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Pierre Soulages, par Catherine Riza

26 avril 2010

par Catherine Riza

Exposition Soulages au Centre Georges Pompidou
du 14 octobre 2009 au 8 mars 2010

Traversée de l’« outrenoir »


Aller visiter l’œuvre de Soulages c’est accepter le « parce que » du peintre en réponse à la « question pourquoi le noir ? ».

Parce que très vite Soulages nous emporte dans sa matière et dans l’intériorité de la couleur noire, qu’il y a trouvé la gravité lumineuse et son expression.

Parce que la présence de l’outil – qu’il soit fabriqué pour l’usage ou outil de base (brosse, râteau…) – il a toujours su se les approprier comme un artisan sait s’adapter. Cet outil intermédiaire entre la main, la vision de l’artiste et la matière, l’épaisseur du noir qu’il tisse, racle, tire, lisse, broie à volonté, il s’en sert pour accomplir son geste.

Parce que la lumière, il sait l’apprivoiser, la tisser dans la couleur, la soulever légère entre les lèvres de l’outrenoir et qu’il nous entraîne dans l’évidence du noir, sa radicalité.
Parce que le noir qu’il soit goudron, huile ou acrylique devient surface, format, miroir du temps qui passe, de la lumière du jour à sa disparition. Que le noir et la nuit nous intriguent et nous effraient dans leur profondeur, même si nous savons y voir, y distinguer nos peurs, nos cauchemars. Soulages, dans son obsession du noir, maîtrise par sa plongée dans la matière l’« outrenoir », l’obscur et le rend à la lumière, à notre regard comme une réconciliation avec la part sombre qui est en nous. Que le geste du peintre sur ses toiles fait tour à tour vibrer le sombre et le clair et créée le vivant. La traversée de l’exposition nous immerge dans cette recherche du reflet, conduit notre regard à capter la lumière, à chercher à notre tour ce qui nous y attire ou nous laisse indifférent. A suivre les sillons horizontaux larges et profonds tracés sous la lumière de ciels clairs ou obscurs comparables à de grands champs labourés après la pluie. Soulages trace et sème à l’encre, au noir vers l’ « outrenoir ».