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Pierrette Fleutiaux, par Stéphanie Hochet

28 septembre 2008

par Stéphanie Hochet

La saison de mon contentement de Pierrette Fleutiaux. Arles : Actes Sud, 2008.

La féminité en cause.

La saison de mon contentement sonne comme une phrase shakespearienne, clin d’œil au « Now is the winter of our discontent », « Voici l’hiver de notre déplaisir » qui ouvre la tragédie de Richard III. Le livre de Pierrette Fleutiaux n’est ni une pièce de théâtre, ni un roman, ni un essai sociologique. C’est un livre dans la tradition des ouvrages du XVIIIème siècle qui embrasse plusieurs domaines, explore un sujet en rebondissant sur d’autres et forme une œuvre littéraire.
De quel « contentement » Pierrette Fleutiaux nous parle-t-elle ? D’un moment de sa vie, récent, qui a été l’occasion d’une interrogation. En avril 2007, une femme est apparue sur le devant de la scène politique. Pour la première fois dans notre histoire, une candidate a été en position d’être élue à la tête de l’état. C’est cette « femme debout », ce symbole qui intéresse l’auteur.

Le livre de Pierrette Fleutiaux n’est pas politique – la candidate ne sera nommée que vers la fin – il explore d’abord l’émotion naissant chez l’auteur qui ne peut pas ne pas se réjouir. Elle se réjouit simplement en temps que femme, s’interroge et revient sur son histoire personnelle, l’histoire familiale, celle des femmes en particulier, celles dont les vies étaient « lourdement marquées par les contraintes ». La pensée de Pierrette Fleutiaux suit un « réseau de correspondances obscures » passant des simples souvenirs d’une chambre d’enfance décorée avec le portrait de Napoléon – l’auteur du Code Civil qui, par un trait d’esprit archaïque a introduit légalement la notion d’obéissance de la femme au mari – aux réactions exaspérées de Tariq Ramadan qui ne voit ni un problème ni un sujet de conversation quand on aborde entre autres les lapidations…, au bonheur d’être une femme, à la violence et aux manières de se la représenter, au cinéma, en littérature etc. La plume de Pierrette Fleutiaux analyse, questionne, rêvasse, prend son temps, interroge, cherche des corrélations dans la pure tradition proustienne. Du passé, nous arrivons au présent. Nous nous replongeons plus tard dans le passé.

Je ne connais pas l’âge de Pierrette Fleutiaux, mais sa biographie indique un long parcours. Pourquoi a-t-elle ressenti un sentiment d’illégitimité (en tant qu’écrivain ?) pendant toute sa vie ? « J’ai aimé être une jeune fille, » dit-elle. Mais la vie n’a pas été simple. Pierrette Fleutiaux ne réagit pas en féministe classique, le slogan à la bouche. Elle observe avec une curiosité sans préjugé typique du philosophe des Lumières. L’apparition de « la candidate » a provoqué remarques acides et piques injustes. La féminité était-elle en cause ? Le livre ne propose pas de réponse, mais il fait voir du paysage. Si on ne parle pas (ou peu) politique, on parle culture au sens large, civilisation, des hommes (de beaux passages sur les garçons), de la solidarité des femmes quand elles le veulent bien. On se laisse emporter par une écriture qui sait être vivace sans précipitation, qui tourne autour de son sujet, l’explore avec une bienveillance qu’on souhaiterait plus courante chez les autres. Comment ne pas ressortir de cette lecture sans contentement ?


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