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Passages

1er février 2006

par Anne Mounic

"BURNING BRIGHT"
RealAudio - 184.8 ko
lecture Anne
Je ne veux pas écrire à nouveau
de Rilke la panthère,
le jaguar de Hughes,
mais il est certain
que le tigre du
zoo de Budapest
s’ennuie dans sa vitrine.
 
Les enfants frappent
au carreau pour l’avoir
tout à eux, cette puissance
au bord de l’abîme qui
se retourne et pisse, chat
de gouttière, le jet plus fourni,
abîme ouvert par l’humiliation,
castration, vie perdue
au nom du regard,
la sienne, la nôtre,
notre regard.
 
Ses pattes sont énormes,
son corps filiforme.
Voici l’idéogramme de l’élan,
du déploiement, quelques
mètres carrés de grillage,
poupon des petits,
réduction du sacré
dont il nous souffle
la clef, la tonalité,
au lointain de nos
tempéraments.
 
 
Radis rouge et radis rond -
ce compère, somme toute,
n’est qu’un r- mis en terre
qui, l’air de rien,
se tait sous l’obscur
des taupes et des vers,
fanes au vent ne disent rien,
absolument rien, en prose
ou en vers, du rose
au plus profond, rebondi
de déraison, cherchant par radicelle
la sève de ses pommettes,
le piquant de son croquant,
au puits d’âme
du jardin de juin.

"BURNING BRIGHT"
RealAudio - 133.9 ko
lecture Vivienne
I don’t want to write again
of Rilke’s panther,
of Hughes’ jaguar,
but one thing is sure :
the tiger in the Budapest zoo
is bored to death.
 
Children tap on the glass of his cage
greedy for his great power, that
teeters on the edge of the abyss,
abyss agape with humiliation,
the castration of a life lost to the display case,
to the gawping gaze, ours, his, ours.
He turns his back and pees,
an alley cat but with a mighty gush.
 
His paws are enormous,
his shape streamlined, ideogram
of span and spring, stuck now
in some few square feet behind bars,
a striped toy for the kiddies,
the spirit fire debased,
yet still his breath
reminds us of that music, key and tone,
at the furthest reaches
of our temperaments.
 
Traduction Vivienne Vermes

Red radish, round radish -
root friend, who, when bedded down
in ground, adds up to nothing but
an r- , who stays discreet,
quiet in the mole-dark, worm-dark soil,
leaves in the breeze say nothing,
absolutely nothing, not in prose,
or verse, of the bright pink
buried deep beneath, unreasonably
thrusting out fine fibres
that seek the sap for her red roundness,
the flavour for her firm flesh,
from the depths of the soul
of a garden in June.
 
Traduction Vivienne Vermes


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