Temporel.fr

Accueil > à l’écoute > Notes de lecture > Philippe Dautais, par Michèle Duclos

Philippe Dautais, par Michèle Duclos

29 avril 2012

par Michèle Duclos

Philippe Dautais, Le Chemin de l’homme selon la Bible, Essai d’anthropologie judéo-chrétienne. Paris : Desclée de Brouwer, 2010.


Dans la préface Bertrand Vergely définit l’Homme créé « par Dieu à son image (…) ni être, ni néant, mais un devenir », non comme « une figure de savoir censée concurrencer Dieu, mais [comme] une merveille à découvrir au cours d’une expérience de ces profondeurs, avec l’aide de Dieu (…) » (p.8 et 9). Dès l’Introduction, Le Père Dautais présente la Bible comme « le livre de la Révélation, du dévoilement » (p.12) et de la « création continuelle ». « Sous le voile du récit historique, elle décrit le chemin de l’homme, de tout être humain. » (p.13). « Nous pouvons affirmer que l’homme est ontologiquement libre et que cette liberté est en devenir. » (p.207). Cette anthropologie « sémite ou biblique » évolutive où « l’homme n’a pas été créé parfait mais en vue de la perfection » (p.61 ) s’y réalise analogiquement, dans un « parcours typologique » des étapes symboliques où chacun des personnages majeurs du Premier Testament (Adam, Noé, Abraham, Moïse, David, saint Jean-Baptiste) mène jusqu’à Jésus, « l’ homme total », le Logos, qui accomplit une réconciliation des contraires, la synthèse des polarités : ciel-terre, illimité-fini, divin-humain, transcendance-incarnation, corps-âme, masculin-féminin, grâce à la faculté supra-rationnelle du « noûs » qui dépasse la raison et réconcilie le corps, l’âme et l’intelligence. « La vie spirituelle consiste à intégrer les contraires pour sortir du dualisme d’exclusion qui est un processus diabolique » (p.155). « Dieu n’a créé en réalité qu’un seul Homme (…) La Bible voit en Adam à la fois chaque être humain et toute l’humanité » (p.35).

L’éthique, optimiste, propose de dépasser les passions, « mouvements désordonnés du corps et de l’âme qui faussent le rapport avec la réalité » (p.93) mais récuse tout dolorisme et masochisme punitif : « C’est l’amour avec lequel le Christ a traversé la souffrance et la mort qui est rédempteur et non la souffrance. » (p.186 » « La priorité se révèle être le pardon de soi-même et l’intégration de sa propre histoire ». Pour aller « vers l’Amour du prochain » (p.98) on devra se défaire du « poison de la culpabilité » (p.97) qui est « le fait de se réduire à ce que l’on fait ou dit, de s’identifier à nos paroles et à nos actes » (p.100).

« La quête de l’intégrité, de l’unité intérieure ne peut faire l’économie du pardon » (p.106).
Si cette ontologie évolutive récuse la conception d’un Dieu abstrait, « condamne (…) l’idolâtrie et la tentation de renvoyer Dieu dans une totale transcendance, dans une kénose absolue, qui le rendrait étranger au cosmos » (p.146), elle rejette tout aussi absolument le panthéisme qui « tend à identifier Dieu avec les forces de la nature, et ainsi à déifier les puissances cosmiques. Ce qui confine à l’idolâtrie. » (p.146). « Ensemble, sortir d’une connaissance dualiste et s’émerveiller du cosmos qui n’est pas coupé de l’invisible. » (p.144).
« Non seulement le cosmos est un, tout est en interrelation, comme le démontre la physique quantique, mais le cosmos tout entier est en relation avec le monde spirituel. C’est la lecture symbolique qui rend compte de l’unité » (p.79). Il s’agit de substituer à l’un et l’autre extrémisme le panenthéisme « fruit de la contemplation unitive et de la connaissance symbolique » qui permet au « nouvel homme » de passer par une « transfiguration progressive », une métanoïa (p.149) qui mène de l’égo à la personne. « Nous avons à nous dépouiller d tout ce qui nous encombre et finalement, nous n’avons à lâcher que des illusions (…) C’est la signature du passage à l’état adulte, à la dimension de son Abraham intérieur » (p.123-4).


A courte distance de Sainte Foy la Grande et de Bergerac, le Centre d’étude et de prière Sainte-Croix, fondé il y a plus d’un quart de siècle par le Père Philippe Dautais et son épouse Elianthe, tous deux de tradition orthodoxe rattachée au patriarcat de Roumanie, se compose d’ une belle maison de pierre de type périgourdin dans un grand espace ouvert verdoyant où figurait alors une chapelle en ruine, restaurée et aujourd’hui ornée de 130 m2 de magnifiques fresques ainsi que de nombreuses icônes peintes sur place par l’atelier de la Résurrection. Dans cet espace verdoyant ont été édifiés des petits logements qui accueillent dans un bon confort les participants aux rencontres quasi hebdomadaires consacrées à l’enseignement des arts sacrés (chant liturgique, peinture d’icones), de l’anthropologie biblique en soi ou en relation avec l’apport épistémologique le plus contemporain des sciences post-quantiques et avec une éthique écologique. Annick de Souzenelle, ainsi que le philosophe Bernard Vergely y interviennent régulièrement ; le Centre a accueilli à plusieurs reprises des sommités du monde scientifique tels : Jean Staune fondateur de l’Université Interdisciplinaire de Paris, Jean Audouze, astrophysicien, Thierry Magnin, recteur de de l’institut catholique de Lyon ou Basarab Nicolescu. L’atmosphère des rencontres, tant pour l’enseignement que pour la prise en commun des repas animés, est des plus conviviales.


temporel nous contacter | sommaire | rédaction | haut de page