés
savourés
retenus par l’herbe vigoureuse
qui s’étale partout
peau piquetée de fleurs
toute entière à son écoute, silencieuse
avec de petites orchidées ondulantes
et les grands éclats de la beauté
Se réhabituer à l’ombre à la clarté qu’il faut à chaque instant traverser, ces espaces à habiter, ces recoins où les araignées ont tissé leur nid, franchir les barrières de givre et de gel
 
Se réhabituer à l’ombre, à la clarté, à la frontière des deux que l’on franchit allègrement
au chant de l’oiseau
et à son ramage
à faire son nid au fond du cœur
 
Il y a le dedans et le dehors mais où aller
selon le désir ?
Le pollen va et vient lui aussi
pareil à un papillon
se loge au plus secret
s’éloigne sans regret vers l’orée
et embrasse au passage une fleur, une araignée
va plus loin comme certain de sa destination
Le pin
lui aussi au moindre souffle de vent
se répand au hasard dans la prairie
L’orage venu d’ouest
comme d’habitude
a grondé toute la nuit
et au matin
tout est oublié
Seule une petite feuille de vigne
garde une goutte lumineuse sur sa dentelure
Le pays tout entier chante le petit bonheur du matin
les chemins sont luxuriants
les forêts somptueuses et souples
débordantes, abondantes
prêtes à tout donner
vraiment à tout donner
On est soudain ensauvagé à force de copulations
C’est le pays tout entier qui chante
le petit bonheur du matin
L’arbre se tait soudain
il retient désormais son pollen il calme l’oiseau
approfondit le nid
laisse les traces transparentes
Il suit dans le ciel les nuages qui se chevauchent
en attente d’on ne sait quoi
peut-être le goût de la pluie
comme une destinée, comme un amour
dans le ciel rouge qui crépite et la forêt au loin qui soupire
Mais soupire-t-elle vraiment ?

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